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dimanche 30 août 2026

 Les mandragores

 











Marius de Gardin

Ed du panseur, 14/08/2025, 225 pages


Les mandragores, ce sont les plantes qui poussent aux pieds des pendus, fruits de semences sans désir, la plante qui envahit les êtres. Le titre convient parfaitement à ce magnifique roman qui nous introduit dans une famille particulière, la famille de Benito (le narrateur), Piero, l’enfant aveugle, Chiara, l’unique fille, et Primo l’aîné, enfants issus d’un couple d’émigrés italiens (les Cipriani) disparus de la vie de la fratrie. Ils habitent un ancien restaurant : Amore e gusto, ressentent la faim, les privations, l’absence de parents. L’aîné les réunit pour leur annoncer le retour de la mère sans plus d’information.

C’est Benito qui prend la parole, un jeune homme aux propos remplis d’humour qui ne peuvent empêcher de faire sourire malgré la situation catastrophique dans laquelle se trouve la fratrie : faim, alcoolisme, dénuement. On oscille entre présent et flash-back, on prend connaissance du passé de cette famille, passé peu reluisant lié à des parents non concernés par le bonheur des enfants, à un père qui subit des pressions d’un personnage important,à une mère irresponsable.

Benito ne trouve pas sa place, nulle part, il cherche le contact, il cherche le bonheur, ou plutôt le non-malheur, on le retrouve en ville, dans des lieux ou il vient chercher le réconfort, pas toujours des lieux porteurs de d’avenir, il cherche le contact de Chiara de Piero, contacts éphémères et sans lendemain, il cherche le contact d’une mère absente, il se retrouve à Sainte Anne où rien ne se passe, où il rencontrera toutefois un personnage interné comme lui, et qui sera l’étincelle qui le sauvera.

La fin est surprenante sans l’être car elle est la conséquence de la présence de cette famille largement aussi toxique que les mandragores.

Le récit de Benito m’a absorbée, l’ensemble est livré avec des répliques humoristiques, le fond l’est beaucoup moins, bravo à l’auteur pour cet équilibre dans la narration.

On comprendra que ce que Benito garde en lui, c’est de la rancœur et de la colère : colère envers des parents qui ne lui ont pas donné l’amour qu’il méritait et colère envers la société, les mandragores l’ont envahi, il ne parvient pas à s’en débarrasser, il devra devenir son propre psychologue, il y parviendra parfois, l’analyse qu’il nous livre s’avérant très juste.

Ce qui m’a surprise tout de même c’est l’irrégularité du maniement de langue de Benito : tantôt des phrases avec des négations incomplète et un parlé familier, tantôt des magnifiques paragraphes laissant une belle place à la poésie.

J’ai beaucoup aimé les passages en italien qui montrent combien ces enfants sont fidèles à leurs origines.

 Ne jamais trembler





 







Stephen King

Ed Albin Michel, 28/01/2026, 528 pages



Cette lecture fut bien laborieuse ! Je pense que j’aurais dû abandonner de suite car dès le début, je n’accrochais pas, j’ai trouvé très confuse cette histoire de lettre qui mentionne que l’expéditeur va tuer treize innocents et un coupable. Cette lettre donne lieu à une première recherche d’explications par la police de Buckley City qui mentionne des noms inconnus, bref, une conversation à laquelle la lectrice que je suis ne se sent pas vraiment invitée. J’ai eu cependant un espoir quand le problème arrive dans les mains d’Holly, une héroïne à laquelle je me suis bien attachée depuis le cycle Bill Hodges et les tomes suivants, des volets qui regorgeaient de suspens.

Dans cet opus, Holly se montre toujours très perspicace mais je trouve qu’elle outrepasse ses fonctions, devenant une sorte de Wonder Woman prête à affronter toutes situations, même les plus dangereuses.

Ce qui a pu m’aider à ne pas abandonner, c’est peut-être la présence de Kate McKay, qui milite pour le droit à l’avortement au désespoir de ses opposant, américains imprégnés d’impératifs religieux, ce qui semble courant aux Etats-Unis, la présence entre les chapitres consacrés à Holly et à Kate de ce meurtrier inquiétant qui se fait nommer Trigg, individu déséquilibré dont on peine à découvrir l’identité.

