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jeudi 20 août 2026


Les bouchères












Sophie Demange

Ed l'iconoclaste, 07/05/2026, 310 pages


Trois héroïnes pour un roman, trois jeunes femmes qui ont quelques points en commun :  deux sont bouchères, la troisième le deviendra rapidement. Mais ce n’est pas tout : chaque membre de ce trio d’enfer a croisé sur son chemin, un homme avide de sexe ou un père autoritaire et macho. Et la vie a une dette envers elles...

En observant la couverture et le titre, on ne peut que se demander quelle sera la teneur du récit. Et l’on est vite informé, vite entraîné par l’énergie que déploie chacune pour faire tourner la boucherie : mise en valeur des morceaux de viande comme s’ils étaient des œuvres d’art, quasi jonglage avec leurs instruments de prédilection : les couteaux, toutes trois travailleuses et courageuses, toutes trois volontaires et autoritaires, c’est sans doute ce qui permettra de fournir quelques excuses au comportement du trio en action somme toute compréhensible mais non excusable.

J’aime beaucoup l’humour noir, si vous avez des titres, je suis preneuse, le fait que trois femmes deviennent bouchères, abattent le travail dans rechigner, possèdent le répondant ad hoc vis-à-vis des clientes pénibles, tout cela épice le récit. Mais ne sont-elles pas un peu expéditives ? Pour moi personnellement, le comique n’était pas toujours au rendez-vous, mais qu’importe, on est tout de même en présence de trois féministes qui dénoncent les violences faites aux femmes, c’est essentiel.

J’ai trouvé délicieux les passages qui exposent nos charmantes vendeuses de viande en plein cœur d’une petite ville, dans un quartier où tout le monde se connaît, où les potins vont bon train, où la bêtise humaine s’invite dans le voisinage et qui montrent comment la rumeur devient reine.

Ce roman, sans me charmer, m’a offert de bons moments de lecture.





mercredi 19 août 2026

 En attendant Marky Moon










Natalie Adler

Ed Phébus, 27/08/2026, 326 pages.


Je n’aurais probablement pas placé ce roman dans ma bibliothèque sans un coup de pouce de Babelio qui me l’a proposé au cours d’une masse critique exceptionnelle, et cela aurait été regrettable, car ce livre renferme des richesses insoupçonnées. Si j’ai éprouvé quelques difficultés à entrer dans l’histoire, c’est sans doute parce que je ne me posais aucune question concernant la communauté LGBTQIA que je ne connais pas. Mais nous sommes en 1984, on commence à parler sérieusement du SIDA, et ce sujet m’interpelle, car cette année-là, j’étais concernée comme tous les jeunes de mon âge, et de surcroit, je travaillais au centre de transfusion et   j’eus l’occasion de recevoir des personnes paniquées parce que convoquées.              Il fallut attendre 1986 pour être convié à des réunions d’information dont le but était d’exposer la vérité lever les doutes et faire taire les bruits et idées fausses. Et c’est vraiment ce que l’on ressent à la lecture de ce livre. Information, vécu des jeunes et ressenti nous sont livrés par Renata, une jeune femme qui se servira d’un don qu’elle possède : la faculté de voir les morts sur laquelle elle s’appuie pour expliquer les ravages du SIDA chez les toxicomanes et les homosexuels (on verra que les hétérosexuels ne seront pas épargnés non plus). C’est ainsi que Renata perdra nombre d’amis ainsi que sa mère.

Renata apparaît comme une personne équilibrée qui se montre capable d’analyser les situations, c’est là l’intérêt de sa narration. Elle évolue dans un milieu particulier, un milieu composé d’artistes, de gens cultivés, de paumés parfois aussi, de gens qui cherchent un bonheur artificiel par le biais de la drogue et de l’alcool, un milieu d’êtres humains dont on ne veut pas dans la société new yorkaise, et l’auteur imagine un subterfuge pour montrer comment on s’y prend pour faire évacuer les appartements.

Le côté fantastique aurait peut-être pu être plus approfondi, si son don sert à dénoncer la discrimination et à faire valoir les droits de tout individu, on s’attend à percevoir la détresse des morts qui ont dû faire face à la déchéance, à la destruction de leur corps par une maladie cruelle pour laquelle on n’avait aucun remède, mais il n’en est rien, c’est au lecteur d’imaginer le ressenti des protagonistes omniprésents quoique morts.

Si la découverte du roman et ses premiers chapitres m’ont paru long, j’ai ensuite jugé ce roman digne d’intérêt, chaque personnage évoluant en portant son passé, son histoire, ses choix.

