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dimanche 5 avril 2026

Il pleut sur la parade












Lucie-Anne Belgy

Ed Gallimard, 14/08/2025, 256 pages

Une histoire assez complexe que l’histoire de Lucie : Lucie qui ne réagit pas quand sa mère décide qu’elle ne ferait pas de communion, Lucie qui pas amour, sacrifie ses valeurs pour se consacrer à un homme de religion juive, non pratiquant, enfin presque non pratiquant, Lucie qui devra affronter un beau père qui ne discute pas avec les obligations liées à sa pratique religieuse et qui s’entend qualifier de shikse, une souillure, parce qu’elle ne pourra pas transmettre la judéité  à son fils, Lucie qui devra renoncer à sa religion pour accepter de voir son Mari initier son fils à quelques pratiques. Cette situation constitue le premier grand thème abordé dans ce premier roman.

Le récit offre une deuxième problématique plus ou moins liées sans doute à la première, quoique…

Ariel, le petit garçon de Lucie et Jonas, fréquente alors l’école maternelle. Cet enfant fait preuve de violence à l’égard de ses pairs, au point de compromettre un week-end au cours duquel Lucie doit retrouver son amie d’enfance, au point de blesser. On laisse là l’aspect religieux pour aborder des questions plutôt éducatives.

La difficulté de ce sujet éducatif comme religieux, c’est que l’on aborde ces sujets avec son vécu, c’est pourquoi j’ai pu me sentir agacée par moment par le manque de réaction de Lucie lorsqu’on lui expose les faits de violence reprochés à Ariel, et par son incapacité à délivrer des messages clairs : elle se confie au lecteur dans une très belle et intéressante déclaration de son ressenti alors qu’elle doit accepter toutes les pratiques religieuses imposées à son fils, mais face à sa famille, elle n’émet pas son avis de façon très dynamique, on va dire qu’elle est dans le carcan d’une communauté plus puissante qu’elle.

Le petit Ariel apparaît comme un enfant particulièrement intelligent, capable de comprendre les choses, et qui ne demande qu’à apprendre, alors que se passe-t-il ? On le découvre peu à peu pour arriver à une fin plutôt décevante, façon conte de fée ou issue miraculeuse, chacun choisira.

Cela n’empêche pas de s’attacher au vécu de cette famille mixte et de compatir, se désoler où partager les bons moments.

Si certains passages m’on fait réagir, j’ai tout de même passé un excellent moment de lecture et j’ai beaucoup appris sur la pratique des juifs ashkénazes, ce livre se boit comme du petit lait.

 

 

 

mardi 24 mars 2026

 

Feuilles













Michael Fenris

Ed Prisma, 19/11/2015, 406 pages



Nous sommes dans une contrée d’Amérique, toute proche de la frontière canadienne. Hope Falls est une petite ville en milieu forestier, dédiée à la découpe du bois. Vernon Krueger, maire de la ville est propriétaire de la scierie et emploie des bûcherons. Les faits sont narrés par Jed, son bras droit. Jed commence son récit en précisant qu’il déteste l’automne. Il le détestera plus encore après le phénomène qu’il décrit : les feuilles cette année-là, ne se contentent pas de joncher le sol, elles semblent envahir toute la ville. C’est alors que survient l’agence de la protection de l’Environnement qui envoie des représentants pour enquêter en raison de coupes illégales et abusives qui menacent le bien-être de la ville, et les habitants de la forêt, un groupe d’indiens algonquins.

C’est alors que surviennent des événements que l’on peut aisément qualifier de « paranormaux », des accidents suspects, et des témoignages qui révèleront un grand malaise dans un milieu qui jusqu’alors, semblait paisible.

On peut avoir des difficultés à imaginer cet envahissement par les feuilles, et le phénomène qui s’amplifie et se combine avec le crime, la corruption, la sagesse d’un vieil indien ferait un superbe scénario avec des bons et des méchants, des événements tous plus surprenants les uns que les autres. Le côté fantastique serait alors magnifique et captivant.

Pas le temps de s’ennuyer, les événements s’enchaînent, on part d’un doute sur des coupes abusives, on arrive à un bouquet final parfois extravagant, les feuilles douées de raison n’en finissent pas de surprendre.

Concernant les personnages, ils sont bons ou mauvais, à chacun de choisir son camp, mais ce n’est pas aussi simple :  les bons ne sont peut-être pas ceux que l’on croit au-dessus de tout soupçon.

 J’ai apprécié ce roman en y mettant un bémol : on a beau être dans le fantastique, la nature me semble trop personnifiée au point de reconnaître ses alliés.

