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dimanche 27 décembre 2020

 

Les impatientes












Djaïli Amadou Amal

Ed Emmanuelle Collas


Bienvenue au club des bonnes épouses, coépouses serait plus approprié... Mais au fait, qu’est-ce qu’une bonne épouse ? 


la bonne épouse, c’est la femme qui se retrouve mariée à un homme qu’elle n’a pas obligatoirement choisi, mais qui obtempère en dépit de la violence notoire du promis, en dépit de l’indifférence qu’elle manifeste à l’égard de du futur conjoint, arrangeante parce que son union va faire prospérer le commerce, cordon bleu  qui fait la cuisine à toute heure du jour ou de la nuit pour l’époux (et qui ne mangera pas certains mets réservés au maître, qui ne se plaindra pas si le maître de maison la bat, car c’est bien de sa faute si telle est la situation, elle a dû l’énerver (et on ne se plaint pas, ce ne sont qu'enfantillages), et c’est également la faute de sa mère qui l’a trop écoutée et trop gâtée, c’est aussi la femme qui sait arranger son intérieur pour être agréable à Monsieur, se maquiller, s’habiller pour plaire (seulement à son époux !), et c’est celle qui sait se montrer patiente puisqu’ainsi parle le Coran.


Voici ce que l’on apprendra à travers ce récit témoignage qui dénonce à juste titre la situation révoltante des femmes victimes et impuissantes à faire valoir leurs droits et lutter contre la brutalité, la soumission qui conduisent au désarroi dans ces sociétés ou sont bafoués les droits de l’homme.


A titre d’exemple et de modèle, l’auteure choisit trois femmes qui tenteront de se révolter, Ramla, promise d’abord à un homme qu’elle aimait et qu’elle avait choisi pour voir ensuite son père changer d’avis et la marier pour une question d’intérêt à un riche commerçant, Safira, sa coépouse que le désespoir de se voir reléguée conduira à des actions qui ne seront pas sans conséquence, et Hindou, mariée de force à ce cousin violent et alcoolique qu’elle déteste. 


Trois portraits type qui exposent leur situation sans issue, tradition et soumission des femme tant financière que religieuse, sans instruction puisque cela aussi leur est plus que difficile d’accès, prises dans un engrenage de coutumes qu’elles n’osent pas contester face à l'institution que représente "la magnanime gent masculine" qui prend soin des épouses, les gâte, les nourrit, les protège et qui lui doit le respect.


Un récit à mettre entre toutes les mains, témoignage de cet esclavage moderne que bien sûr, l’on soupçonne, sans forcément réaliser ce qui se passe réellement. Je dois avouer que j’ai reçu une grosse claque en lisant ce roman que je ne suis pas près d’oublier.


Ce que je ressens à présent, c’est de l’impuissance et un grand questionnement : quand les choses bougeront elles et comment ? Sans doute grâce à de tels témoignages et dénonciation de ces violences faites aux femmes.

samedi 26 décembre 2020

 

Dans le ventre du Congo











Blaise Ndala

Ed Seuil


Blaise Ndala offre bien plus qu’un roman à travers cet écrit très dense, certes, mais d’une grande richesse : Histoire d’un Congo où de grands rois guerriers se succédèrent, obéissant à un protocole et à des règles émanant des Dieux et de la Nature, histoire du partage de ces terres, avec l’homme blanc responsable de la ségrégation dans les villes du pays, histoire du colonialisme, plus particulièrement de la colonisation du Congo.

 

Deux héroïnes, une foule de personnages, un méli-mélo parfois très casse-tête d’histoires, de parcours de personnages qui apparaissent, disparaissent pour réapparaître alors que l’on avait oublié leur identité et leur nom, des bons, des moins bons, des êtres respectueux d’autrui quelle que soit la couleur de peau, des individus qui n’aiment du Congo, que l’ivoire et le bois, des épisodes de sorcellerie, des prophéties, une fuite pour échapper à ces prédictions, qui se transforme ni plus ni moins en enlèvement, le tout sur un délicieux fond de rumba avec quelques discours et témoignages où un humour très fin transparaît pour le plaisir du lecteur.

 

Tout commence par une ébullition politique à Bruxelles, alors que se prépare l’Exposition universelle de 1958, Que l’on érige l’Atomium, et qu’il faut à tout prix présenter au public, un village congolais avec de vrais Congolais dont la princesse Tshala, fille du roi des Bakuba dont on perdra la trace.