Un roman très intéressant qui vous invite dans le New York des années 80, riche en culture littéraire comme musicale.


lundi 10 août 2026

Sainte emmerderesse






 








Audrey Alwett

ed Héloïse D'ormesson, 15/01/2026, 416 pages



Bienvenue à Rançon sur Seine ; paisible petit village normand… Paisible ? oui, pendant de longues années, avant l’arrivée de Suzanne qui achète le vieux manoir délabré qui trône en pleine campagne suite à un gain au loto. Elle s’installe en cet endroit pour fuir une famille envahissante et toxique. Le décor planté, on commence à croiser des individus qui valent le détour : le paysan du coin, les chasseurs, parmi lesquels : Ludwig, fils du maire, en froid avec son père pour les raisons que l’on découvre peu à peu, le médecin du coin, vieillard lubrique et manipulateur, la boulangère, raciste et homophobe, et la narratrice, Diane, écrivaine spoliée (son histoire vaut également le détour).

Peut-être vous demandez-vous ce qui anime la joyeuse troupe composée de Diane et de ses colocataires : le médecin qui a quitté sa femme, Ludwig et Diane ? C’est une découverte peu banale : la tombe de Madame de Saint-Ange dite Sainte Emmerderesse.

L’autrice ne nous laisse pas sur notre soif : le roman regorge de renseignements sur cette saint fictive, cette dame qui vécut sous le règne du roi soleil, protégée de Madame de Maintenon et installée dans le manoir. Pour nous renseigner, la narratrice écrivaine se livre a de sérieuses recherches au sujet de cette femme et nous raconte son histoire, maîtrisant son sujet et captant le lecteur, je peux d’ailleurs affirmer que j’avais hâte de retrouver ces passages narratifs qui racontaient l’histoire de Sainte Emmerderesse.

Mais le roman ne se résume pas à la biographie de la sainte : Suzanne n’est pas à court d’idées, elle fait de la tombe son fonds de commerce : le site devient lieu de pèlerinage, et la charismatique Suzanne devient prêtresse des lieux. L’histoire de Madame de Saint Ange laissera la place à de savoureux passages exposant des situations cocasses voire hilarantes, des moments de colère (certains personnages, quoique caricaturaux, sont de véritables monstres d’égoïsme, de non-compassion, de bêtise), des coups de patte à certains aspects de notre société.

Mais le récit ne se résume pas à des scènes comiques et à des considérations historiques, il décrit et tente de faire comprendre les travers de nos sociétés : phénomène des sectes, problème du racisme, société de consommation, comportement des éditeurs…

Curieusement, on se retrouve face à un roman à la fois dense et léger, chapeau bas à cette autrice qui manie l’humour (souvent noir pour mon bonheur) à la perfection, qui insère dans son écrit des répliques délicieuses propre à capter l’attention des lecteurs qui se mettent à l’affût des réflexions de Diane, écrivaine pleine d’esprit, et qui se montre capable de produire un roman qui satisfait pleinement le besoin de suspens, l’apport culturel, et la détente.

Une pépite que je conseille vivement.


samedi 18 juillet 2026

 

Les saules












Mathilde Beaussault

Ed Seuil, point, 06/03/2026, 272 pages.


Par le biais d’un crime sordide, l’autrice, de son écriture ciselée, met en relief des personnalités diverses : les membres d’une famille qui ; dès le début, apparaît asociale avec son « pater familias » acariâtre, borné et bien peu avenant, une mère qui cautionne son comportement, mais a-t-elle le choix,  une fillette, Marguerite, mutique, sale, peu éduquée par des parents qui la laissent grandir comme elle peut, jugée arriérée, qualifiée de « débile de l’école » et rejetée.

On notera le caractère intemporel du roman, qu’on peut tout de même situer en 1984, indices à l’appui. Si l’on prend en compte la description des personnages et de leurs habitudes, il donne une impression d’après-guerre : peu de matériel, familles campagnardes démunies tant matériellement qu’intellectuellement, si on exclue les notables du coin, les propriétaires de la pharmacie. On est bien en présence de familles défavorisées. Les enfants n’y sont pas les rois, les habitants portent en eux certaines rancœurs, dans cette micro société où tout le monde se connaît, ou chacun voudrait dicter sa loi.

Et dans ce village où l’anonymat n’existe pas,  survient un meurtre, celui de Marie, 17 ans, fille du pharmacien et de sa femme.