Jed adore, semble-t-il la musique et case régulièrement dans son récit un titre qu’il apprécie et qui a, certes, un rapport avec ses propos mais qui semble mal placé dans la narration, cela m’a un peu agacée et la fin m’a quelques peu déçue en ce qui concerne certains personnages qui auraient mérité d’être mis en évidence de façon plus active.

J’ai tout de même passé un bon moment de lecture.

vendredi 6 mars 2026

Les belles promesses




 








Pierre Lemaître

Ed Calmann Levy, 6/01/2026, 512 pages


C’est avec un peu de vague à l’âme que je laisse là, la famille pelletier après avoir refermé ce dernier tome que j’ai autant aimé que les autres. Encore une fois, j’ai dû me raisonner pour ne pas expédier ce pavé et pour le faire durer plus longtemps, mais que voulez-vous, quand ils plaisent, les livres deviennent de véritables refuges.

J’y ai retrouvé Jean, dit Bouboule, en espérant que son histoire aboutisse à quelque chose de concret et constater les conséquences de son comportement. J’y ai retrouvé Geneviève, en espérant que quelqu’un lui clouerait le bec, une Geneviève plus opportuniste plus menteuse et intrigante que jamais, plus inhumaine et intolérante. J’ai suivi François, comprenant ses doutes, espérant qu’il persévère dans ses recherches, j’ai observé Colette et Philippe, qui à eux deux pourraient faire l’objet d’un cinquième tome, ce serait intéressant.

J’ai encore une fois beaucoup appris sur ces années de prospérité qui conduisirent à de grands travaux à Paris, à un impitoyable remembrement et au début des groupement d’agriculteurs qui les amenèrent à affluer sur la ville faute de réussir dans leurs exploitations.

Cette saga est bien captivante, cependant ce dernier tome m’a semblé un peu rapide : peut-être aurait-il été intéressant d’en faire deux volumes, car si dans les précédents volets, Pierre Lemaître fournit des détails sur ce barrage qui a pour effet de faire évacuer toute une population, si la guerre froide et ses effets se font sentir, les problèmes du remembrement auraient pu être exposés avec plus de profondeur. Mais là n’était sans doute pas l’intention de l’auteur et cela n’aurait peut-être moins intéressés les lecteurs, plus soucieux de l’avenir de Jean. L’idée de faire passer ce dernier pour un héros me paraît à la fois intéressante car elle montre l’ambiguïté qui peut caractériser un individu, et révoltante pour le lecteur qui connaît son passé. C’est sans doute ce qui m’a donné envie de terminer ce livre : doit-on aduler Bouboule ou le faire descendre de ce piédestal que l’on est en droit de considérer comme non mérité ?

Pour ce qui est du Jeune Michel, Bébé sauvé par Jean, il n’y a que Geneviève pour exploiter la situation et mettre en avant la famille pelletier, sans quoi les événements qui suivent son accueil à l’assistance publique sont sans intérêt, c’est là mon point de vue.

Par ailleurs, l’alternance de chapitres courts et leur réparation dans le roman lui confèrent un suspense qui pousse à lire encore et encore.

Série à ne pas manquer pour tout amateur de saga.


 Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage














Maya Angelou, 

Ed Livre de poche, 30/09/2009, 352 pages


C’est l’histoire vraie d’une petite fille et de son frère que leur maman ne pouvait élever, qui voyagèrent seuls vers le sud, de St Louis dans le Missouri, vers Stamps en Arkansas, pour être recueillis en Arkansas chez leur grand-mère. C’est l’histoire d’une famille noire aux Etats-Unis, quelques années avant que n’éclate la seconde guerre mondiale. L’esclavage, puis la guerre de sécession ne sont pas si loin, on constatera alors combien la vie était difficile dans les Etats proches du sud où blancs et noirs ne se mélangeaient pas, où médecins et dentistes blancs refusaient de soigner les gens de couleur, où certains blancs se montraient impitoyable avec les noirs. Cette petite fille n’est autre que Maya Angelou qui se présente dans le premier tome de son roman autobiographique. Il y en aura sept.

Cette biographie montre comment Maya fut façonnée dès l’enfance pour devenir la célèbre écrivaine, poète, danseuse, dramaturge, une grande artiste.

Ce premier tome montre comment les descendants des esclaves furent unis dans la foi, Maya nous présente une aïeule pieuse, menée dans sa vie par un Dieu impitoyable et qui se montrera tout aussi impitoyable avec ses deux petits enfants. Deux principes : ne pas mentir et être toujours propres, et gare aux enfants qui s’écartent du droit chemin. Si l’éducation rigide montre une grand-mère dure, cette dernière n’en est pas moins aimante et attentionnée. Elle leur fournira de solides fondations basées sur l’amour et sur la persévérance.

