Pages

dimanche 26 avril 2026

 

Minjung













Ian Manook

Ed Flammarion, 01/04/2026; 471 pages



Je remercie Babelio et les éditions Flammarion pour cette occasion de découvrir de nouveaux écrits de l’un de mes auteurs favoris. Si j’avais beaucoup aimé Yéruldelgger, le nouveau héros, dont j’ai fait connaissance est un personnage délicieux : un « dur à cuire » certes, ancien mafieux, (enfin infiltré parmi les réseaux) ancien flic, le personnage qui en a vu de toutes les couleurs et qui ne craint plus rien, cela donne des dialogues qui se boivent comme du petit lait et qui ne sont pas sans rappeler les dialogues d’Audiard. On est bien surpris de constater comment notre héros se sort de situations plus que dangereuses pour lui, les mafieux ayant la gâchette facile. Et s’il montre les facettes d’un homme blessé au passé douloureux, aux épreuves qui lui laissent un souvenir amer, on découvre aussi un individu sentimental, compréhensif quand il le faut et impitoyable quand il s’agit de s’insurger face aux injustices de ce monde.  Je n’ai pas lu Gangnam, le premier tome, mais je me jetterai dessus à la première occasion histoire de faire connaissance avec ce héros.

Question personnage, le roman en abrite un certain nombre, des gens enfoncés dans les magouilles jusqu ‘au coup, et pour qui la loi, c’est la vengeance et les règlements de comptes .Mais n’allez pas aborder ce récit comme un roman noir de chez noir, oui, il y a des situations difficiles, des traitements d’humains à vomir, faits réels décrits par l’auteur extrêmement bien documenté, c’est vrai qu’à Séoul, on ne s’est pas contenté d’éjecter les SDF avant les jeux olympiques ce qui paraît déjà outrageant pour ces hommes et ces femmes, on les a aussi parqués, déportés, torturés, cet aspect, vous le découvrirez.  Oui donc certaines situations sont insupportables, mais question action, le récit donne une impression de « plus l’humour est noir, plus c’est drôle » : hilarante, la femme du colonel, véritable nymphomane qui connaît par cœur les habitudes de son mari, qui se sauve en déjouant les pièges, en s’arrangeant pour qu’il deviennent le coupable idéal, et qui a juré de se venger de ce conjoint désormais embarrassant, divertissant la façon que chacun a de goûter à la bonne cuisine, de montrer son sens de la fête, de citer des anecdotes comiques. Cet aspect du roman ajoute bien une note colorée au côté obscur de l'histoire de Corée.

Parmi les policiers, on a une inspectrice très divertissante : Chin-Sun à la tenue assez extravagante pour une policière, et qui entretient avec Gangnam, une relation tantôt amicale, parfois amoureuse, tantôt houleuse.

Et puis la Corée du Sud et ses recettes culinaires à n’en plus finir, et ses restaus qui pour nous Européens feraient figure de gargote, mais où il semble si bon de se rassembler pour goûter les merveilles de la cuisine Coréenne. Si Ian Manook parle peu de l’étiquette et de la façon de se comporter à table, il y fait tout de même allusion, et je peux affirmer, l’un de mes meilleurs amis étant Coréen et vivant à Séoul, que c’est véridique, particulièrement le respect dû aux plus âgés.

On prend donc connaissance du scandale des Minjungs, mais également de celui du trafic des adoptions dans les années 80.

La fin du roman laisse supposer qu’une suite est prévue, pour notre plus grand bonheur. N’hésitez pas à vous plonger dans cette aventure, si vous peinez au départ, pas d’inquiétude, c’est parce que dans les premiers chapitres, on présente souvent de nouveaux personnages et que l’on peut avoir des difficultés à accrocher les wagons, mais le confort de lecture arrive sans tarder.

