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dimanche 26 avril 2026

 

Minjung













Ian Manook

Ed Flammarion, 01/04/2026; 471 pages



Je remercie Babelio et les éditions Flammarion pour cette occasion de découvrir de nouveaux écrits de l’un de mes auteurs favoris. Si j’avais beaucoup aimé Yéruldelgger, le nouveau héros, dont j’ai fait connaissance est un personnage délicieux : un « dur à cuire » certes, ancien mafieux, (enfin infiltré parmi les réseaux) ancien flic, le personnage qui en a vu de toutes les couleurs et qui ne craint plus rien, cela donne des dialogues qui se boivent comme du petit lait et qui ne sont pas sans rappeler les dialogues d’Audiard. On est bien surpris de constater comment notre héros se sort de situations plus que dangereuses pour lui, les mafieux ayant la gâchette facile. Et s’il montre les facettes d’un homme blessé au passé douloureux, aux épreuves qui lui laissent un souvenir amer, on découvre aussi un individu sentimental, compréhensif quand il le faut et impitoyable quand il s’agit de s’insurger face aux injustices de ce monde.  Je n’ai pas lu Gangnam, le premier tome, mais je me jetterai dessus à la première occasion histoire de faire connaissance avec ce héros.

Question personnage, le roman en abrite un certain nombre, des gens enfoncés dans les magouilles jusqu ‘au coup, et pour qui la loi, c’est la vengeance et les règlements de comptes .Mais n’allez pas aborder ce récit comme un roman noir de chez noir, oui, il y a des situations difficiles, des traitements d’humains à vomir, faits réels décrits par l’auteur extrêmement bien documenté, c’est vrai qu’à Séoul, on ne s’est pas contenté d’éjecter les SDF avant les jeux olympiques ce qui paraît déjà outrageant pour ces hommes et ces femmes, on les a aussi parqués, déportés, torturés, cet aspect, vous le découvrirez.  Oui donc certaines situations sont insupportables, mais question action, le récit donne une impression de « plus l’humour est noir, plus c’est drôle » : hilarante, la femme du colonel, véritable nymphomane qui connaît par cœur les habitudes de son mari, qui se sauve en déjouant les pièges, en s’arrangeant pour qu’il deviennent le coupable idéal, et qui a juré de se venger de ce conjoint désormais embarrassant, divertissant la façon que chacun a de goûter à la bonne cuisine, de montrer son sens de la fête, de citer des anecdotes comiques. Cet aspect du roman ajoute bien une note colorée au côté obscur de l'histoire de Corée.

Parmi les policiers, on a une inspectrice très divertissante : Chin-Sun à la tenue assez extravagante pour une policière, et qui entretient avec Gangnam, une relation tantôt amicale, parfois amoureuse, tantôt houleuse.

Et puis la Corée du Sud et ses recettes culinaires à n’en plus finir, et ses restaus qui pour nous Européens feraient figure de gargote, mais où il semble si bon de se rassembler pour goûter les merveilles de la cuisine Coréenne. Si Ian Manook parle peu de l’étiquette et de la façon de se comporter à table, il y fait tout de même allusion, et je peux affirmer, l’un de mes meilleurs amis étant Coréen et vivant à Séoul, que c’est véridique, particulièrement le respect dû aux plus âgés.

On prend donc connaissance du scandale des Minjungs, mais également de celui du trafic des adoptions dans les années 80.

La fin du roman laisse supposer qu’une suite est prévue, pour notre plus grand bonheur. N’hésitez pas à vous plonger dans cette aventure, si vous peinez au départ, pas d’inquiétude, c’est parce que dans les premiers chapitres, on présente souvent de nouveaux personnages et que l’on peut avoir des difficultés à accrocher les wagons, mais le confort de lecture arrive sans tarder.

 

 

mercredi 22 avril 2026

 La colère d'Izanagi


 















Cyril Carrère

Ed Folio, 20/02/2025, 336 pages



Ce thriller nous happe rapidement suite à un événement marquant : l’incendie d’un building à Tokyo, dans le quartier de Shinjuku. Incendie qui personnellement m’a fait revivre le 11 septembre, scène d’une certaine ampleur qui marque en raison des horreurs subies par les personnes présentes dans l’immeuble et les observations faites par nos enquêteurs qui relèvent du mystère mystère. Par la suite, on fera connaissance des protagonistes : Hayato Ishida, capitaine de la DPMT, police de Tokyo secondé par Noémie, issue du mariage d’une japonaise et d’un français Il faut s’y attendre, le couple est très mal assorti et quelques frictions de départs sont prévisibles. Hayato possède quelques qualités qui font partie des ingrédients d’un bon roman : il est HPI et est atteint d’une hyperosmie qui lui permet de se servir de son odorat lors de ses recherches.

