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dimanche 29 mars 2020


Certaines n'avaient jamais vu la mer




Julie Otsuka
Ed Phoebus

J’ai très mauvaise conscience, parce que je sens que j’aurais dû aimer ce roman. mais si je ne l’ai pas refermé avant la fin, c’est sans doute que quelque chose m’a permis de le poursuivre. Ce quelque choses, c’est une partie historique que je ne maîtrise pas, un pan de l’histoire des Etats-unis que j’ignorais, bien sûr comme chacun, j’avais entendu parler de Pearl Harbor, et d’une relation tendue et de la guerre entre l’Amérique et le Japon… 


Et je découvre bien plus : une immigration de masse des japonais aux Etats-Unis à partir de 1865, et grâce au livre de Julie Otsuka, le transfer de femmes a qui on fait miroiter un destin heureux dans les bras de quelque amant riche et puissant,   et qui se retrouveront esclaves de maris dominants, de patrons exigeants et peu attentionnés, condamnées au travail inhumain et perpétuel pour devenir avec leur famille, l’ennemi numéro un à abattre, à éliminer à envoyer en internement dans des camps, rayées de la population, oubliées comme si elles n’avaient jamais existé.


J’aurai cependant préféré lire un roman rédigé de façon peut-être plus classique, c’est certes une gageure que de présenter la situation de ces femmes en usant et abusant de "nous", de "certaines", d’"autres" et encore "d’autres", dans le but de raconter avec précision ce qu’a pu être le sort de ces femmes, mais personnellement, j’ai trouvé cela soûlant et fatiguant à lire, je  me découvre extrêmement sensible au style d’écriture.


J’ai malgré cela beaucoup appris en lisant ce livre qui ne 

m’a pas laissée indifférente.


Elise ou la vraie vie


Claire Etcherelli
Ed folio

Elise a-telle songé à se marier, à avoir des enfants, à vivre une vie de femme épanouie,  la vraie vie ?  Sans doute, mais la vie elle,  en a décidé autrement. Elle naît avant la seconde guerre mondiale, elle est élevée à Bordeaux avec son frère, par sa grand-mère dont elle prendra soin, subit la guerre qui oblige les familles citadines à se  protéger des bombardements, puis devient la grande sœur protectrice, la mère pour ce frère instable qu’elle soutient contre vents et marée et pour qui elle se sacrifiera.

Discrète fleurette tapie dans la pelouse, elle porte le monde, véritable ange gardien, elle tente de devenir la conscience de son frère. Et puis elle rencontre l’amour…

Claire Etcherelli dans ce roman très bien documenté, décrit avec justesse, le climat de la France durant la guerre d’Algérie, guerre rejetée par une bonne partie des Français, elle dénonce le racisme ambiant, emmène le lecteur en usine pour qu’il se mêle à la dure réalité du travail à la chaîne sous-payé, confié à des émigres qui savent qu'ils seront renvoyés au pays s'il ne sont pas en mesure de fournir une fiche de paie aux policiers, qu’il se confronte à l’injustice des cadres qu’il se mette dans la peau de l’immigré algérien victime des rafles, monnaie courante en ces années.


Le personnage d’Elise est ambigu :  libérée par certains aspects de sa personnalité, elle se laisse bercer par Arezki, malgré la xénophobie de nombreuses personnes qu’elle côtoie. Toutefois elle se montre dépendante des exigences de son frère qu’elle entretient, obligée à un travail difficile faute d’avoir pu étudier, soumise à un destin qui l’oblige à renoncer à cette vraie vie pour se consacrer à ce personnage militant, infidèle, perturbateur, et lui vouer l’amour inconditionnel d’une grande sœur.


Elise ou la vraie vie n’est pas un roman des plus réjouissants, mais on y rencontre beaucoup de beauté, beaucoup de passion, et l’attachement à Elise ainsi que la belle plume de l’auteur subsistent après la lecture. C'est sans nul doute ce qui restera en moi de ce livre.

vendredi 20 mars 2020


Antoine Bloyé


Paul Nizan
Ed Grasset


Antoine Bloyé est mort… Vive Antoine bloyé ! Car ce livre raconte la vie du défunt.

Une vie qui passe comme un rêve, La vie d’un personnage qui suit sa route, bon élève, employé modèle, cadre compréhensif capable d’entendre les récriminations des ouvriers. Un homme qui semble  s’exprimer peu et qui avance dans sa vie comme un train suit ses rails sans paraître se poser de question.  