 

Quelques années après, nous sommes en 2004, la nièce de Tshala arrive à Bruxelles et se met en recherche : elle promet à son grand-père de retrouver la trace de la princesse.

 

Deux itinéraires donc : d’abord celui de la princesse que l’on découvre dans la première partie, suivi de celui de la Nièce, Nyota qui ne cessera de louvoyer et de se battre pour comprendre ce qu’est devenu sa tante et retrouver les personnes qu'elle avait côtoyées.

 

Un écrit difficile à lire : beaucoup de personnage dont les noms aux consonnances congolaises sont souvent difficiles à retenir, parfois des individus qui surgissent d’on se sait où, car il est facile de perdre des informations importantes dans les méandres de ce récit.

 

Je dois avouer que j’ai parfois éprouvé des difficultés pour suivre le fil de cette histoire qui m’était étrangère parce qu’appartenant à une autre culture, mais je me suis accrochée par amour de la langue française : aucun doute, l’auteur manie la langue de Molière de façon tout à fait délicieuse, empruntant dans chaque partie, le style qui convient, ainsi l’on ressent l’agitation politique lors de la préparation de l’Exposition universelle, on se sent tout petit au récit de l’épopée des ancêtres de la princesse, on imagine parfaitement les personnages qui discourent qu’ils soient musicien virtuose de la rumba ou pygmée dans l’exposition. 

 

Bien au-delà des mots, Blaise Ndala a su partager son ressenti avec le lecteur, brisant la monotonie d’un récit qui aurait été trop long sans ces prouesses littéraires.

 

Je remercie Les éditions Seuil et Babélio pour ce partenariat

 

 

dimanche 20 décembre 2020

 

De bonnes raisons de mourir
















Morgan Audic

Ed Albin Michel, Livre de Poche.


Plus qu’un roman, et c’est là l’objectif de Morgan Audic : présenter au lecteur un thriller suffisamment complexe pour accrocher et faire de ce récit un page-turner, avec une double enquête, l’une officielle, travail d’un duo, Joseph Melnyk et Gallina Novak, jeune officier de police,  duo improbable par leurs réalités de vie qui diffèrent, l’autre que l’on pourrait qualifier de clandestine, œuvre de quelque obscur politicien véreux à souhait qui agit dans l’ombre pour satisfaire son désir de vengeance et qui emploie Alexandre Rybalko, ancien de Tchétchénie, séparé de sa femme et de sa fille, tête brûlée qui ne craint rien ni personne, et surtout pas la radioactivité ambiante.


 Ce qui est très intéressant, c’est de voir progresser les enquêteurs à leur rythme, de trouver des indices qui se complèteraient s’ils se rencontraient. C'est la un des avantages du lecteur, cette espèce d'ubiquité qui permet de se placer en spectateur des évolutions de chaque personnage).


Ce thriller très bien imaginé constitue une ligne directrice pour documenter le lecteur :

Nos deux policiers ont en effet été mutés dans la zone la plus dangereuse de cette pauvre Terre, après 1986, alors que des acteurs de l’apocalypse ont donné un avant-goût de ce que serait la fin des temps dans cette zone, désormais « no man’s land » où plus rien ne tournera jamais rond, où les organismes perturbés des êtres, humains, comme animaux,  ne constitueront plus jamais cette merveilleuse machine qui permet la vie, où la radioactivité demeurera pour encore des milliers d’années, ou l’on se livrera à des trafics en tous genres qui mettront en péril le reste du monde par l’intermédiaire des matériaux subtilisés dans cette zone, et qui seront revendus dans le monde entier, où des touristes morbides et voyeurs assoiffés d’extrême viennent constater les dégâts pour pouvoir se vanter d’avoir vu... 


Ce récit autour d’une des plus grandes catastrophes est l’élément principal qui fera de ce roman, un documentaire sérieux, on y révisera également des bribes de l’histoire de l’URSS, de la guerre froide, et de la situation après le morcellement à l’origine de la situation instable en Ukraine, le tout beaucoup plus digeste que si l’on devait ingurgiter un gros documentaire sur la question, ce qui ne m’a pas empêchée d’aller rechercher des informations supplémentaires en cours de lecture, particulièrement sur la guerre du Donbass.


Les personnages quant à eux, ont tous une histoire et quel que soit leur comportement, on comprendra parfaitement ce qui les a façonnés dans un pays ou règne la corruption, où, suite à un régime plus qu’autoritaire, on ne sache plus quelle conduite adopter, on ait perdu certains repères qui indiquaient le chemin de la sérénité.


