Les mandragores
Marius de Gardin
Ed du panseur, 14/08/2025, 225 pages
Les mandragores, ce sont les
plantes qui poussent aux pieds des pendus, fruits de semences sans désir, la
plante qui envahit les êtres. Le titre convient parfaitement à ce magnifique
roman qui nous introduit dans une famille particulière, la famille de Benito
(le narrateur), Piero, l’enfant aveugle, Chiara, l’unique fille, et Primo l’aîné,
enfants issus d’un couple d’émigrés italiens (les Cipriani) disparus de la vie
de la fratrie. Ils habitent un ancien restaurant : Amore e gusto,
ressentent la faim, les privations, l’absence de parents. L’aîné les réunit
pour leur annoncer le retour de la mère sans plus d’information.
C’est Benito qui prend la
parole, un jeune homme aux propos remplis d’humour qui ne peuvent empêcher de
faire sourire malgré la situation catastrophique dans laquelle se trouve la fratrie :
faim, alcoolisme, dénuement. On oscille entre présent et flash-back, on prend
connaissance du passé de cette famille, passé peu reluisant lié à des parents
non concernés par le bonheur des enfants, à un père qui subit des pressions d’un
personnage important,à une mère irresponsable.
Benito ne trouve pas sa place,
nulle part, il cherche le contact, il cherche le bonheur, ou plutôt le non-malheur,
on le retrouve en ville, dans des lieux ou il vient chercher le réconfort, pas
toujours des lieux porteurs de d’avenir, il cherche le contact de Chiara de
Piero, contacts éphémères et sans lendemain, il cherche le contact d’une mère
absente, il se retrouve à Sainte Anne où rien ne se passe, où il rencontrera
toutefois un personnage interné comme lui, et qui sera l’étincelle qui le
sauvera.
La fin est surprenante sans l’être
car elle est la conséquence de la présence de cette famille largement aussi
toxique que les mandragores.
Le récit de Benito m’a
absorbée, l’ensemble est livré avec des répliques humoristiques, le fond l’est beaucoup
moins, bravo à l’auteur pour cet équilibre dans la narration.
On comprendra que ce que Benito
garde en lui, c’est de la rancœur et de la colère : colère envers des
parents qui ne lui ont pas donné l’amour qu’il méritait et colère envers la
société, les mandragores l’ont envahi, il ne parvient pas à s’en débarrasser,
il devra devenir son propre psychologue, il y parviendra parfois, l’analyse qu’il
nous livre s’avérant très juste.
Ce qui m’a surprise tout de
même c’est l’irrégularité du maniement de langue de Benito : tantôt des
phrases avec des négations incomplète et un parlé familier, tantôt des
magnifiques paragraphes laissant une belle place à la poésie.
J’ai beaucoup aimé les
passages en italien qui montrent combien ces enfants sont fidèles à leurs
origines.