C’est du moins le ressenti que l’auteur, Paul Nizan, offre au lecteur. Un récit sans émotions : on se marie, on progresse dans l’échelle sociale, on a des enfants, on vit de terribles deuils et malgré tout cela, aucun état d’esprit ne se fait sentir. Ce fait est sans aucun doute lié à la troisième personne du singulier,  employée par l’auteur qui se place en témoin passif de cette vie. 


Cependant si l’on s’intéresse aux événements qui ont constitué cette vie, ce roman ne manque pas d’intérêt. Né en 1864 , Antoine Bloyé sera témoin du second empire, acteur dans la révolution industrielle et  pour lequel aucun train ni aucune motrice n’aura de secret, il observera de loin  la commune de Paris, se fera le témoin du mécontentement ouvrier et verra naître l’internationale, subira les effets de la première guerre mondiale, personnage principal d’un roman historiquement passionnant.


Un livre long à lire en raison d’une infinité de détails de la vie quotidienne, de considérations techniques pas toujours très compréhensibles, ce qui n’empêche pas la lecture, de réflexions quasi philosophiques sur l’être humain, détails qui ne sont pas précisés par hasard, il faut y voir une critique de la bourgeoisie par l’observation d’un individu issu d’une famille de « prolétaires » arrivé par son mariage et son ascension, dans un milieu bourgeois. On peut d'ailleurs qualifier ce récit d’autobiographique car il trouve son origine dans la vie du père de l’auteur qui connut un chemin de vie similaire, qui progressa sur l’échelle sociale parallèlement à l’évolution technique pour décliner en même temps que le XIXème siècle et s’effondrer avec le XXème siècle naissant.


En lisant ce récit, je n’ai pu m’empêcher de me rappeler les romans d’Emile Zola dans lesquels les différences sociales sont fortement marquées, qui se situent à la même période et qu’il serait intéressant de lire après ce livre, particulièrement la bête humaine qui aborde un sujet commun avec Antoine Bloyé, celui du début des chemins de fer et de l’apparition du syndicalisme.


Ce roman publié en 1933 mérite d’être lu par le plus grand nombre.




dimanche 15 mars 2020



Dans la forêt


Jean Hegland
Ed Gallmeister


Oublier, tout oublier, rayer leur vie d’avant, leur vie dans une société de consommation, dans l'opulence des pays riches, leur adolescence, leur bande d’amis...et tout perdre, il faut le vivre pour réaliser ! 

L’espoir les soutient, peut- être l’électricité reviendra-t-elle ? Peut-être Eva pourra -t-elle retrouver tout ce qui faisait sa vie : la danse, peut-être Nell pourra-t-elle a nouveau espérer être admise à Harvard ? peut-être… mais le temps s’étire, et de malheur en malheur, ces deux sœurs qui ont eu à subir le deuil, vont devoir réorganiser leur vie.

Prévoir l’hiver, s’adapter, se montrer économes, question de survie.
Ce roman très fourni apporte au lecteur maintes pistes de réflexion : pour qui s’est penché sur les traités de collapsologie, il peut faire frissonner car il constitue un bel exemple de ce qui pourrait se passer en cas d’effondrement, comment les hordes humaines viendrait se jeter sur les réserves, on peut d’ailleurs le constater avec l’actualité, il amène à réaliser que notre confort pourrait vite disparaître faute d’électricité et d’eau courante…  

Mais le récit ne s’arrête heureusement pas à ces faits, il mise sur les ressources de nos deux héroïnes pour organiser leur vie, cultiver, accueillir ce que mère nature peut offrir, montrant la capacité de l’être humain à trouver en lui des possibilités insoupçonnées.

J’ai craint au début de trouver quelques longueurs dans ce roman, il n’en fut rien, je me suis d’abord attachée au passé de ces deux jeunes filles pour, comme elles, me tourner vers leur avenir, admirative de la détermination de Nell, compatissant à leur situation peu enviable.

La fin quoique logique si on y réfléchit bien, m’a bien surprise…

Un bon roman que je recommande.

samedi 7 mars 2020


Edmond Ganglion et fils


Joël Egloff
ed Folio

Dans le village de St jean, il ne se passe rien…  aucun événement majeur ne semble vouloir donner vie au village, le café sert son éternelle prune maison, (ne pas commander autre chose sous peine de mort…), le curé se contente de kidnapper un ou deux chiens, on ne sait pas exactement pourquoi d’ailleurs, ou de leur envoyer quelques coups de pieds bien placés,  la doyenne du village, qui ne sait plus trop son âge,  vient consulter les pompes funèbres pour bilan de santé ou se faire coiffer … Il faut dire que la mort elle-même fuit St Jean, et les affaires de l'entreprise de pompes funèbres d’Edmond Ganglion ne sont pas prospères,  pas de vie dans ce village, pas de mort non plus … 

ou alors si... un tout petit mort pas connu qui met en branle toute la communauté et Ganglion qui croit à la loi des séries,  fera appel à Georges et Molo, ses fidèles employés pour qu’il emmènent, après la cérémonie,  le corps au cimetière. Et voilà notre corbillard qui roule (à tombeau ouvert…on ne croira pas si bien dire), à travers la campagne, suivie du curé, du bedeau et de la famille en voiture. 