Un roman édifiant, quoique difficile à digérer, même pour la lectrice de thriller que je suis, non pas à cause des meurtres de psychopathe auxquels on assiste, mais en raison de cette documentation sur Tchernobyl, qui m’a beaucoup appris mais qui hélas ne relève pas de la fiction et qui s’avère anxiogène bien que nécessaire pour informer et alerter le plus grand nombre.


Je terminerais par dire mon plus profond respect pour ces hommes qui sauvèrent la planète et qui sont morts dans l’ombre.

 

 

dimanche 13 décembre 2020

 Nickel Boys











Colson Whitehead

Ed Albin Michel - Audiolib



L’avenir semblait se tracer pour lui sans difficultés sur une route porteuse d’espoir, un garçon doué pour les études, à l’écoute des messages de paix de Martin Luther- King... 

Sa seule erreur : être noir dans l’Amérique des années soixante, plus particulièrement en Floride, où, bien que des lois aient été votées, que la ségrégation soit abolie, que les noirs étaient désormais sensés être considérés comme des américains à part entière, les mentalités évoluaient difficilement. 

Elwood se retrouve donc au mauvais endroit, au mauvais moment, et alors que la porte de l’université lui était grande ouverte, avec une promesse de belles études, c’est à la Nickel académie qu’il échoue, institut qui redresse les mauvais garçons, qui maltraite, affame, bat, tue... institut où au prix d’efforts surhumain, on peut progresser dans les échelons de la discipline pour espérer sortir de cet enfer. Et Elwood se souvient...

... Son passage à la maison blanche, lieu éloigné de l’établissement où l’on recevait les sanctions, la mauvaise nourriture donnée aux noirs, les promesses d’une liberté impossible à obtenir, les règlements de compte dont il ne fallait surtout pas se mêler, le symbolique match de boxe que les blancs devaient enfin remporter et à travers lequel l’auteur montre que cet institut était le reflet de ce qui se passait aux Etats-Unis à cette époque (et bien des années après !) , la pseudo liberté qui permettait de sortir pour aller travailler pour les blancs à moindre coût, les efforts désespérés de sa grand-mère pour le sortir de là... Un récit où la notion de temps semble de pas exister, ou les situations s’éternisent et empêchent de voir le bout du tunnel.

Un roman d’autant plus perturbant qu’il est fondé sur un fait réel : la Dozier School for boys en Floride sur le terrain de laquelle on découvrit dans les années 2010, un cimetière clandestin ou furent enterrés plusieurs dizaines d’élèves.


Un récit d’autant plus poignant qu’il est documenté, l’injustice envers l’être humain suintant à chaque page tournée, faisant de cet institut un véritable camp de concentration ou les noirs subissaient les châtiments de la part d’adultes revêtant leur cagoule le soir pour rejoindre les rangs du tristement célèbre Ku Klux Klan.


Des romans sur ce problème racial aux Etats-Unis, j’en ai lu quelques-uns, tous assez révoltants et mémorables, mais celui-ci est marquant et inoubliable.


Merci à Colson Whitehead pour ce récit si bien écrit qui mérite amplement son prix Pulitzer.

 

 

 


mercredi 9 décembre 2020

 L'atelier ombres et lumière












François Chetcuti

Ed Mango Jeunesse


Fabriquer des objets pour taquiner la lumière avec trois fois rien, voici donc ce que propose ce livret agréable au toucher avec sa couverture rigide et ses pages épaisses. 

Des boîtes lumineuses, des lanternes de jardin, des vitraux, des disques animés, sans oublier le théâtre d’ombres qui raviront petits et grands et occuperont parents et enfants des heures durant. Quelques activités demandent du matériel de récupération (briques, emballages), les autres demandent un matériel facile à se procurer. L’ouvrage est très bien expliqué et imagé, de sorte que l’on peut se référer aux photos si on rencontre des difficultés avec le texte.

Les réalisations sont généreusement présentées et donnent envie de s’activer pour obtenir des objets et décorations similaires.

La collection comporte d’autres exemplaires certainement très intéressants.

Je remercie les éditions Mango et Babélio pour cette belle découverte.

dimanche 29 novembre 2020

 

Surface










Olivier Norek

Ed Michel Lafon, Audiolib et format Kindle.