On fait par ailleurs connaissance de deux étudiants que la destruction de l’immeuble empêche de conserver le job qui leur permettait de poursuivre leurs études.

Un roman des plus riches entre deux détectives apparemment incompatible, Hayato n’est pas très sociable, Noémie a des impératifs, l’empathie pour laquelle on la connaît a des limites, et sa franchise peut contrarier notre jeune capitaine.

Dans ce roman : du mystère, des énigmes, de type codage, des victimes collatérales, des prises d’otage, d’énigmatiques et intelligents personnages qui mènent la danse via le darknet. Un roman qui réserve bien des surprises.

Et le Japon, particulièrement Tokyo et quelque escapade dans la campagne, mais également le japon au jour le jour, qui s’entremêle avec un certain japon des traditions auxquelles l’auteur fait allusion, un roman riche en événements et en action dans lequel on ne peut s’ennuyer.

 

Décrochage

 











Julien Fyot

Ed Viviane Hamy, 20/08/2025, 392 pages



Ce roman m’a paru très original par son contenu : un roman que l’on peut qualifier de policier puisque meurtre il y a, suivi d’une enquête. Mais un policier dans le milieu scolaire, ce n’est pas extrêmement banal, surtout quand la victime est un enfant. Mais considérons plutôt le récit comme une sorte de tremplin qui nous amène dans le milieu scolaire, milieu souvent dénigré quoiqu’inconnu pour qui ne le fréquente pas assidûment : parents et intervenants divers.

J’ai commencé par essayer de comprendre le « pourquoi » de l’étalage de la vie de J, notre professeur des écoles, mon explication sera la suivante : Enseigner est stressant d’avance, même quand tout se passe à merveille, on se retrouve quand même avec vingt-cinq à trente enfants dans une classe, on y vit un peu les uns sur les autres, il faut gérer l’ensemble, il faut gérer chacun, il faut se multiplier, l’auteur l’explique très bien dans un passage où il fait allusion à des animaux variés dont il faut respecter les différences. On travaille dans le bruit, on subit diverses contrariétés, bref, pas un métier facile. Dans le présent roman, le meurtre survient suite à une lutte dans la classe de J. Il se sent donc directement concerné. Ce qui peut parfaitement avoir des effets sur son comportement.

On assistera donc au parcours de ce J , enseignant qui se veut cool, compréhensif, psychologue. Oui mais, il accueille dans sa classe un nouveau, éjecté d’une ou plusieurs écoles, je ne sais plus. Un enfant qui paraît dès le début isolé par rapport à ses camarades et qui montre des réactions préoccupantes au début et hors norme par la suite. (J’ouvrirais une parenthèse à ce sujet, car, travaillant en ZEP, j’ai eu affaire à des enfants en grande difficulté de comportement que je ne suis pas près d’oublier, donc si dans ce roman, Brayan semble ne jamais laisser de répit aux adultes, dites vous que dans la réalité de tels cas sont rares, qu’il y a des moments avec répit et des moments sans. C’est vrai que le spécimen en fait baver aux éducateurs.

L’enseignant, lui, me paraît fade, est-ce pour cela que l’auteur l’appelle « J », pour insister sur son manque de personnalité ? En effet, J laisse tout couler : son ménage part à vau l’eau, qu’à cela ne tienne, l’inspectrice lui reproche d’isoler l’enfant ? Il réagit très intérieurement sans argumenter, plus loin, on s’apercevra qu’il s’incline face au démon qui terrorise les autres. Vraisemblablement, il est victime d’un « décrochage »

Faut-il voir dans ce roman, un appel au secours des enseignants qui n’ont aucun moyen d’agir face à certains cas d’enfants ? Je le crois, certains enfants s’ils ont besoin, comme les autres, de fréquenter l’école, relèvent plutôt d’un éducateur que d’un professeur. Faut-il sacrifier une classe et la priver des apprentissages indispensables pour accueillir des enfants en grande difficulté ? Eternel débat, en attendant, dans certains secteurs de plus en plus nombreux, ce n’est pas un perturbateur qui sévit, mais une proportion trop importante pour être gérées par une seule personne.

Je remercie Julien Fyot de montrer ce que peut être le milieu scolaire, afin que les « extérieurs » réalisent et comprennent le pourquoi de ces « décrochages » d’enseignants comme d’enfants et pourquoi notre système scolaire devrait être repensé.