Désopilantes aventures de l’entreprise Ganglion et fils, un roman sans prétention pour distraire et générer l’hilarité de qui aime l’humour noir, (vous serez servis). Une fin aussi surprenante que le reste du roman. Joël Egloff semble posséder une excellente recette pour faire rire avec trois fois rien, présentant des personnages capables d’amuser rien qu’en existant, et amenant des répliques aussi surprenantes que comiques. 

Un bon moment de lecture.  

dimanche 1 mars 2020


Le cri


Nicolas Beuglet
Ed Pocket


Un gros coup de cœur pour ce thriller, ce qui ne m’était pas arrivé depuis Lontano et Congo requiem, il y a exactement un an. Ce lien que j’établis entre ces trois romans n’est pas un hasard, parce que je pense à présent que c’est avec ce type de récit que je m’éclate : en résumé une enquête avec rien au départ pour permettre de résoudre la ou les énigmes de départ, puis un début de résolution qui amène à d’autres énigmes, de sorte que le roman entier devient une quête avec de grosses épreuves dont l’issue apporte… le droit de poursuivre, ce qui oblige les protagoniste à de nombreux déplacements, de nombreux contacts.

 Dès le début, L’auteur fournit de quoi s’attacher durablement à Sarah notre héroïne, policier de choc de par sa formation militaire et plus tard à Christopher qui, innocent, s’introduit dans un milieu qui n’est pas exactement celui des bisounours.

Certaines scènes m’ont arraché quelques petits cris d’effroi et m’ont laissée admirative quant au courage de nos héros. On apprend plus sur Sarah et ce passé qui fait d'elle un personnage tourmenté, Sarah dont on fera certainement plus ample connaissance dans les prochains volets...

 Le thème du roman est passionnant, l’histoire démarre rapidement sur un suicide impossible, se poursuit dans l’univers de l’hôpital psychiatrique et l’action devient boule de neige qui grossit en France, puis dans une île lointaine, pour continuer aux USA… une action à base d’expérience sur humains. Tout cela en un temps record, c’est d’ailleurs ce qui fera le suspens : devoir trouver des réponses en un temps plus limité, avec des handicaps bien-sûr !

 Les méchants ? He bien de vrais méchants qui terrorisent autant les personnages que le lecteur.

 Ce roman m’a happée, je garde les deux autres volets pour plus tard, je me régale à l’avance !


jeudi 20 février 2020


L'ami retrouvé


Fred uhlman
Ed folio

Miracle de l’amitié qui ne connaît ni frontière, ni différence de culture ou de religion,  amitié vraie capable de se placer bien au-dessus de considérations politiques.

Tout les oppose : il se nomme Hans Schwarz, son ami se fait appeler Comte Conrad Hohenfels, il est issu d’une vieille famille allemande noble, son compagnon est juif Polonais.

Hans,que son origine juive condamne désormais, dans cette Allemagne où on exacerbe la haine du juif, et après maints effort pour lier amitié avec ce nouveau qui arrive dans sa classe, découvre que la famille de son ami fait partie des relations du führer.


Une histoire  poignante, d’autant plus que l’auteur déclare que ce roman est pour moitié autobiographique et que toutes les scènes qui se passent au collège sont réelles.

Et l’on suivra le parcours de cet enfant juif.

Ce livre, je pensais qu’il s’adressait aux adolescents et je m’aperçois en le lisant que cet écrit ne sera vraiment lisible que par des ados effectivement, mais pas avant la troisième, non pour une question de sensibilité, car il y  très peu de scènes difficiles à supporter, mais pour une question de culture générale : beaucoup d’allusions à des événements historiques, à des auteurs antiques ou de l’époque, beaucoup de récit en référence à l’art, à la mythologie. Il se dégage de ce roman, une impression que Fred Uhlman est obligé de parler d’antisémitisme tout en noyant le sujet dans la connaissance, sans doute pour éviter de tomber dans le pathos. 

Ecriture admirable, on a envie de se laisser porter par ce beau texte !

Surprise à la toute dernière ligne du roman, je dois le préciser, je me suis sentie parcourue de frissons…

Une belle découverte.