Pas facile de refaire sa vie près une opération de police qui vous a dévisagée, pas facile de croiser le regard de l’autre, pas facile d’assumer une rupture avec l’autre qui, cela semble au-dessus de ses forces, ne peut pas poursuivre la liaison qu’il entretenait jusque-là avec Noémie, devenue No après cet accident, difficile d’accepter que le Bastion vous envoie en province parce que vous allez gêner les futures opérations, entamer le moral de vos collègues, créer des ennuis...

Et pourtant... Noémie se retrouve à la tête du petit poste de police d’Avalone, village perdu aux confins de l’Aveyron, où il ne se passe rien, où tout le monde connaît tout le monde, où un passé commun unit les âmes, où le mystère habite chacun, où ce mystère ressurgit un jour, à travers un petit corps qui séjournait dans un bidon, un corps d’enfant repêché dans le lac d'Avalone bien des années après un meurtre sordide ignoré jusqu'alors.

Et Noémie devra mener ses troupes jusqu’à la difficile résolution de ce mystère, dans une enquête semée d’embûches, de non-dits, de connivence entre les habitants.

Un bon roman structuré et construit avec soin qui ne renferme pas qu’une enquête de police, un thriller plutôt optimiste qui montre combien l’individu humain possède de ressource pour évoluer et s’épanouir, un roman dont les héros avancent dans la grisaille ambiante, et qui portant fait du bien.

On y retrouve un peu de cette ambiance provinciale que j’avais oubliée, dans ce coin de verdure ou on n’a pas besoin de fermer les portes, ni de faire cinq fois  le tour de sa voiture pour vérifier que personne ne risque de vous subtiliser vos  biens... jusqu’à preuve du contraire...

Un excellent roman qui promet de bons moments de lecture.


mercredi 11 novembre 2020

 

En moins bien




















Pas de doute, le vingt-et-unième siècle a bien son Vian-Queneau en la personne d’Arnaud Le Guilcher. Plus Vian que Queneau dans son roman « du tout au tout », avec un décor animé, créé de toute pièce ou évoluent des créatures venues de nulle-part, plus Queneau que Vian dans ce roman par les nombreuses figures de style dont il use et abuse : litotes, pléonasmes et autres euphémismes avec toutefois une petite touche Vianesque dans ce pélican qui revient sans cesse, ce qui n’est pas sans rappeler le Mackintosh qui se manifeste dans un ou deux écrits de Boris Vian, ainsi que quelques descentes en lui-même de notre héros, assez inexplicables et que je vous laisserais découvrir.

Des scènes hilarantes, particulièrement avec l’oiseau, des situations plus que cocasses qui s’accumulent au long du récit qui démarre petit, et voit ses actions s’agglutiner pour former une grosse boule « d’emmerdes »… Effet papillon oblige.

Il n’y a pas que les scènes qui sont hilarantes, notre écrivain manie à merveille la langue française, sachant servir les répliques dont le lecteur sera friand, une première, puis la suivante, et le voilà à l’affut sans avoir à progresser trop loin dans le texte qui regorge de ces délicieuses réparties.

Les portrait d’individus, nombreux dans le roman, sont extraordinairement bien écrits, à tel point que je les ai relus à plusieurs reprises, textes caricaturaux à souhait et plein d’esprit.

A vous qui vous sentez las et morose, lisez cette pépite, vous ne le regretterez pas.

samedi 7 novembre 2020


Octobre

 


Soren Sveistrup

Ed Albin Michel, livre de poche


Un bon gros et long thriller qui commence par un odieux massacre dans une ferme de la campagne du Danemark. La scène se passe en 1986 et constitue le préambule.

Quelques années après, deux policiers : Thulin et Hess découvrent un corps mutilé sur un terrain de jeu, premier meurtre d’une série qui amènera nos héros à rechercher un tueur en série avec bien peu d’indices comme c’est souvent le cas dans cette littérature, ce qui généralement fait croitre aux yeux du lecteur, la compétence des policiers.

Un roman passionnant avec des personnages bien dynamiques quoique l'entente ne règne pas toujours au sein de cette  équipe, pas d’enlisement d’enquête malgré quelques indice troublants, des fausses pistes, des portables aux propriétaires fantômes et des employés récalcitrant qui semblent faire obstruction au travail de la police.

Roman parsemé de mystérieux bonhommes en marrons qui semblent avoir été confectionnés par Christine, fille de la ministre Rosa Hartung, enlevée et probablement assassinée.

