Je suis Romane Monnier
Delphine de Vigan
Ed Gallimard, 15/01/2026, 336 pages
Comment captiver les lecteurs,
tous les lecteurs… ? En pointant le doigt sur un objet que beaucoup
possèdent : le smartphone. Il suffit simplement que Romane, au cours d’une
soirée arrosée, échange son téléphone portable avec Thomas pour se rendre
compte de l’importance de cet outil qui renferme nos secrets et notre intimité,
peut-on avoir l’idée de confier son téléphone à un parfait inconnu quand d’ordinaire,
on ne parvient déjà pas à le mettre entre les mains de son conjoint ou de ses
enfants ?
C’est pourtant ce qui se
produit dans ce nouveau roman de Delphine de Vigan : Romane, confie son
smartphone à Thomas et ne manque pas de lui transmettre les codes qui
permettront peu à peu de découvrir la vie de cette jeune fille. On découvrira
qu’elle ne le fait pas par hasard, et c’est en pénétrant timidement dans l’univers
de Romane, que Thomas ira de découverte en découverte.
Deux vies dans le roman :
celle de Romane, qui s’étale peu à peu et celle de Thomas pour lequel Romane
devient un miroir : le miroir de sa vie, la vie d’un homme seul, une vie
faite d’épreuves, de souffrances, de surprises et de joie, une vie banale et
mouvementée à la fois, une vie sans trace croirait-on, et cependant…
L’une des objectifs de l’autrice
sera d’amener à prendre conscience des empreintes que nous laissons : tout
dans nos portables révèle notre vie, depuis le choix des applications que nous
y téléchargeons, les listes que nous y laissons, en passant par nos
conversations, notre navigation, nos vidéo favorites, et nos « stories »
dont les réseaux sociaux sont si friands. Qu’on nous le vole et on vole notre
vie, c’est limite enlèvement.
Je suis sortie de ce récit
avec un certain nombre de questions, voire de résolutions, en me disant que je
ne suis pas née avec mon téléphone, que je devrais peut-être relativiser son
importance dans ma vie, que je ne suis pas obligée de me connecter de la sorte,
que mon côté humain pourrait en souffrir. Je ne suis pourtant pas la plus accro
à cet assistant numérique. Combien de piétons ou automobilistes risquent l’accident
pour cause de consultation du web, de suivi de série, de conversations et j’en
passe… Mais là, je pense qu’il y a vraiment de quoi écrire un autre roman.
Ce roman devrait être lu par
le plus grand nombre.