 

 

mercredi 22 avril 2026

 La colère d'Izanagi


 















Cyril Carrère

Ed Folio, 20/02/2025, 336 pages



Ce thriller nous happe rapidement suite à un événement marquant : l’incendie d’un building à Tokyo, dans le quartier de Shinjuku. Incendie qui personnellement m’a fait revivre le 11 septembre, scène d’une certaine ampleur qui marque en raison des horreurs subies par les personnes présentes dans l’immeuble et les observations faites par nos enquêteurs qui relèvent du mystère mystère. Par la suite, on fera connaissance des protagonistes : Hayato Ishida, capitaine de la DPMT, police de Tokyo secondé par Noémie, issue du mariage d’une japonaise et d’un français Il faut s’y attendre, le couple est très mal assorti et quelques frictions de départs sont prévisibles. Hayato possède quelques qualités qui font partie des ingrédients d’un bon roman : il est HPI et est atteint d’une hyperosmie qui lui permet de se servir de son odorat lors de ses recherches.

On fait par ailleurs connaissance de deux étudiants que la destruction de l’immeuble empêche de conserver le job qui leur permettait de poursuivre leurs études.

Un roman des plus riches entre deux détectives apparemment incompatible, Hayato n’est pas très sociable, Noémie a des impératifs, l’empathie pour laquelle on la connaît a des limites, et sa franchise peut contrarier notre jeune capitaine.

Dans ce roman : du mystère, des énigmes, de type codage, des victimes collatérales, des prises d’otage, d’énigmatiques et intelligents personnages qui mènent la danse via le darknet. Un roman qui réserve bien des surprises.

Et le Japon, particulièrement Tokyo et quelque escapade dans la campagne, mais également le japon au jour le jour, qui s’entremêle avec un certain japon des traditions auxquelles l’auteur fait allusion, un roman riche en événements et en action dans lequel on ne peut s’ennuyer.

 

Décrochage

 











Julien Fyot

Ed Viviane Hamy, 20/08/2025, 392 pages



Ce roman m’a paru très original par son contenu : un roman que l’on peut qualifier de policier puisque meurtre il y a, suivi d’une enquête. Mais un policier dans le milieu scolaire, ce n’est pas extrêmement banal, surtout quand la victime est un enfant. Mais considérons plutôt le récit comme une sorte de tremplin qui nous amène dans le milieu scolaire, milieu souvent dénigré quoiqu’inconnu pour qui ne le fréquente pas assidûment : parents et intervenants divers.

J’ai commencé par essayer de comprendre le « pourquoi » de l’étalage de la vie de J, notre professeur des écoles, mon explication sera la suivante : Enseigner est stressant d’avance, même quand tout se passe à merveille, on se retrouve quand même avec vingt-cinq à trente enfants dans une classe, on y vit un peu les uns sur les autres, il faut gérer l’ensemble, il faut gérer chacun, il faut se multiplier, l’auteur l’explique très bien dans un passage où il fait allusion à des animaux variés dont il faut respecter les différences. On travaille dans le bruit, on subit diverses contrariétés, bref, pas un métier facile. Dans le présent roman, le meurtre survient suite à une lutte dans la classe de J. Il se sent donc directement concerné. Ce qui peut parfaitement avoir des effets sur son comportement.

On assistera donc au parcours de ce J , enseignant qui se veut cool, compréhensif, psychologue. Oui mais, il accueille dans sa classe un nouveau, éjecté d’une ou plusieurs écoles, je ne sais plus. Un enfant qui paraît dès le début isolé par rapport à ses camarades et qui montre des réactions préoccupantes au début et hors norme par la suite. (J’ouvrirais une parenthèse à ce sujet, car, travaillant en ZEP, j’ai eu affaire à des enfants en grande difficulté de comportement que je ne suis pas près d’oublier, donc si dans ce roman, Brayan semble ne jamais laisser de répit aux adultes, dites vous que dans la réalité de tels cas sont rares, qu’il y a des moments avec répit et des moments sans. C’est vrai que le spécimen en fait baver aux éducateurs.

L’enseignant, lui, me paraît fade, est-ce pour cela que l’auteur l’appelle « J », pour insister sur son manque de personnalité ? En effet, J laisse tout couler : son ménage part à vau l’eau, qu’à cela ne tienne, l’inspectrice lui reproche d’isoler l’enfant ? Il réagit très intérieurement sans argumenter, plus loin, on s’apercevra qu’il s’incline face au démon qui terrorise les autres. Vraisemblablement, il est victime d’un « décrochage »

Faut-il voir dans ce roman, un appel au secours des enseignants qui n’ont aucun moyen d’agir face à certains cas d’enfants ? Je le crois, certains enfants s’ils ont besoin, comme les autres, de fréquenter l’école, relèvent plutôt d’un éducateur que d’un professeur. Faut-il sacrifier une classe et la priver des apprentissages indispensables pour accueillir des enfants en grande difficulté ? Eternel débat, en attendant, dans certains secteurs de plus en plus nombreux, ce n’est pas un perturbateur qui sévit, mais une proportion trop importante pour être gérées par une seule personne.