Tous ces éléments imposent au lecteur un certain questionnement propre à être dans le roman avant, pendant et après la lecture.

Je n’y ai pas ressenti un suspens extraordinaire, et parfois, quelques longueurs liées à l’histoire des personnages m’ont amenée à faire des pauses de lecture.

La fin fut surprenante comme je les aime…

Ps : je ne sais pas si je ferai fabriquer des bonhommes en marron à mes élèves désormais… !

vendredi 30 octobre 2020

 Block 46















Johanna Gustawsson

Ed Bragelonne


En voilà un thriller de chez thriller, un bien dur, bien perturbant… Peut-être pas de ceux que je préfère : d’habitude, en inconditionnelle de cette littérature, j’adore me vautrer dans les horreurs décrites par Jean-Christophe Grangé, Franck Thilliez ou Karin Giebel, pas forcément pour les bains de sang et les dépeçages, mais surtout pour le suspens ambiant : plus la situation est sordide, plus rapide est l’avancée dans le roman, forcément, on a envie d’en sortir.

Mais là… L’auteure a avait un but : petite fille de déporté, son objectif était certainement de documenter le lecteur sur l’univers concentrationnaire, et quoi de mieux pour parvenir à ses fins, qu’une intrigue prenant dans source en 1944 à Buchenwald ? 

Bien, sûr, c’est une partie de l’histoire que l’on est en droit ni d’ignorer, ni d’oublier, et dans ce thriller, pas de scènes blanchies mais une présentation des horreurs subies par les déportés, difficile à admettre, dérangeant, perturbant.

Par ailleurs, les personnages sont suffisamment nombreux pour permettre de digérer les scènes les plus insoutenables qui se présentent tous les trois ou quatre chapitres. Des individus aux personnalités variées, et deux héroïnes sympathiques, la première, Alexis, jeune femme écrivain spécialisée dans la documentation sur les sérials killers, l’autre profileuse efficace, qui fait preuve d’une bonne logique qui permet de faire avancer les investigations.

Un autre personnage, policier de son état, intervient de temps à autres, tantôt comique de part sa façon de s’exprimer qui n’est pas sans rappeler San Antonio, tantôt lourdingue sans pour autant manquer d’efficacité.

Un roman efficace que j’ai apprécié… Sans plus. Cela ne m’empêchera pas d’aller fouiner du côté des deux tomes suivants.


jeudi 29 octobre 2020


Les choix secrets






 














Hervé Lebel

Ed Livre de poche


Qui lira ce roman se rendra vite compte que le destin ne nous tombe pas dessus au hasard des karmas. Si on analyse le parcours de notre héroïne, on se demande rapidement si ces choix mentionnés par le titre, elle les fit réellement… Oui elle s’était entichée de celui qui allait devenir son époux, oui elle avait choisi entre deux hommes… Bon choix ? Mauvais choix ? peu importe, car son destin, c’est son entourage, la société de l’époque, son milieu qui l' avaient probablement tracé avant même qu’elle ne vienne au monde : les études ? oui ! Chez les sœurs, afin de faire d’elle une bonne épouse qui resterait à la maison pour cuisiner pour Monsieur et repasser les draps du ménage… Quelques passages montrent bien comment on la conditionne… Et l’analyse psychologique qui suit est des plus intéressantes : Madame se marie par amour pour celui qu’elle ne connaissait peut-être pas vraiment, Madame s’aperçoit que ce n’était peut-être pas cet homme là qu’il lui fallait, surtout qu’on l’avait élevée dans un milieu aisé, et que le salaire d’un instituteur… !!!

Et Madame s’ennuie, alors elle tente de paraître, elle organise des thés, dédaigne les réunions mondaines dans lesquelles elle n’est pas invitée, Madame perd son goût à la vie, alors elle devient envieuse, égoïste voire méchante avec son mari, ses enfants… Madame en veut à la terre entière...


Une vie bien triste, la vie d’une femme qui est devenue une prison pour elle-même, une femme qui peu à peu deviendra nocive…

Une source de réflexion pour tous les lecteurs qui liront ce roman noir au risque d’en sortir un peu choqués.

Respect pour cet auteur qui en exposant un tel destin, nous livre une leçon de vie.



mercredi 28 octobre 2020



Lonesome Dove


















Larry McMurtry et Richard Crevier

Ed Galmeister


Ce roman m’a quelque peu rappelé mon enfance, alors que durant les Dimanches, on diffusait volontiers un western et que je me languissais dans ma chambre parce que je n’aimais pas les westerns. Et c’est avec beaucoup d’hésitation que je me suis lancée dans l’aventure de nos héros de Lonesome Dove… Et je ne le regrette pas ! Je m’y suis fait des amis, des gens peu compliqués, pourvu qu’ils aient de l’alcool, une femme et un jeu de carte. 