Question suspens, on repassera, on se doute de la fin, on « ne tremble jamais » car on ne tarde pas à flairer le meurtre qui survient parfois sans aucune préméditation. Il nous décrit un meurtrier apparemment sans états d’âme, tout en mentionnant les faiblesses qui pourraient lui être fatales, les erreurs qu’il commet, on se doute bien alors que le cueillir pourrait être facile. L’auteur nous avait habitués à mieux.

Un deuxième criminel apparaît : un jeune homme victime de dédoublement de personnalité et manipulé par un prêtre, ç’aurait pu être intéressant si ce personnage s’était montré plus autonome et spontané, toutefois ses tentatives d’intimidation restent intéressantes au cours du roman.

 Par ailleurs, trop de longueurs, trop de discussions qui ne font rien avancer, où alors très lentement entre Holly et ses amis.

Holly a besoin de repos il me semble, et j’espère que pour moi, ce ne sera pas « ne plus jamais trembler » face à un Stephen King.

jeudi 20 août 2026


Les bouchères












Sophie Demange

Ed l'iconoclaste, 07/05/2026, 310 pages


Trois héroïnes pour un roman, trois jeunes femmes qui ont quelques points en commun :  deux sont bouchères, la troisième le deviendra rapidement. Mais ce n’est pas tout : chaque membre de ce trio d’enfer a croisé sur son chemin, un homme avide de sexe ou un père autoritaire et macho. Et la vie a une dette envers elles...

En observant la couverture et le titre, on ne peut que se demander quelle sera la teneur du récit. Et l’on est vite informé, vite entraîné par l’énergie que déploie chacune pour faire tourner la boucherie : mise en valeur des morceaux de viande comme s’ils étaient des œuvres d’art, quasi jonglage avec leurs instruments de prédilection : les couteaux, toutes trois travailleuses et courageuses, toutes trois volontaires et autoritaires, c’est sans doute ce qui permettra de fournir quelques excuses au comportement du trio en action somme toute compréhensible mais non excusable.

J’aime beaucoup l’humour noir, si vous avez des titres, je suis preneuse, le fait que trois femmes deviennent bouchères, abattent le travail dans rechigner, possèdent le répondant ad hoc vis-à-vis des clientes pénibles, tout cela épice le récit. Mais ne sont-elles pas un peu expéditives ? Pour moi personnellement, le comique n’était pas toujours au rendez-vous, mais qu’importe, on est tout de même en présence de trois féministes qui dénoncent les violences faites aux femmes, c’est essentiel.

J’ai trouvé délicieux les passages qui exposent nos charmantes vendeuses de viande en plein cœur d’une petite ville, dans un quartier où tout le monde se connaît, où les potins vont bon train, où la bêtise humaine s’invite dans le voisinage et qui montrent comment la rumeur devient reine.

Ce roman, sans me charmer, m’a offert de bons moments de lecture.





mercredi 19 août 2026

 En attendant Marky Moon










Natalie Adler

Ed Phébus, 27/08/2026, 326 pages.


Je n’aurais probablement pas placé ce roman dans ma bibliothèque sans un coup de pouce de Babelio qui me l’a proposé au cours d’une masse critique exceptionnelle, et cela aurait été regrettable, car ce livre renferme des richesses insoupçonnées. Si j’ai éprouvé quelques difficultés à entrer dans l’histoire, c’est sans doute parce que je ne me posais aucune question concernant la communauté LGBTQIA que je ne connais pas. Mais nous sommes en 1984, on commence à parler sérieusement du SIDA, et ce sujet m’interpelle, car cette année-là, j’étais concernée comme tous les jeunes de mon âge, et de surcroit, je travaillais au centre de transfusion et   j’eus l’occasion de recevoir des personnes paniquées parce que convoquées.              Il fallut attendre 1986 pour être convié à des réunions d’information dont le but était d’exposer la vérité lever les doutes et faire taire les bruits et idées fausses. Et c’est vraiment ce que l’on ressent à la lecture de ce livre. Information, vécu des jeunes et ressenti nous sont livrés par Renata, une jeune femme qui se servira d’un don qu’elle possède : la faculté de voir les morts sur laquelle elle s’appuie pour expliquer les ravages du SIDA chez les toxicomanes et les homosexuels (on verra que les hétérosexuels ne seront pas épargnés non plus). C’est ainsi que Renata perdra nombre d’amis ainsi que sa mère.