Je remercie Julien Fyot de montrer ce que peut être le milieu scolaire, afin que les « extérieurs » réalisent et comprennent le pourquoi de ces « décrochages » d’enseignants comme d’enfants et pourquoi notre système scolaire devrait être repensé.

 

Maman dort



Michel Le Bourhis

Ed JC Lattès, 8/01/2025, 186 pages


J’ai beaucoup apprécié le début de ce court roman : l’auteur cite un fait divers comme il doit malheureusement en survenir un certain nombre dans une année, un fait divers qui indique la profonde solitude de certaines personnes. Être seul, c’est vivre seul au milieu de la foule, dira Leni Escudero. Et c’est vrai. Cette femme sans histoire cependant sera découverte sans vie grâce au préposé de la poste qui transmettra son inquiétude, et c’est ainsi que la mairie de la petite ville découvrira l’inacceptable : deux petites filles qui affirment que « Maman dort », deux petites filles qui pendant une dizaine de jours, se sont nourries comme elles ont pu… Témoignage autour d’une situation sordide, chapeau bas aux personnes suffisamment dévouées pour intervenir, pour soigner la relation avec les fillettes.

Ce roman, je m’y suis introduite en témoin, avec grande facilité : le style me plaisait : roman choral dans lequel chacun apporte sa vision des faits.

La seconde partie m’a déçue : on oublie le roman choral, les filles ont grandi, l’ainée, Angélique, est devenue une adolescente, avec des questions d’adolescente, sans plus. Les filles ont été placées dans une famille d’accueil aimante et compréhensive. Angélique découvre la vie, protège sa petite sœur, tombe amoureuse… j’ai ressenti un manque de relief de cette deuxième partie ce qui m’a un peu ennuyée durant la lecture. J’en suis arrivée à me demander ce qui pouvais différencier Angélique d’une autre adolescente. La fin permettra toutefois de comprendre qu’elle reste en recherche de ses racines, de son identité bien qu’elle reste très secrète vis-à-vis de ses parents adoptifs, de ses lecteurs, de son entourage. Je pense que j’aurais peut-être dû analyser plus finement ses actes et ses réactions pour comprendre son vécu, toutefois le récit me semble une peu rapide et ne permet pas de se faire une idée de la psychologie de ces deux sœurs.

Ce récit reste toutefois un bel exemple de résilience.

 

 

dimanche 5 avril 2026

Il pleut sur la parade












Lucie-Anne Belgy

Ed Gallimard, 14/08/2025, 256 pages

Une histoire assez complexe que l’histoire de Lucie : Lucie qui ne réagit pas quand sa mère décide qu’elle ne ferait pas de communion, Lucie qui pas amour, sacrifie ses valeurs pour se consacrer à un homme de religion juive, non pratiquant, enfin presque non pratiquant, Lucie qui devra affronter un beau père qui ne discute pas avec les obligations liées à sa pratique religieuse et qui s’entend qualifier de shikse, une souillure, parce qu’elle ne pourra pas transmettre la judéité  à son fils, Lucie qui devra renoncer à sa religion pour accepter de voir son Mari initier son fils à quelques pratiques. Cette situation constitue le premier grand thème abordé dans ce premier roman.

Le récit offre une deuxième problématique plus ou moins liées sans doute à la première, quoique…

Ariel, le petit garçon de Lucie et Jonas, fréquente alors l’école maternelle. Cet enfant fait preuve de violence à l’égard de ses pairs, au point de compromettre un week-end au cours duquel Lucie doit retrouver son amie d’enfance, au point de blesser. On laisse là l’aspect religieux pour aborder des questions plutôt éducatives.