Bon ! L’alcool ne les a pas toujours aidés à mener leurs missions à bien, il faut le reconnaître, les femmes, ben ils en ont une, le problème c’est que c’est la même pour tous, ce qui peut occasionnellement générer quelques tensions, et les cartes, elles servent à les motiver pour trouver du travail afin de gagner à nouveau de l’argent qu’ils miseront dès que possible. C’est leur vie, et ils ne semblent pas s'en plaindre.

J’y ai pris connaissance de la rude vie du cow-boy :  pas rien d’accompagner des troupeaux de milliers de bêtes à travers le territoire, de traverser des rivières pleines de serpents, d’affronter les intempéries, de braver les dangers.

J’y ai rencontré des âmes charitables, des hommes au cœur sur la main, d’incorrigibles bavards aux idées bien arrêtées, un rêveur qui faute d’endroit décent ou s’installer, élit domicile dans la lune, des hommes qui pleurent et ne cachent pas leur sensibilité, si ce n’est un grand timide qui ne doit certainement pas montrer ses sentiments, un bébé cow-boy qui a tout à apprendre et qui sans aucun doute, a commencé à faire ses premières armes et qui murira au gré des aventures, autant de personnalités qui se révèlent tout au long du roman.

De quoi vous réconcilier avec le genre western : de l’humour, souvent décapant, de la tendresse, des frayeurs, des disputes, des querelles de saloon sur fond de piano qui aident à comprendre les individus qui y sont mêlés, le tout dans une ambiance Far West au milieu de paysages de virevoltants et de cactus, de sécheresse et de serpents à sonnette.

L’histoire en elle-même n’est pas simple : des hommes qui mènent le bétail, parmi eux, un fugitif, et ailleurs, des individus qui cherchent à retrouver ce fugitif et qui suivent sa piste, mais lesdits individus ont aussi leurs problèmes, ce qui permet de suivre dans le même roman, un certain nombre d’aventures tantôt comiques, tantôt pathétiques.

Un seul regret : le western, sans les méchants indiens, ne semble pas un western, et moi qui viens de lire « enterre mon cœur à Wounded Knee », je dois avouer que j’ai peiné, en constatant que, encore une fois,  nos héros ne voient pas les indiens d’un bon œil, que l’auteur nous en propose un spécimen bien cruel, même si Gus, notre casi-héros, semble souvent les défendre, bien qu’en tant que Texas Ranger, il se place du côté des colons.

Un autre tome m’attend en altitude, dans ma pile à lire, je le garde pour plus tard.

Si comme moi, le Far West ne vous attire pas, n’hésitez tout de même pas à lire Lonesome Dove, vous ne le regretterez pas.

mercredi 26 août 2020

Papa est connecté













Philippe de Kemmerer

Ed De la Matinière


Petit pingouin nous présente sa famille : dans son igloo, il vit avec son papa et sa maman.

Une famille sans histoire, oui mais : Papa passe son temps sur son ordi, il faut dire qu’il a 532 amis sur Icebook et papa ne parle plus, ne répond plus quand il est sur son ordi, c’est-à-dire tout le temps ! il ne pense plus qu’à une chose : surfer sur son ordinateur, petit pingouin se dit qu’en fait, il a un papa virtuel qui oublie sa gamelle quand il part au boulot, qui n’éviterait pas les trous percés dans la banquise si on ne l’avertissait pas, et qui se met dans tous ses états quand il n’y a plus de connexion…

Un livre très intelligent sur la pratique de l’internet mettant cette fois en garde les parents et insiste sur le rôle de la communication dans une famille, sur le problème de la cyberdépendance. Bien sût l’auteur pousse la situation à l’extrême avec un papa qui ne pense plus qu’à son ordi, mais puisse-t-il faire réagir certains parents qui passent d’ordi à téléphone portable et autre tablette, ils existent, j’en ai rencontré quelques-uns. D’ailleurs les spécialistes affirment actuellement que le danger, ce ne sont pas obligatoirement les écrans, mais le manque d’interactivité dans la famille.