Renata apparaît comme une personne équilibrée qui se montre capable d’analyser les situations, c’est là l’intérêt de sa narration. Elle évolue dans un milieu particulier, un milieu composé d’artistes, de gens cultivés, de paumés parfois aussi, de gens qui cherchent un bonheur artificiel par le biais de la drogue et de l’alcool, un milieu d’êtres humains dont on ne veut pas dans la société new yorkaise, et l’auteur imagine un subterfuge pour montrer comment on s’y prend pour faire évacuer les appartements.

Le côté fantastique aurait peut-être pu être plus approfondi, si son don sert à dénoncer la discrimination et à faire valoir les droits de tout individu, on s’attend à percevoir la détresse des morts qui ont dû faire face à la déchéance, à la destruction de leur corps par une maladie cruelle pour laquelle on n’avait aucun remède, mais il n’en est rien, c’est au lecteur d’imaginer le ressenti des protagonistes omniprésents quoique morts.

Si la découverte du roman et ses premiers chapitres m’ont paru long, j’ai ensuite jugé ce roman digne d’intérêt, chaque personnage évoluant en portant son passé, son histoire, ses choix.

Un roman très intéressant qui vous invite dans le New York des années 80, riche en culture littéraire comme musicale.


lundi 10 août 2026

Sainte emmerderesse






 








Audrey Alwett

ed Héloïse D'ormesson, 15/01/2026, 416 pages



Bienvenue à Rançon sur Seine, paisible petit village normand… Paisible ? oui, pendant de longues années, avant l'arrivée de Suzanne qui achète le vieux manoir délabré qui trône en pleine campagne suite à un gain au loto. Elle s'installe en cet endroit pour fuir une famille envahissante et toxique. le décor planté, on commence à croiser des individus qui valent le détour : le paysan du coin, les chasseurs, parmi lesquels : Ludwig, fils du maire, en froid avec son père pour les raisons que l'on découvre peu à peu, le médecin du coin, vieillard lubrique et manipulateur, la boulangère, raciste et homophobe, et la narratrice, Diane, écrivaine spoliée (son histoire vaut également le détour).

Peut-être vous demandez-vous ce qui anime la joyeuse troupe composée de Diane et de ses colocataires : le médecin qui a quitté sa femme, Ludwig et Diane ? C'est une découverte peu banale : la tombe de Madame de Saint-Ange dite Sainte Emmerderesse.

L'autrice ne nous laisse pas sur notre soif de connaissance : le roman regorge de renseignements sur cette sainte fictive, cette dame qui vécut sous le règne du roi soleil, protégée de Madame de Maintenon et installée dans le manoir. Pour nous renseigner, la narratrice écrivaine se livre a de sérieuses recherches au sujet de cette femme et nous raconte son histoire, maîtrisant son sujet et captant le lecteur, je peux d'ailleurs affirmer que j'avais hâte de retrouver ces passages narratifs qui racontaient l'histoire de Sainte Emmerderesse.

Mais le roman ne se résume pas à la biographie de la sainte : Suzanne n'est pas à court d'idées, elle fait de la tombe son fonds de commerce : le site devient lieu de pèlerinage, et la charismatique Suzanne devient prêtresse des lieux. L'histoire de Madame de Saint Ange laissera la place à de savoureux passages exposant des situations cocasses voire hilarantes, des moments de colère (certains personnages, quoique caricaturaux, sont de véritables monstres d'égoïsme, de non-compassion, de bêtise), des coups de patte à certains aspects de notre société.

Sortons tout de même des considérations historiques et des situations cocasses pour prendre de la distance , le récit décrit et tente de faire comprendre les travers de nos sociétés : phénomène des sectes, problème du racisme, société de consommation, comportement des éditeurs…

Curieusement, on se retrouve face à un roman à la fois dense et léger, chapeau bas à cette autrice qui manie l'humour (souvent noir pour mon bonheur) à la perfection, qui insère dans son écrit des répliques délicieuses propres à capter l'attention des lecteurs qui se mettent à l'affût des réflexions de Diane, écrivaine pleine d'esprit, et qui se montre capable de produire un roman qui satisfait pleinement le besoin de suspens, l'apport culturel, et la détente.

Une pépite que je conseille vivement.

samedi 18 juillet 2026

 

Les saules












Mathilde Beaussault

Ed Seuil, point, 06/03/2026, 272 pages.