La difficulté de ce sujet éducatif comme religieux, c’est que l’on aborde ces sujets avec son vécu, c’est pourquoi j’ai pu me sentir agacée par moment par le manque de réaction de Lucie lorsqu’on lui expose les faits de violence reprochés à Ariel, et par son incapacité à délivrer des messages clairs : elle se confie au lecteur dans une très belle et intéressante déclaration de son ressenti alors qu’elle doit accepter toutes les pratiques religieuses imposées à son fils, mais face à sa famille, elle n’émet pas son avis de façon très dynamique, on va dire qu’elle est dans le carcan d’une communauté plus puissante qu’elle.

Le petit Ariel apparaît comme un enfant particulièrement intelligent, capable de comprendre les choses, et qui ne demande qu’à apprendre, alors que se passe-t-il ? On le découvre peu à peu pour arriver à une fin plutôt décevante, façon conte de fée ou issue miraculeuse, chacun choisira.

Cela n’empêche pas de s’attacher au vécu de cette famille mixte et de compatir, se désoler où partager les bons moments.

Si certains passages m’on fait réagir, j’ai tout de même passé un excellent moment de lecture et j’ai beaucoup appris sur la pratique des juifs ashkénazes, ce livre se boit comme du petit lait.

 

 

 

mardi 24 mars 2026

 

Feuilles













Michael Fenris

Ed Prisma, 19/11/2015, 406 pages



Nous sommes dans une contrée d’Amérique, toute proche de la frontière canadienne. Hope Falls est une petite ville en milieu forestier, dédiée à la découpe du bois. Vernon Krueger, maire de la ville est propriétaire de la scierie et emploie des bûcherons. Les faits sont narrés par Jed, son bras droit. Jed commence son récit en précisant qu’il déteste l’automne. Il le détestera plus encore après le phénomène qu’il décrit : les feuilles cette année-là, ne se contentent pas de joncher le sol, elles semblent envahir toute la ville. C’est alors que survient l’agence de la protection de l’Environnement qui envoie des représentants pour enquêter en raison de coupes illégales et abusives qui menacent le bien-être de la ville, et les habitants de la forêt, un groupe d’indiens algonquins.

C’est alors que surviennent des événements que l’on peut aisément qualifier de « paranormaux », des accidents suspects, et des témoignages qui révèleront un grand malaise dans un milieu qui jusqu’alors, semblait paisible.

On peut avoir des difficultés à imaginer cet envahissement par les feuilles, et le phénomène qui s’amplifie et se combine avec le crime, la corruption, la sagesse d’un vieil indien ferait un superbe scénario avec des bons et des méchants, des événements tous plus surprenants les uns que les autres. Le côté fantastique serait alors magnifique et captivant.

Pas le temps de s’ennuyer, les événements s’enchaînent, on part d’un doute sur des coupes abusives, on arrive à un bouquet final parfois extravagant, les feuilles douées de raison n’en finissent pas de surprendre.

Concernant les personnages, ils sont bons ou mauvais, à chacun de choisir son camp, mais ce n’est pas aussi simple :  les bons ne sont peut-être pas ceux que l’on croit au-dessus de tout soupçon.

 J’ai apprécié ce roman en y mettant un bémol : on a beau être dans le fantastique, la nature me semble trop personnifiée au point de reconnaître ses alliés.

Jed adore, semble-t-il la musique et case régulièrement dans son récit un titre qu’il apprécie et qui a, certes, un rapport avec ses propos mais qui semble mal placé dans la narration, cela m’a un peu agacée et la fin m’a quelques peu déçue en ce qui concerne certains personnages qui auraient mérité d’être mis en évidence de façon plus active.

J’ai tout de même passé un bon moment de lecture.

vendredi 6 mars 2026

Les belles promesses




 








Pierre Lemaître

Ed Calmann Levy, 6/01/2026, 512 pages


C’est avec un peu de vague à l’âme que je laisse là, la famille pelletier après avoir refermé ce dernier tome que j’ai autant aimé que les autres. Encore une fois, j’ai dû me raisonner pour ne pas expédier ce pavé et pour le faire durer plus longtemps, mais que voulez-vous, quand ils plaisent, les livres deviennent de véritables refuges.

J’y ai retrouvé Jean, dit Bouboule, en espérant que son histoire aboutisse à quelque chose de concret et constater les conséquences de son comportement. J’y ai retrouvé Geneviève, en espérant que quelqu’un lui clouerait le bec, une Geneviève plus opportuniste plus menteuse et intrigante que jamais, plus inhumaine et intolérante. J’ai suivi François, comprenant ses doutes, espérant qu’il persévère dans ses recherches, j’ai observé Colette et Philippe, qui à eux deux pourraient faire l’objet d’un cinquième tome, ce serait intéressant.