Dans ses illustrations, il ne s’est pas non plus privé de proposer un décor de banquise, un village semé d’igloos ou l’on voit se dresser des antennes relais. Illustrations parsemées de dessins humoristiques.

Un bon petit album peut-être un peu moralisateur, mais qui met en garde sur une dérive possible. 


lundi 24 août 2020

 

Le monde des déchets












Denys Prache, Dominique Billout

Ed circonflexe


Dans cet ouvrage, les déchet sont analysés et envisagés sous tous leurs aspects : D’abord les déchet que NOUS  produisons en nous mouchant, en respirant, en se coupant les cheveux jusqu’à la façon de se débarrasser selon notre pays des urines et des excréments, puis viennent les déchets produits par les animaux, les déchets dans l’histoire, les déchets qui transformés,  deviennent des objets de mode et du quotidien, et puis viennent ensuite les ordures ménagères, les résidus industriels parfois mal utilisés et à l’origine de catastrophes sanitaires, les plastique, invention pratique mais dangereux si mal gérés, et beaucoup d’autres détritus qui envahissent la planète et la mettent en danger.

Un livre qui informe et introduit de façon complète, la problématique des déchets par un schéma qui informe sur la durée de dégradation des différentes matières, sur le problème de la production croissante des moyens de transport, par une analyse les pratiques de la vie quotidienne hier et aujourd’hui (problème des objets jetables).

Un livre constructif qui propose des solutions pour se débarrasser des déchets, pour trier, pour recycler, pour prolonger la vie des objets, sans cacher que certains déchets sont très difficiles à éliminer ou isoler (déchets nucléaires, bateaux, avions…).

Un livre qui propose des solutions, qui donne même des pistes pour produire des œuvres d’art, et qui s’adresse aux enfants entre 8 et 12 ans en langage clair, sans mièvrerie, en montrant que l’action humaine produit des déchets et peut aussi tenter de résoudre ce problème.

Un exposé très clair à mettre entre toutes les mains.

 

 

dimanche 23 août 2020

L’homme aux cercles bleus














Fred Vargas

Ed J'ai lu, audiolib


J’avais lu d’autres romans de Fred Vargas que j’ai appréciés, et je me disais qu’ il fallait que je reprenne l’œuvre de cette grande autrice de romans policiers dans l’ordre afin de mieux cerner les personnages. Après la lecture de l’homme aux cercles bleus, je me dis que j’ai bien fait de lire d’un ou deux autres titres, parce que si j’avais commencé par ce premier roman, je n’aurais sans doute pas lu les autres : que de baratin certes utile pour comprendre les personnages d’Adamsberg et de Danglard, mais surtout un ennui profond durant les deux premiers tiers du livre pour moi qui aime l’action. J’aurais pu m’arrêter avant la fin, mais cette histoire de cercles tracés un peu partout dans la capitale a malgré tout excité ma curiosité et je suis parvenue à accrocher dans les cinquante dernières pages correspondant au dénouement qui s’est bien fait attendre.


Adamsberg fait figure de anti-héros poursuivant ses idées contre vents et marées, pourvu d’un flair hors-norme… Beaucoup trop hors-norme à mon goût : il amène des déductions fort justes que la lectrice que je suis à des difficultés à comprendre parce qu’elles surviennent comme par miracle à partir d’indices inexistants, c'est à se demander si on est en présence d’un policier ou d’un voyant. Ce fait, je l’avais déjà remarqué en lisant une ou deux autres enquêtes. Cela ne m’empêchera toutefois pas de lire d’autres romans de cette autrice qui a fait ses preuves.


Donc à vous qui lisez l’homme aux cercles bleus sans connaître le reste de l’œuvre de Fred Vargas, ne vous découragez pas si vous n’appréciez pas, l’œuvre qui suit est riche et de bons moments de lecture vous attendent.

 

vendredi 21 août 2020

L’histoire de tous les phares de France













Francis Dreyer et Jean-Christophe Fichou

Ed Ouest-France


Placez-vous à l’extrémité de la Pointe du raz, et après avoir admiré le coucher du soleil, restez un peu, pour observer que peu de temps après la plongée de l’astre du jour, une douzaine d’étoiles rejoignent leurs sœurs, là où la terre embrasse le ciel… Ce tour de magie, nous le devons aux phares qui s’illuminent de Penmarc’h à Ouessant. Géant des mers ou tours campées, ils ne manquent pas de fasciner. Mais qui sont-ils ? d’où provient ce scintillement si plaisant à nos yeux ? Les réponses sont dans ce merveilleux ouvrage, fruit du travail de Francis Dreyer et Jean-Christophe Fichou, historiens et spécialistes des phares.


