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samedi 31 janvier 2026

 L'appartement du dessous














Florence Herrlemann, 

Ed Albin Michel, 27/02/2019, 256 pages



On entend dire qu’un vieillard qui meure, c’est une bibliothèque qui brûle, je pense que rien n’est plus vrai. Et je le constate à nouveau dans ce merveilleux roman épistolaire de Florence Herrlemann.

Sarah emménage dans un immeuble situé dans le quartier du Marais, et reçoit une lettre surprenante : c’est sa voisine du dessous, Hectorine, qui lui écrit, lui faisant comprendre qu’elle ne souhaite pas qu’elles se rencontre, mais préfère une correspondance écrite. Cette voisine est une femme très âgée qui tape ses lettres sur une machine à écrire. Sarah tente de lui faire comprendre que l’écriture, ce n’est pas sa « tasse de thé, mais la vieille dame s’obstine et la lectrice que je suis la soutient, car l’Aïeule semble avoir bien des choses à raconter. Et c’est malgré moi que je me suis laissé happer par cette merveilleuse histoire. Merveilleuse n’est peut-être pas exactement le mot, car la voisine du dessous a vécu de terribles épreuves, a dû se battre pour vivre, pour trouver une place dans la société, pour défendre ses idées.

Un lien va se créer peu à peu, Sarah se laisse apprivoiser par une Hectorine qui lui présentera les habitants de l’immeuble, lui demandera de faire quelques courses à déposer sur son paillasson et qui insistera sur une communication épistolaire.

Un certain suspens se fera sentir au fil de la lecture, car Hectorine termine ses lettres, ou insère des remarques un peu comme dans une série, au bon moment, sans trop en raconter, comme pour fidéliser le lecteur.

Ce roman se lit vite, on a parfois l’impression de survoler le XXème siècle, toutefois l’essentiel y est, les idées d’Hectorine, les moments clés de sa vie et ses origines et même un secret qu’elle garde afin d’exciter la curiosité de Sarah et des lecteurs pour un dénouement surprenant.

 Un roman très touchant où l’on observe une belle complicité entre une personne âgée et une jeune femme malgré les différences de mode de vie.  

J’ai passé un excellent moment de lecture, ce livre est un petit bijou. Il m’a donné envie de faire des madeleines, vous comprendrez pourquoi si vous le lisez.          

 

Le poing armé de Dieu




 









Hubert Prolongeau,

Ed Seuil, 16/01/2026, 320 pages



Nous sommes au début du XIXème siècle, dans une Amérique qui n’en finit pas de s’installer, une Amérique où haine et violence sont choses banales : on y prend des territoires, on y fait justice soit même, nombre d’enfants manient déjà les armes, on a déjà l’impression d’observer certaines constantes de l’Amérique actuelle.

C’est dans ce monde pas toujours paisible que naît Orrin Porter Rockwell, fils d’un fermier qui travaille dur pour faire vivre sa famille. La synonyme violence

 Brutalité ambiante vous saisit dès le premier chapitre qui commence par une scène d’une violence extrême et des actes auxquels les enfants sont amenés à participer. Dans cette société, le patriarcat n’est pas contesté, les femmes sont soumises, c’est ainsi, affirmera la mère d’Orrin.

Joseph Smith, issu d’une famille qui vit dans le voisinage des Rockwell émerge, affirmant qu’un ange s’est adressé à lui, puis le Christ, puis l’ange Moroni qui lui aurait dicté le livre des Mormons sur des tablettes d’or aujourd’hui disparues. Quelques témoins affirmeront les avoir vues… Orrin, alors meilleur ami de Joseph, va le suivre avec les premiers adeptes de sa doctrine, disciples qui se multiplieront rapidement. Il est incroyable de constater comment une religion se fonde à partir d’un homme qui diffuse des idées qui seront répandues et seront à l’origine d’un culte, de lois, de consignes de comportement.

Mais le chemin est encore bien long pour Joseph Smith et ses fidèles, dans une Amérique où la terre est sacrée, on l’on a chassé des peuples pour faire de la place, les mormons ne sont pas les bienvenus, et cette « religion », en ses débuts va se retrouver confrontée à beaucoup de violence, depuis de simples harcèlements jusqu’à une véritable guerre. C’est sur ces faits que repose cette religion.     

Le comportement du fondateur donne le droit à tout lecteur de se poser des questions sur sa légitimité, son honnêteté. Est-il un individu fidèle à son Dieu ou un escroc qui profite de la crédulité ? A chacun de décider en observant son cheminement et les droits qu’il accorde aux familles. Orrin, lui, a choisi de lui rester fidèle jusqu’au bout, prêt à donner sa vie pour lui, prêt à tuer quiconque ose le calomnier.