Par le biais d’un crime sordide, l’autrice, de son écriture ciselée, met en relief des personnalités diverses : les membres d’une famille qui ; dès le début, apparaît asociale avec son « pater familias » acariâtre, borné et bien peu avenant, une mère qui cautionne son comportement, mais a-t-elle le choix,  une fillette, Marguerite, mutique, sale, peu éduquée par des parents qui la laissent grandir comme elle peut, jugée arriérée, qualifiée de « débile de l’école » et rejetée.

On notera le caractère intemporel du roman, qu’on peut tout de même situer en 1984, indices à l’appui. Si l’on prend en compte la description des personnages et de leurs habitudes, il donne une impression d’après-guerre : peu de matériel, familles campagnardes démunies tant matériellement qu’intellectuellement, si on exclue les notables du coin, les propriétaires de la pharmacie. On est bien en présence de familles défavorisées. Les enfants n’y sont pas les rois, les habitants portent en eux certaines rancœurs, dans cette micro société où tout le monde se connaît, ou chacun voudrait dicter sa loi.

Et dans ce village où l’anonymat n’existe pas,  survient un meurtre, celui de Marie, 17 ans, fille du pharmacien et de sa femme.

La gendarmerie se lance dans une enquête qui patauge, et qui se base sur les témoignages des membres de cette communauté. Témoignages sans vraiment d’intérêt et qui ne permettent pas de trouver le meurtrier.

Si l’on est témoin d’une enquête policière, ce roman peut-il être vraiment rangé dans la catégorie des romans policiers ? oui si l'on en juge par le prix que le roman a reçu, mais j'ai douté en avançant dans mas lecturer, car la façon dont Mathilde Beaussault nous introduit dans les foyers, nous présente des tranches de vie d’adultes, nous parle de la maltraitance infantile, met en avant des querelles et des interventions de personnages rustres fait penser plus à un essai sur sociologique sur un milieu donné.

Témoin de ces situations parfois bien attristantes, j’ai apprécié ce roman. J’ai trouvé Les témoignages révélateurs de l’état d’esprit des intervenants.

 Je n’ai que moyennement apprécié la fin, bien que cette issue à laquelle je ne m’attendais pas cadre parfaitement avec l’ensemble du récit. Elle n’aurait pas dû me surprendre. Il y aurait beaucoup à dire sur cette fin, mais évitons de divulgâcher !

On n’aime ou on n’aime pas ce roman, toutefois il est marquant et ne s’effacera pas de sitôt de ma mémoire.

dimanche 7 juin 2026

 

Love, Mom












Iliana Xander

Ed Fleuve noir, 8/01/2026, 416 pages


Cette histoire commence doucement, en son début, on fait la connaissance de Mackenzie, une vingtaine d’années, la narratrice qui expose sa situation : sa mère vient de mourir, elle ne semble pas en bon terme avec cette mère qui ne s’est pas beaucoup occupée d’elle, un père alcoolique, et quelques embrouilles qu’elle peut ressentir mais qui lui sont cachées. C’est dans cette ambiance de non-dit, de secret de famille occultés que l’on y est introduit. On sent une Mackenzie bien seule au milieu d’adultes au comportement de plus en plus énigmatique, mais heureusement elle peut se confie à E.J son meilleur ami qui jouera un rôle de soutien pour Mackenzie. Les informations diffusées avec une grande parcimonie donnent au roman les épices nécessaires pour rendre addict le lecteur qui y goûte : des querelles en douce, des lettres qui arrive d’on ne sait où et qui racontent à la jeune femme, un pan caché de l’histoire de sa mère. Des personnages uniquement nommés, non présentés, pour lesquels on est amené à se poser la question de leur identité et de leur rôle dans l’histoire, peu de rebondissements au final, si ce n’est que l’on avance pas à pas dans le récit, et tout de même une information de taille qui vous accroche définitivement au livre jusqu’à la fin.

On découvre la situation grâce aux lettres , au progrès des investigations auxquelles se livrent Mackenzie et son ami, mais aussi durant quelques chapitres, par d’autres personnages dont je ne mentionnerais pas l’identité pour éviter de spoiler, ce qui en fait un roman choral qui permet de devenir le témoin des recherches de Mackenzie et de la voir s’approcher de la vérité, une vérité qui surprend soudainement. Surprise très bien placée, juste avant le témoignage des autres personnes.

J’ai beaucoup aimé ce thriller psychologique : lecture confortable, intrigue suffisante pour susciter l’envie pressante de poursuivre, pas de scènes vraiment gores, un roman très bien construit aux informations savamment dosées.

Ce roman mérite amplement son succès !