Un ouvrage passionnant, richement illustré et complet qui livre l’histoire des phares, les secrets de leur lumière (Vous-êtes-vous demandé comment ce miracle nocturne fut possible il y a quelques siècles ? ), la raison de leur édification, les difficultés rencontrées, leur gestion, leur devenir, et après une histoire générale des phares, une histoire individuelle de chaque phare qui borde les côtes de France, sa situation sur la carte, l’éclairage qui permet sa reconnaissance,  une description détaillée de l’édifice, les anecdotes qui rendent la lecture intéressante.


Un livre à posséder si on aime les phares, certainement un des ouvrages les plus complet sur la question, et qu’on ne manquera pas de consulter après avoir admiré un de ces géants de pierre.

mercredi 19 août 2020

 Délivrance
















Jussi Adler-Olsen

Ed Albin Michel, livre de poche


Je viens de terminer le troisième tome des aventures du département V et je me sens vraiment à mon aise parmi cette joyeuse équipe ! On y découvre peu à peu les différentes facettes de chaque personnage, un Carl Mørk toujours bien rebelle, ce qui l’aide à avancer dans ces enquêtes passées en classement vertical, un Assad toujours aussi débrouillard et perspicace, bien qu’il semble toujours dissimuler on ne sait quel secret et occulter une partie de sa vie, mais ça, c’est certainement pour les tomes suivants, une Rose dont on ne comprend pas toujours les excentricités et qui pimente le roman, un Hardy qui progresse, qui revient à la vie, bref, une petite famille au sein du poste de police certainement plus soudé qu’elle ne veut bien le laisser entendre. 


Et Carl nous invite à partager ses ennuis, ses amours, ses emmerdes… Ses ennuis avec Assad qu’il cherche à découvrir, avec Rose qu’il voudrait pouvoir contrôler, ses amours avec Mona… A suivre… Ses emmerdes avec son ex qui voudrait revenir à la maison… 


Mais il a d’autres chats à fouetter ! Il Travaille, sur un nouveau mystère : le mystère de la bouteille jetée à la mer, trouvée en Ecosse, contenant le SOS d’une personne captive.


Et comme d’habitude, le temps joue en la défaveur de Karl : cette bouteille est restée deux ou trois ans sur un bureau, et personne n’a signalé de disparition…


Pas une minute d’ennui durant cette lecture, l’auteur entrecoupant ses chapitres en montrant comment, par l’éducation, on peut transformer un individu en psychopathe, voire en sérial Killer, un tueur intelligent, qui organise son action, brouille à souhait les pistes de telle sorte qu’on se demande s’il croisera un jour le chemin de notre équipe de choc. Un homme dont les décisions vous font froid dans le dos


Je dois avouer qu’avant de commencer cette série, je craignais une certaine monotonie, il n’en est rien, les trois premiers tomes sont vraiment différents. Je n’hésiterai donc pas à me plonger dans le prochain.

mardi 18 août 2020

De fièvre et de sang

 

















Sire Cédric

Ed  le pré aux clercs, Pocket


Gare aux loups !!! Ils rodent dans le roman, et quand on les aperçoit, ce n’est jamais bon pour l’avenir… Mais d’où viennent ces créatures ? De l’imagination des victimes ? Des enfers ? Nul ne le sait… Une belle énigme pour Eva Svärta et son collègue Vauvert. Il faut dire que ces loups précèdent toujours l’arrivée d’un tueur en série des plus assoiffés de sang, que ces loups se montrent dans les miroirs, mais ils ne sont pas des reflets, et les miroirs…Ils les font saigner…

Et c’est dans ce premier tome de la série Eva Svärta que nous faisons connaissance de la jeune policière albinos qui semble bien trainer quelques casseroles provenant de d’un passé qui resurgit et la rattrape, qu’elle refuse et qui la submerge. Quant à l’ami Vauvert, un flic bien agité, bien rebelle comme on les aime, de ceux qui n’hésite pas, par humanité, à faire des pieds de nez à leurs supérieurs.

Du suspens à vous empêcher de refermer le livre, du fantastique qui n’est peut-être pas ce que je préfère, mais bon, ça passe, une écriture soignée, nous sommes donc devant un grand Sire Cédric.

La fin est grandiose !

A lire si vous ne craignez pas les cauchemars !