J’ai beaucoup appris en lisant ce roman, mais il me laisse sur ma faim, car j’aurais aimé savoir comment cette religion a pu continuer à se développer, connaître le pourquoi de cette volonté des Mormons de retracer l’arbre généalogique de l’humanité, assister au travail des successeurs de Joseph Smith… 

 

Peut-être l’auteur de ce roman grâce auquel j’ai tant appris prévoit-il une suite, je l’espère !

lundi 12 janvier 2026

 Le chevalier inexistant
















Italo Calvino,

Ed Seuil, 1/01/1984


Charlemagne avance, clopinclopant, il passe en revue ses paladins. Arrivé devant un chevalier à l’armure blanche impeccablement entretenue, il lui demande de décliner son identité : et le chevalier décline : il est Agilulfe Edme Bertrandinet des Guildivernes et autres de Carpentras et Syra, chevalier de Sélimpie Citérieure et de Fez. Ce nom suffit déjà à faire sourire, mais ce n’est pas tout, ledit chevalier, à la demande de son empereur, relève sa visière : il n’y a personne. C’est le chevalier qui n’existe pas. Son armure ne le quitte pas, il est prompt au combat, soigneux et exigeant. Mais il n’existe pas, et là je me suis dit que j’avais vraiment envie de poursuivre ma lecture pour savoir ce que cela impliquait, d’être un chevalier inexistant…

On verra évoluer tout au long de ce cours roman, quelques personnages au comportement comique : Raimbaut de Roussillon, venu pour venger son père, en tuant Izoar émir chez les sarrazins qu’il veut « bousiller » (sic).

La belle armée part au combat, sur son chemin, elle rencontre un individu hors norme : il s’appelle Gourdoulou dont le nom varie selon la région, les personnes qui le connaissent, le pays même. Gourdoulou qui devient canard parmi les canards, grenouille au milieu des grenouille et même poirier dans un verger. C’est le personnage qui m’a le plus amusée. Il suit l’armée et devient sur ordre de l’empereur, l’écuyer du chevalier inexistant dont on fera plus ample connaissance à travers son comportement que l’on comprendra comme très logique vu sa condition.

Un autre personnage se démarque, mais je ne le dévoilerai pas par peur d’en écrire trop.

Et toujours ave le soucis de ne pas divulgâcher, je préciserai que les repas du guerrier sont particuliers et fort compréhensibles en plus d’être vraiment amusants.

Italo Calvino démarre avec une situation absurde qu’il assume. Il engage l’empereur et son armée dans une sorte de dédale liés aux situations rocambolesques qui surgissent dans le récit. Curieusement, si le début et les événements qui surviennent sont hors du commun, le récit, lui, se déroule de la façon la plus logique qui soit, c’est sans doute la contrainte que l’auteur s’impose, on rappellera qu’Italo Calvino était membre de l’Oulipo. Son récit n’est pas sans rappeler les écrits de Raymond Queneau. Ce sont des auteurs que j’ai plaisir à lire.

Ce fut vraiment une « lecture plaisir », il fait partie des livres que je relirai volontiers histoire de passer un bon moment. J’aime ces auteurs fantaisistes qui jouent avec le langage et font preuve d’un imaginaire débordant.

mercredi 7 janvier 2026

 

Le tatoueur d’Auschwitz















Heather Morris,

Ed Jai lu, 6/01/2021, 256 pages


En 2003, Heather Morris rencontre Lale Sokolov, afin de recueillir son témoignage, le témoignage d’un homme qui s’est juré de survivre à l’enfer concentrationnaire. Ce roman tient son originalité du fait qu’il s’agit en plus d’être un récit qui relate une fois de plus, l’indicible, place au cœur de la cruauté humaine, une belle histoire d’amour.

Lale arrive à Auschwitz en 1942. D’abord employé à construire des baraquements pour les futurs déportés, il devient le tatoueur, l’homme qui marquera à jamais le bras de ses semblables. C’est alors qu’on lui demande de tatouer le bras de Gita dont il tombe amoureux, Gita qu’il verra lorsqu’il est libre, le Dimanche. Que ces moments privilégiés avec l’élue de son cœur font du bien et apportent un peu de douceur au récit d’un fait des plus insupportables de l’histoire de l’humanité. Ensemble ils se jurent de se marier quand ils sortiront de ce camp. Optimisme bien fragile, les scènes violentes se multiplient, on se demande bien souvent comment ces deux êtres vont s’en sortir. Lale, individu profondément humain, organise une contrebande au sein du camp, pour apporter un peu de nourriture aux hommes et femmes qui en ont besoin, pour soudoyer la capo afin de pouvoir passer des moments intimes avec Gita, pour fournir des médicaments aux malades.