Puis nos deux enfants retournent à St Louis, chez leur mère. Maya s’adapte tant bien que mal, malgré une terrible épreuve qui ne peut laisser indemne. On entre alors dans un contexte d’éducation plus libre, sans barrières imposées par la religion, Maya y apprendra une autre façon de vivre. Un élément fixe : le frère de Maya, Bailey, ce grand frère chéri.

Retour à Stamps où la grand-mère reprend en main ces enfants qui grandissent jusqu’au moment où, elle les renvoie définitivement en Californie, près de leur mère et de leur père.

La dernière partie montrera combien Maya fut capable de s’adapter à toutes situation, particulièrement avec son père.

Ce premier tome montre combien Maya était une personne vraie, sincère, humaine, et que son féminisme et son militantisme prend ses sources dans la prime enfance.

Dans ce livre, des scènes dures, des moments de grande tendresse, des anecdotes comiques, une biographie qui se boit comme du petit lait.

Je ne connaissais pas Maya Angelou, je suis heureuse d’avoir tant appris à son contact.


mercredi 25 février 2026

 ÇA











Stephen King

Ed Albin Michel, livre de poche, 13/02/2002, 799 pages


Alors ça ! Hé bien j’ai voulu le lire, histoire d’être au courant, de connaître ce bestseller que nul djeun dans mon entourage ne semble ignorer ! Donc ça… c’est fait.

Qu’aurais-je à dire ? bon, je rappelle d’abord mes goûts de lectrice : j’aime bien avoir peur, rester scotchée à mon livre sans dormir tant que les instants de forte émotion ne sont pas calmés, j’aime bien le travail sérieux des auteurs, j’aime bien le suspense.

Tout y est, ça déménage, ça vous emmène dans les entrailles d’une ville qui aurait dû, à l’instar de nombre de petites villes américaines, permettre aux habitants de vivre paisiblement, mais ça … !

 Ça m’a permis de faire très amplement connaissance des héros multiples : Billy, Ben, Beverly, Richie, Stanley, Eddy… que notre King présente sous toutes les coutures en prenant bien son temps, et c’est nécessaire, car on a besoin de s’attacher à ces jeunes pour ressentir avec eux les épreuves, la violence, pour avoir une idée de la relation entre chacun d’eux et le reste de la population, pour comprendre (ou pas…) certains événements.

Ça ne m’a pas toujours facilité le travail de lecture, ça change forme, ça se manifeste ici et là, omniprésent, dispensant une belle angoisse en laissant flotter une peur dont on ne peut dire si elle est vraiment fondée, on nage en plein cauchemar.

Et c’est ainsi que nos héros, éprouvés en 1958, se retrouvent, après avoir prêté serment, en 1985 parce que ça a recommencé…

Je suis incapable de dire avec certitude si j’ai aimé où pas ce roman. Sensation bizarre ! Oui j’ai admiré le travail de l’auteur qui a magnifiquement structuré ce récit et est parvenu à exposer une situation des plus complexes, invitant le lecteur à plonger dans l’histoire de la ville et de ses habitants, le transformant en un véritable roman gigogne : on fait connaissance d’une personnage qui nous en présente un autre, puis on puise dans son histoire on montre un groupe d’humains, et avec une loupe, effectuant des grossissement sur certains, on consacre à chacun des chapitres entiers, on navigue entre deux époques, on vit entre temps de grands moments d’angoisse en observant une entité terrible, un être laid, méchant, cruel, avide de sang que rien ne saurait dompter.

Oui j’ai aimé, sauf ces moments qui me semblent être une spécialité de l’auteur qui décrit dans le détail, en prenant bien son temps, passages longs, trop long, on a envie de replonger dans l’horreur puisque le roman nous le promet. Stephen King me fait toujours sourire quand on est sur le point de découvrir un fait, on sent bien qu’il prend le temps, rallonge les phrases, choisit ses mots, alors que côté lecteur, on a envie de crier : « accouche ! »

Heureuse, donc, de l’avoir terminé, et ô surprise, je m’aperçois qu’il y a un deuxième tome, je me disais aussi que ce premier tome ne pouvait pas terminer de la sorte. Je le lirai l’été prochain car j’ai envie de connaître la suite, mais ma PAL m’attend.

lundi 16 février 2026

 Le banc













Géraldine Smith

Ed Albin Michel, 25/02/2026, 272 pages


C’est l’histoire d’un sympathique banc quasi public quand il n’est pas occupé par Georges, le doyen de 95 ans, son ami Marcel, Alain, dit le shérif, gardien d’une centaine de logements au su sein des immeubles, Jean-Marc et son caniche, Toutoune : moment de convivialité et de savoureuses conversations entre les amis, et même le goûter souvent, mais ça c’est le décor.