La gendarmerie se lance dans une enquête qui patauge, et qui se base sur les témoignages des membres de cette communauté. Témoignages sans vraiment d’intérêt et qui ne permettent pas de trouver le meurtrier.

Si l’on est témoin d’une enquête policière, ce roman peut-il être vraiment rangé dans la catégorie des romans policiers ? oui si l'on en juge par le prix que le roman a reçu, mais j'ai douté en avançant dans mas lecturer, car la façon dont Mathilde Beaussault nous introduit dans les foyers, nous présente des tranches de vie d’adultes, nous parle de la maltraitance infantile, met en avant des querelles et des interventions de personnages rustres fait penser plus à un essai sur sociologique sur un milieu donné.

Témoin de ces situations parfois bien attristantes, j’ai apprécié ce roman. J’ai trouvé Les témoignages révélateurs de l’état d’esprit des intervenants.

 Je n’ai que moyennement apprécié la fin, bien que cette issue à laquelle je ne m’attendais pas cadre parfaitement avec l’ensemble du récit. Elle n’aurait pas dû me surprendre. Il y aurait beaucoup à dire sur cette fin, mais évitons de divulgâcher !

On n’aime ou on n’aime pas ce roman, toutefois il est marquant et ne s’effacera pas de sitôt de ma mémoire.

dimanche 7 juin 2026

 

Love, Mom












Iliana Xander

Ed Fleuve noir, 8/01/2026, 416 pages


Cette histoire commence doucement, en son début, on fait la connaissance de Mackenzie, une vingtaine d’années, la narratrice qui expose sa situation : sa mère vient de mourir, elle ne semble pas en bon terme avec cette mère qui ne s’est pas beaucoup occupée d’elle, un père alcoolique, et quelques embrouilles qu’elle peut ressentir mais qui lui sont cachées. C’est dans cette ambiance de non-dit, de secret de famille occultés que l’on y est introduit. On sent une Mackenzie bien seule au milieu d’adultes au comportement de plus en plus énigmatique, mais heureusement elle peut se confie à E.J son meilleur ami qui jouera un rôle de soutien pour Mackenzie. Les informations diffusées avec une grande parcimonie donnent au roman les épices nécessaires pour rendre addict le lecteur qui y goûte : des querelles en douce, des lettres qui arrive d’on ne sait où et qui racontent à la jeune femme, un pan caché de l’histoire de sa mère. Des personnages uniquement nommés, non présentés, pour lesquels on est amené à se poser la question de leur identité et de leur rôle dans l’histoire, peu de rebondissements au final, si ce n’est que l’on avance pas à pas dans le récit, et tout de même une information de taille qui vous accroche définitivement au livre jusqu’à la fin.

On découvre la situation grâce aux lettres , au progrès des investigations auxquelles se livrent Mackenzie et son ami, mais aussi durant quelques chapitres, par d’autres personnages dont je ne mentionnerais pas l’identité pour éviter de spoiler, ce qui en fait un roman choral qui permet de devenir le témoin des recherches de Mackenzie et de la voir s’approcher de la vérité, une vérité qui surprend soudainement. Surprise très bien placée, juste avant le témoignage des autres personnes.

J’ai beaucoup aimé ce thriller psychologique : lecture confortable, intrigue suffisante pour susciter l’envie pressante de poursuivre, pas de scènes vraiment gores, un roman très bien construit aux informations savamment dosées.

Ce roman mérite amplement son succès !

 

dimanche 26 avril 2026

 

Minjung













Ian Manook

Ed Flammarion, 01/04/2026; 471 pages



Je remercie Babelio et les éditions Flammarion pour cette occasion de découvrir de nouveaux écrits de l’un de mes auteurs favoris. Si j’avais beaucoup aimé Yéruldelgger, le nouveau héros, dont j’ai fait connaissance est un personnage délicieux : un « dur à cuire » certes, ancien mafieux, (enfin infiltré parmi les réseaux) ancien flic, le personnage qui en a vu de toutes les couleurs et qui ne craint plus rien, cela donne des dialogues qui se boivent comme du petit lait et qui ne sont pas sans rappeler les dialogues d’Audiard. On est bien surpris de constater comment notre héros se sort de situations plus que dangereuses pour lui, les mafieux ayant la gâchette facile. Et s’il montre les facettes d’un homme blessé au passé douloureux, aux épreuves qui lui laissent un souvenir amer, on découvre aussi un individu sentimental, compréhensif quand il le faut et impitoyable quand il s’agit de s’insurger face aux injustices de ce monde.  Je n’ai pas lu Gangnam, le premier tome, mais je me jetterai dessus à la première occasion histoire de faire connaissance avec ce héros.