Un récit très difficile à supporter, on y est confronté au sadisme des SS, à la prostitution de femmes, à la sélection et aux mutilations commises par le tristement célèbre docteur Mengele, à la torture et à tout ce que d’autres romans sur la question occultent adroitement. C’est difficile mais nécessaire, Lale qui durant toute sa vie après sa libération, s’est refusé à parler de cette période de sa vie, s’est ouvert à l’autrice.

Une peur qui explique son refus de témoigner avant cette date : celle qu’on l’accuse de collaboration avec les SS, étant celui qui tatouait les déportés. On comprendra en lisant qu’il le faisait sous surveillance, risquant bien souvent de passer par les armes.

Une curieuse impression est née dans mon esprit à cette lecture : celle d’effacer les milliers de déportés pour ne m’attacher qu’à la vie de Lale et Gita et aux quelques personnes qui gravitent autour du couple. Avec eux on tremble, on entrevoit des issues fatales à tout moment, on parvient même à sentir un peu d’humanité chez Baretzki, le SS chargé de la surveillance de Lale, et pourtant…

Les faits rapportés par Lale ont été vérifiés et comparés aux événements connus. Lale est mort en 2006 à 90 ans, trois ans après Gita.

J’ai beaucoup apprécié ce témoignage gravé dans ma mémoire à jamais

mardi 6 janvier 2026

 

La nuit au cœur

 











Natacha Appanah,

Ed Gallimard, 21/08/2025, 288 pages


Dans ce roman, Natacha Appanah crie sa souffrance, ses regrets, sa révolte. Et son cri ne sera pas vain, elle justifie son écrit en pénétrant dans l’intimité de deux autres femmes, peut-être pour évoquer les lourdes souffrances dont sont victimes beaucoup de femmes dans le monde, peut-être pour réaliser la chance qu’elle a eu de s’en sortir, peut-être pour exorciser sa culpabilité de s’en être sortie alors que d’autres y ont laissé leur vie, peut-être enfin pour mettre en garde les femmes en danger.

Car ces trois destins ont des éléments communs : un homme, bien considéré, travailleur, au-dessus de tout soupçon, des femmes qui ont une belle envie de vivre, des femmes rabaissées par un conjoint que la jalousie pousse à des actes irréfléchis, des femmes capables de pardonner et de poursuivre, des femmes qui finissent par tenter d’échapper à un amant devenu bourreau, des histoires d’amour qui ont alors toutes les chances de finir très mal.

Il est d’autant plus difficile et insupportable de prendre connaissance de la vie des deux femmes (dont l’une est la cousine de l’autrice) que les témoignages évoquent leur amour de la vie, leur goût, leur énergie, leur souci du bien-être de leur enfants, leur amour de mères, la souffrance extrême des familles qui n’ont pas vu venir les événements relatés, les erreurs administratives, les éléments qui auraient du être mis en évidence pour des enquêtes plus abouties, particulièrement pour Emma pour laquelle, un élément permettant de prolonger la peine pour son son mari est négligé, peut-être volontairement, la mauvaise volonté et la négligence de policiers lors des dépôts de plainte…

Si j’ai trouvé ce livre poignant et révoltant par la teneur des témoignages, la violence exprimée, la folie des hommes, j’ai moins apprécié les parties dans lesquelles l’écrivaine transmet son ressenti, la culpabilité qu’elle éprouve à l’égard des victimes et de leur famille, les explications au sujet de sa décision d’écrire ce livre et sa façon de procéder pour aboutir à cet écrit, passages certainement nécessaires pour comprendre la démarche qui a généré à un tel roman. Curieusement, si elle entre dans les détails pour Emma, et Chahinez, elle se montre beaucoup plus rapide pour son propre cas. Elle est toutefois, on le comprendra, la personne idéale pour écrire sur le problème du féminicide. Ce livre fait figure d’enquête ou de reportage de journaliste plus que de roman, c’est là ce qui m’a gêné.

Ce texte est néanmoins nécessaire pour alerter l’opinion et porter à la connaissance des lecteurs, un problème récurrent.