J’ai encore une fois beaucoup appris sur ces années de prospérité qui conduisirent à de grands travaux à Paris, à un impitoyable remembrement et au début des groupement d’agriculteurs qui les amenèrent à affluer sur la ville faute de réussir dans leurs exploitations.

Cette saga est bien captivante, cependant ce dernier tome m’a semblé un peu rapide : peut-être aurait-il été intéressant d’en faire deux volumes, car si dans les précédents volets, Pierre Lemaître fournit des détails sur ce barrage qui a pour effet de faire évacuer toute une population, si la guerre froide et ses effets se font sentir, les problèmes du remembrement auraient pu être exposés avec plus de profondeur. Mais là n’était sans doute pas l’intention de l’auteur et cela n’aurait peut-être moins intéressés les lecteurs, plus soucieux de l’avenir de Jean. L’idée de faire passer ce dernier pour un héros me paraît à la fois intéressante car elle montre l’ambiguïté qui peut caractériser un individu, et révoltante pour le lecteur qui connaît son passé. C’est sans doute ce qui m’a donné envie de terminer ce livre : doit-on aduler Bouboule ou le faire descendre de ce piédestal que l’on est en droit de considérer comme non mérité ?

Pour ce qui est du Jeune Michel, Bébé sauvé par Jean, il n’y a que Geneviève pour exploiter la situation et mettre en avant la famille pelletier, sans quoi les événements qui suivent son accueil à l’assistance publique sont sans intérêt, c’est là mon point de vue.

Par ailleurs, l’alternance de chapitres courts et leur réparation dans le roman lui confèrent un suspense qui pousse à lire encore et encore.

Série à ne pas manquer pour tout amateur de saga.


 Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage














Maya Angelou, 

Ed Livre de poche, 30/09/2009, 352 pages


C’est l’histoire vraie d’une petite fille et de son frère que leur maman ne pouvait élever, qui voyagèrent seuls vers le sud, de St Louis dans le Missouri, vers Stamps en Arkansas, pour être recueillis en Arkansas chez leur grand-mère. C’est l’histoire d’une famille noire aux Etats-Unis, quelques années avant que n’éclate la seconde guerre mondiale. L’esclavage, puis la guerre de sécession ne sont pas si loin, on constatera alors combien la vie était difficile dans les Etats proches du sud où blancs et noirs ne se mélangeaient pas, où médecins et dentistes blancs refusaient de soigner les gens de couleur, où certains blancs se montraient impitoyable avec les noirs. Cette petite fille n’est autre que Maya Angelou qui se présente dans le premier tome de son roman autobiographique. Il y en aura sept.

Cette biographie montre comment Maya fut façonnée dès l’enfance pour devenir la célèbre écrivaine, poète, danseuse, dramaturge, une grande artiste.

Ce premier tome montre comment les descendants des esclaves furent unis dans la foi, Maya nous présente une aïeule pieuse, menée dans sa vie par un Dieu impitoyable et qui se montrera tout aussi impitoyable avec ses deux petits enfants. Deux principes : ne pas mentir et être toujours propres, et gare aux enfants qui s’écartent du droit chemin. Si l’éducation rigide montre une grand-mère dure, cette dernière n’en est pas moins aimante et attentionnée. Elle leur fournira de solides fondations basées sur l’amour et sur la persévérance.

Puis nos deux enfants retournent à St Louis, chez leur mère. Maya s’adapte tant bien que mal, malgré une terrible épreuve qui ne peut laisser indemne. On entre alors dans un contexte d’éducation plus libre, sans barrières imposées par la religion, Maya y apprendra une autre façon de vivre. Un élément fixe : le frère de Maya, Bailey, ce grand frère chéri.

Retour à Stamps où la grand-mère reprend en main ces enfants qui grandissent jusqu’au moment où, elle les renvoie définitivement en Californie, près de leur mère et de leur père.

La dernière partie montrera combien Maya fut capable de s’adapter à toutes situation, particulièrement avec son père.

Ce premier tome montre combien Maya était une personne vraie, sincère, humaine, et que son féminisme et son militantisme prend ses sources dans la prime enfance.