 

Maman dort



Michel Le Bourhis

Ed JC Lattès, 8/01/2025, 186 pages


J’ai beaucoup apprécié le début de ce court roman : l’auteur cite un fait divers comme il doit malheureusement en survenir un certain nombre dans une année, un fait divers qui indique la profonde solitude de certaines personnes. Être seul, c’est vivre seul au milieu de la foule, dira Leni Escudero. Et c’est vrai. Cette femme sans histoire cependant sera découverte sans vie grâce au préposé de la poste qui transmettra son inquiétude, et c’est ainsi que la mairie de la petite ville découvrira l’inacceptable : deux petites filles qui affirment que « Maman dort », deux petites filles qui pendant une dizaine de jours, se sont nourries comme elles ont pu… Témoignage autour d’une situation sordide, chapeau bas aux personnes suffisamment dévouées pour intervenir, pour soigner la relation avec les fillettes.

Ce roman, je m’y suis introduite en témoin, avec grande facilité : le style me plaisait : roman choral dans lequel chacun apporte sa vision des faits.

La seconde partie m’a déçue : on oublie le roman choral, les filles ont grandi, l’ainée, Angélique, est devenue une adolescente, avec des questions d’adolescente, sans plus. Les filles ont été placées dans une famille d’accueil aimante et compréhensive. Angélique découvre la vie, protège sa petite sœur, tombe amoureuse… j’ai ressenti un manque de relief de cette deuxième partie ce qui m’a un peu ennuyée durant la lecture. J’en suis arrivée à me demander ce qui pouvais différencier Angélique d’une autre adolescente. La fin permettra toutefois de comprendre qu’elle reste en recherche de ses racines, de son identité bien qu’elle reste très secrète vis-à-vis de ses parents adoptifs, de ses lecteurs, de son entourage. Je pense que j’aurais peut-être dû analyser plus finement ses actes et ses réactions pour comprendre son vécu, toutefois le récit me semble une peu rapide et ne permet pas de se faire une idée de la psychologie de ces deux sœurs.

Ce récit reste toutefois un bel exemple de résilience.

 

 

dimanche 5 avril 2026

Il pleut sur la parade












Lucie-Anne Belgy

Ed Gallimard, 14/08/2025, 256 pages

Une histoire assez complexe que l’histoire de Lucie : Lucie qui ne réagit pas quand sa mère décide qu’elle ne ferait pas de communion, Lucie qui pas amour, sacrifie ses valeurs pour se consacrer à un homme de religion juive, non pratiquant, enfin presque non pratiquant, Lucie qui devra affronter un beau père qui ne discute pas avec les obligations liées à sa pratique religieuse et qui s’entend qualifier de shikse, une souillure, parce qu’elle ne pourra pas transmettre la judéité  à son fils, Lucie qui devra renoncer à sa religion pour accepter de voir son Mari initier son fils à quelques pratiques. Cette situation constitue le premier grand thème abordé dans ce premier roman.

Le récit offre une deuxième problématique plus ou moins liées sans doute à la première, quoique…

Ariel, le petit garçon de Lucie et Jonas, fréquente alors l’école maternelle. Cet enfant fait preuve de violence à l’égard de ses pairs, au point de compromettre un week-end au cours duquel Lucie doit retrouver son amie d’enfance, au point de blesser. On laisse là l’aspect religieux pour aborder des questions plutôt éducatives.

La difficulté de ce sujet éducatif comme religieux, c’est que l’on aborde ces sujets avec son vécu, c’est pourquoi j’ai pu me sentir agacée par moment par le manque de réaction de Lucie lorsqu’on lui expose les faits de violence reprochés à Ariel, et par son incapacité à délivrer des messages clairs : elle se confie au lecteur dans une très belle et intéressante déclaration de son ressenti alors qu’elle doit accepter toutes les pratiques religieuses imposées à son fils, mais face à sa famille, elle n’émet pas son avis de façon très dynamique, on va dire qu’elle est dans le carcan d’une communauté plus puissante qu’elle.

Le petit Ariel apparaît comme un enfant particulièrement intelligent, capable de comprendre les choses, et qui ne demande qu’à apprendre, alors que se passe-t-il ? On le découvre peu à peu pour arriver à une fin plutôt décevante, façon conte de fée ou issue miraculeuse, chacun choisira.

Cela n’empêche pas de s’attacher au vécu de cette famille mixte et de compatir, se désoler où partager les bons moments.

Si certains passages m’on fait réagir, j’ai tout de même passé un excellent moment de lecture et j’ai beaucoup appris sur la pratique des juifs ashkénazes, ce livre se boit comme du petit lait.