Question personnage, le roman en abrite un certain nombre, des gens enfoncés dans les magouilles jusqu ‘au coup, et pour qui la loi, c’est la vengeance et les règlements de comptes .Mais n’allez pas aborder ce récit comme un roman noir de chez noir, oui, il y a des situations difficiles, des traitements d’humains à vomir, faits réels décrits par l’auteur extrêmement bien documenté, c’est vrai qu’à Séoul, on ne s’est pas contenté d’éjecter les SDF avant les jeux olympiques ce qui paraît déjà outrageant pour ces hommes et ces femmes, on les a aussi parqués, déportés, torturés, cet aspect, vous le découvrirez.  Oui donc certaines situations sont insupportables, mais question action, le récit donne une impression de « plus l’humour est noir, plus c’est drôle » : hilarante, la femme du colonel, véritable nymphomane qui connaît par cœur les habitudes de son mari, qui se sauve en déjouant les pièges, en s’arrangeant pour qu’il deviennent le coupable idéal, et qui a juré de se venger de ce conjoint désormais embarrassant, divertissant la façon que chacun a de goûter à la bonne cuisine, de montrer son sens de la fête, de citer des anecdotes comiques. Cet aspect du roman ajoute bien une note colorée au côté obscur de l'histoire de Corée.

Parmi les policiers, on a une inspectrice très divertissante : Chin-Sun à la tenue assez extravagante pour une policière, et qui entretient avec Gangnam, une relation tantôt amicale, parfois amoureuse, tantôt houleuse.

Et puis la Corée du Sud et ses recettes culinaires à n’en plus finir, et ses restaus qui pour nous Européens feraient figure de gargote, mais où il semble si bon de se rassembler pour goûter les merveilles de la cuisine Coréenne. Si Ian Manook parle peu de l’étiquette et de la façon de se comporter à table, il y fait tout de même allusion, et je peux affirmer, l’un de mes meilleurs amis étant Coréen et vivant à Séoul, que c’est véridique, particulièrement le respect dû aux plus âgés.

On prend donc connaissance du scandale des Minjungs, mais également de celui du trafic des adoptions dans les années 80.

La fin du roman laisse supposer qu’une suite est prévue, pour notre plus grand bonheur. N’hésitez pas à vous plonger dans cette aventure, si vous peinez au départ, pas d’inquiétude, c’est parce que dans les premiers chapitres, on présente souvent de nouveaux personnages et que l’on peut avoir des difficultés à accrocher les wagons, mais le confort de lecture arrive sans tarder.

 

 

mercredi 22 avril 2026

 La colère d'Izanagi


 















Cyril Carrère

Ed Folio, 20/02/2025, 336 pages



Ce thriller nous happe rapidement suite à un événement marquant : l’incendie d’un building à Tokyo, dans le quartier de Shinjuku. Incendie qui personnellement m’a fait revivre le 11 septembre, scène d’une certaine ampleur qui marque en raison des horreurs subies par les personnes présentes dans l’immeuble et les observations faites par nos enquêteurs qui relèvent du mystère mystère. Par la suite, on fera connaissance des protagonistes : Hayato Ishida, capitaine de la DPMT, police de Tokyo secondé par Noémie, issue du mariage d’une japonaise et d’un français Il faut s’y attendre, le couple est très mal assorti et quelques frictions de départs sont prévisibles. Hayato possède quelques qualités qui font partie des ingrédients d’un bon roman : il est HPI et est atteint d’une hyperosmie qui lui permet de se servir de son odorat lors de ses recherches.

On fait par ailleurs connaissance de deux étudiants que la destruction de l’immeuble empêche de conserver le job qui leur permettait de poursuivre leurs études.

Un roman des plus riches entre deux détectives apparemment incompatible, Hayato n’est pas très sociable, Noémie a des impératifs, l’empathie pour laquelle on la connaît a des limites, et sa franchise peut contrarier notre jeune capitaine.

Dans ce roman : du mystère, des énigmes, de type codage, des victimes collatérales, des prises d’otage, d’énigmatiques et intelligents personnages qui mènent la danse via le darknet. Un roman qui réserve bien des surprises.

Et le Japon, particulièrement Tokyo et quelque escapade dans la campagne, mais également le japon au jour le jour, qui s’entremêle avec un certain japon des traditions auxquelles l’auteur fait allusion, un roman riche en événements et en action dans lequel on ne peut s’ennuyer.