L’envers du décor n’est peut-être pas aussi souriant : Georges traîne ses 95 printemps avec bien de la peine : il ne voit plus grand-chose, se déplace difficilement, s’enferme avec sa tristesse, car il a perdu sa femme, Claudia, il se sent devenu une charge pour ses enfants. Sa fille se dévoue, et il reçoit des aides à domicile, tel est l’univers de Georges. Il se souvient avec nostalgie de ses jours heureux, quand il était capable de décisions, quand il pouvait voyager.

Mais Georges est retrouvé mort dans son lit par son aide… On suspecte un meurtre.

Un roman sur le troisième âge, légèrement policier, je précise légèrement parce que le fonctionnaire qui mène l’enquête apparaît entre les chapitres et avance dans ses recherches, mais ne semble pas plus motivé que ça, il amène plutôt des renseignements sur cette famille. il faut dire que Monsieur Georges était en fin de vie, et l’objectif de l’autrice était de nous transporter dans l’univers des seniors et nous montrer combien il est souvent difficile de vieillir et de rester autonome. Nous sommes tous un jour confrontés à ces situations : nos parents ont besoin d’une assistance croissante, puis vient notre tour, et le cas de Georges est très bien décrit.

Un roman très facile et agréable à lire, un problème de société mis en avant sans tomber dans le pathos, avec ses pointes d’humour, les actions de Georges capables de nous faire sourire ou s’apitoyer, les personnages formant une belle unité avec leur tempérament enjoué ou non, leurs brèves de trottoir, leur gentillesse et leur tolérance.

Quelques secrets de famille à découvrir au cours du roman épicent le récit…

J’ai aimé retrouver chacun de ces personnages et j’ai passé un excellent moment de lecture.

 

mardi 10 février 2026

 Je suis Romane Monnier











Delphine de Vigan

Ed Gallimard, 15/01/2026, 336 pages



Comment captiver les lecteurs, tous les lecteurs… ? En pointant le doigt sur un objet que beaucoup possèdent : le smartphone. Il suffit simplement que Romane, au cours d’une soirée arrosée, échange son téléphone portable avec Thomas pour se rendre compte de l’importance de cet outil qui renferme nos secrets et notre intimité, peut-on avoir l’idée de confier son téléphone à un parfait inconnu quand d’ordinaire, on ne parvient déjà pas à le mettre entre les mains de son conjoint ou de ses enfants ?

C’est pourtant ce qui se produit dans ce nouveau roman de Delphine de Vigan : Romane, confie son smartphone à Thomas et ne manque pas de lui transmettre les codes qui permettront peu à peu de découvrir la vie de cette jeune fille. On découvrira qu’elle ne le fait pas par hasard, et c’est en pénétrant timidement dans l’univers de Romane, que Thomas ira de découverte en découverte.

Deux vies dans le roman : celle de Romane, qui s’étale peu à peu et celle de Thomas pour lequel Romane devient un miroir : le miroir de sa vie, la vie d’un homme seul, une vie faite d’épreuves, de souffrances, de surprises et de joie, une vie banale et mouvementée à la fois, une vie sans trace croirait-on, et cependant…

L’une des objectifs de l’autrice sera d’amener à prendre conscience des empreintes que nous laissons : tout dans nos portables révèle notre vie, depuis le choix des applications que nous y téléchargeons, les listes que nous y laissons, en passant par nos conversations, notre navigation, nos vidéo favorites, et nos « stories » dont les réseaux sociaux sont si friands. Qu’on nous le vole et on vole notre vie, c’est limite enlèvement.

Je suis sortie de ce récit avec un certain nombre de questions, voire de résolutions, en me disant que je ne suis pas née avec mon téléphone, que je devrais peut-être relativiser son importance dans ma vie, que je ne suis pas obligée de me connecter de la sorte, que mon côté humain pourrait en souffrir. Je ne suis pourtant pas la plus accro à cet assistant numérique. Combien de piétons ou automobilistes risquent l’accident pour cause de consultation du web, de suivi de série, de conversations et j’en passe… Mais là, je pense qu’il y a vraiment de quoi écrire un autre roman.

Ce roman devrait être lu par le plus grand nombre.