 

 

dimanche 4 janvier 2026

 Mon cahier d’activités sur le thème du cheval











Anne Rabaud

Ed LAVAUZELLE, 16/05/2024, 44 pages


Ce cahier d’activités est vraiment très agréable à feuilleter : de nombreuses illustrations très colorées viennent l’agrémenter, un alphabet illustré indique l’écriture en capitale, en scripte, en majuscule cursive, en cursive, repère intéressant pour nos petits bouts qui commencent à apprendre à écrire, on peut s’y exercer aux mots mêlés, au jeu des différences, au calcul en se familiarisant avec le signe +,  et en réalisant le beau coloriage magique avec calcul additifs ou soustractifs, le tout sur le thème du cheval, sujet que les enfants aiment en général, mais je crains que ce ne soit à peu près tout.

Ce livret s’il avait été destiné au niveau CE1, respecterait sans problème les instructions officielles, oui mais…les CP ne commencent l’étude de la langue qu’en fin de deuxième trimestre, donc on devra attendre pour les exercices sur les notions de féminin ou de masculin, ou la notion de passé-présent-futur (notion CE1), de singulier ou de pluriel. Beaucoup d’exercices ne sont pas réalisables avant d’avoir vu les sons simples et les sons complexes, les enfants ne peuvent donc être autonomes dans ce livret dans lequel on rencontre beaucoup de textes relativement longs à lire et comportant des mots irréguliers que les enfants ne sont pas encore en mesure de lire.

En ce qui concerne le domaine mathématique, les CP ont besoin de beaucoup travailler la lecture des nombres en écriture chiffrée. Je ne vous parle pas du problème proposé avec des nombres trop grands.

Ce livret est donc à réserver pour un enfant en fin de CP ou en CE1, à moins de le compléter avec l’aide d’un adulte qui saura ne pas insister quand une notion réclame des prérequis sans lesquels un enfant ne peut avancer.

Si vous êtes en possession de ce cahier, vous pouvez proposer un exercice par-ci, par-là à votre enfant de CP, sans forcer, car je crains que les activités proposées fassent monter la tension entres les parents et les enfants, ce serait dommage.


samedi 3 janvier 2026

 Dans les brumes de Capelans














Olivier Norek,

Ed Michel Lafon 7/02/2022, 429 pages, Pocket 23/03/2023, 480 

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En ouvrant ce livre, et en parcourant les premières pages, j’ai failli paniquer parce que mon héros, j’ai nommé le commandant Coste n’était pas au rendez-vous, j’ai alors consulté la quatrième de couverture pour vérifier, oui on mentionnait bien son nom ! Rassurée, je suis retournée à ma lecture, pour me rendre compte par la suite, que le début était nécessaire, nécessaire et intéressant car la présence d’un autre policier, Russo, permet de lancer l’intrigue et d’affiner le dénouement.

Ce n’est qu’ensuite que l’on se retrouve à Saint Pierre et Miquelon, une île que je ne situais pas du tout géographiquement, ça m’a fait sourire car depuis, je teste mon entourage pour voir. L’endroit est très bien choisi, une île peu connue et qui renferme une part de mystère, une île qui se cache dans la brume, un milieu hostile à souhait où les gens semblent avoir dans le cœur, la chaleur qui leur manque.

C’est là que mon héros a atterri, un héros affaibli, plus solitaire que jamais voire déprimé. Il se livre à une activité classée « secret défense » qui lui convient après les épreuves qu’il a subies. Cette île, toutefois, a beau se situer à plusieurs milliers de kilomètres de Paris, sa patronne, Fleur Sainte-Croix, ne l’oublie pas. Elle lui livre une affaire que seul notre flic plus que compétent peut résoudre. Cette compétence, je l’apprécie beaucoup, surtout lorsqu’elle émane d’un homme sans prétention, qui avance au gré du vent, conscient des erreurs possibles pour parvenir à ses fins.

Le suspens est une fois de plus formidablement entretenu entre un psychopathe qui se comporte comme une savonnette qui vous glisse entre les mains, une jeune femme bien ambigüe, une enquête de départ, celle de Russo, qui patauge grave, des chapitres permettant de voir évoluer l’assassin et de rendre le lecteur à la fois complice du criminel et observateur des avancées de l’équipe qui enquête, des liens qui se font peu à peu entre certains personnages.

Ce roman m’a doublement captivée, d’abord parce qu’il s’agit d’un policier et d’un thriller, ensuite parce que j’ai beaucoup appris sur St Pierre et Miquelon, un peu de culture général ne nuit pas ! C’est aussi ce que j’aime dans la littérature de Norek.

Mon seul regret : j’ai lu tous les policiers de Norek, donc plus de livre de cet auteur passionnant à lire. Je crois que je vais essayer les guerriers de l’hiver, le seul que je n’ai pas lu.