Minjung
Ian Manook
Ed Flammarion, 01/04/2026; 471 pages
Je remercie Babelio et les éditions
Flammarion pour cette occasion de découvrir de nouveaux écrits de l’un de mes
auteurs favoris. Si j’avais beaucoup aimé Yéruldelgger, le nouveau héros, dont
j’ai fait connaissance est un personnage délicieux : un « dur à cuire »
certes, ancien mafieux, (enfin infiltré parmi les réseaux) ancien flic, le
personnage qui en a vu de toutes les couleurs et qui ne craint plus rien, cela
donne des dialogues qui se boivent comme du petit lait et qui ne sont pas sans
rappeler les dialogues d’Audiard. On est bien surpris de constater comment
notre héros se sort de situations plus que dangereuses pour lui, les mafieux
ayant la gâchette facile. Et s’il montre les facettes d’un homme blessé au
passé douloureux, aux épreuves qui lui laissent un souvenir amer, on découvre
aussi un individu sentimental, compréhensif quand il le faut et impitoyable
quand il s’agit de s’insurger face aux injustices de ce monde. Je n’ai pas lu Gangnam, le premier tome, mais
je me jetterai dessus à la première occasion histoire de faire connaissance
avec ce héros.
Question personnage, le roman
en abrite un certain nombre, des gens enfoncés dans les magouilles jusqu ‘au
coup, et pour qui la loi, c’est la vengeance et les règlements de comptes .Mais
n’allez pas aborder ce récit comme un roman noir de chez noir, oui, il y a des
situations difficiles, des traitements d’humains à vomir, faits réels décrits
par l’auteur extrêmement bien documenté, c’est vrai qu’à Séoul, on ne s’est pas
contenté d’éjecter les SDF avant les jeux olympiques ce qui paraît déjà
outrageant pour ces hommes et ces femmes, on les a aussi parqués, déportés,
torturés, cet aspect, vous le découvrirez. Oui donc certaines situations sont
insupportables, mais question action, le récit donne une impression de « plus
l’humour est noir, plus c’est drôle » : hilarante, la femme du colonel,
véritable nymphomane qui connaît par cœur les habitudes de son mari, qui se
sauve en déjouant les pièges, en s’arrangeant pour qu’il deviennent le coupable
idéal, et qui a juré de se venger de ce conjoint désormais embarrassant, divertissant
la façon que chacun a de goûter à la bonne cuisine, de montrer son sens de la
fête, de citer des anecdotes comiques. Cet aspect du roman ajoute bien une note colorée au côté obscur de l'histoire de Corée.
Parmi les policiers, on a une inspectrice
très divertissante : Chin-Sun à la tenue assez extravagante pour une
policière, et qui entretient avec Gangnam, une relation tantôt amicale, parfois
amoureuse, tantôt houleuse.
Et puis la Corée du Sud et ses
recettes culinaires à n’en plus finir, et ses restaus qui pour nous Européens
feraient figure de gargote, mais où il semble si bon de se rassembler pour
goûter les merveilles de la cuisine Coréenne. Si Ian Manook parle peu de l’étiquette
et de la façon de se comporter à table, il y fait tout de même allusion, et je
peux affirmer, l’un de mes meilleurs amis étant Coréen et vivant à Séoul, que c’est
véridique, particulièrement le respect dû aux plus âgés.
On prend donc connaissance du
scandale des Minjungs, mais également de celui du trafic des adoptions dans les
années 80.
La fin du roman laisse
supposer qu’une suite est prévue, pour notre plus grand bonheur. N’hésitez pas
à vous plonger dans cette aventure, si vous peinez au départ, pas d’inquiétude,
c’est parce que dans les premiers chapitres, on présente souvent de nouveaux
personnages et que l’on peut avoir des difficultés à accrocher les wagons, mais
le confort de lecture arrive sans tarder.