Dans ce livre, des scènes dures, des moments de grande tendresse, des anecdotes comiques, une biographie qui se boit comme du petit lait.

Je ne connaissais pas Maya Angelou, je suis heureuse d’avoir tant appris à son contact.


mercredi 25 février 2026

 ÇA











Stephen King

Ed Albin Michel, livre de poche, 13/02/2002, 799 pages


Alors ça ! Hé bien j’ai voulu le lire, histoire d’être au courant, de connaître ce bestseller que nul djeun dans mon entourage ne semble ignorer ! Donc ça… c’est fait.

Qu’aurais-je à dire ? bon, je rappelle d’abord mes goûts de lectrice : j’aime bien avoir peur, rester scotchée à mon livre sans dormir tant que les instants de forte émotion ne sont pas calmés, j’aime bien le travail sérieux des auteurs, j’aime bien le suspense.

Tout y est, ça déménage, ça vous emmène dans les entrailles d’une ville qui aurait dû, à l’instar de nombre de petites villes américaines, permettre aux habitants de vivre paisiblement, mais ça … !

 Ça m’a permis de faire très amplement connaissance des héros multiples : Billy, Ben, Beverly, Richie, Stanley, Eddy… que notre King présente sous toutes les coutures en prenant bien son temps, et c’est nécessaire, car on a besoin de s’attacher à ces jeunes pour ressentir avec eux les épreuves, la violence, pour avoir une idée de la relation entre chacun d’eux et le reste de la population, pour comprendre (ou pas…) certains événements.

Ça ne m’a pas toujours facilité le travail de lecture, ça change forme, ça se manifeste ici et là, omniprésent, dispensant une belle angoisse en laissant flotter une peur dont on ne peut dire si elle est vraiment fondée, on nage en plein cauchemar.

Et c’est ainsi que nos héros, éprouvés en 1958, se retrouvent, après avoir prêté serment, en 1985 parce que ça a recommencé…

Je suis incapable de dire avec certitude si j’ai aimé où pas ce roman. Sensation bizarre ! Oui j’ai admiré le travail de l’auteur qui a magnifiquement structuré ce récit et est parvenu à exposer une situation des plus complexes, invitant le lecteur à plonger dans l’histoire de la ville et de ses habitants, le transformant en un véritable roman gigogne : on fait connaissance d’une personnage qui nous en présente un autre, puis on puise dans son histoire on montre un groupe d’humains, et avec une loupe, effectuant des grossissement sur certains, on consacre à chacun des chapitres entiers, on navigue entre deux époques, on vit entre temps de grands moments d’angoisse en observant une entité terrible, un être laid, méchant, cruel, avide de sang que rien ne saurait dompter.

Oui j’ai aimé, sauf ces moments qui me semblent être une spécialité de l’auteur qui décrit dans le détail, en prenant bien son temps, passages longs, trop long, on a envie de replonger dans l’horreur puisque le roman nous le promet. Stephen King me fait toujours sourire quand on est sur le point de découvrir un fait, on sent bien qu’il prend le temps, rallonge les phrases, choisit ses mots, alors que côté lecteur, on a envie de crier : « accouche ! »

Heureuse, donc, de l’avoir terminé, et ô surprise, je m’aperçois qu’il y a un deuxième tome, je me disais aussi que ce premier tome ne pouvait pas terminer de la sorte. Je le lirai l’été prochain car j’ai envie de connaître la suite, mais ma PAL m’attend.

lundi 16 février 2026

 Le banc













Géraldine Smith

Ed Albin Michel, 25/02/2026, 272 pages


C’est l’histoire d’un sympathique banc quasi public quand il n’est pas occupé par Georges, le doyen de 95 ans, son ami Marcel, Alain, dit le shérif, gardien d’une centaine de logements au su sein des immeubles, Jean-Marc et son caniche, Toutoune : moment de convivialité et de savoureuses conversations entre les amis, et même le goûter souvent, mais ça c’est le décor.

L’envers du décor n’est peut-être pas aussi souriant : Georges traîne ses 95 printemps avec bien de la peine : il ne voit plus grand-chose, se déplace difficilement, s’enferme avec sa tristesse, car il a perdu sa femme, Claudia, il se sent devenu une charge pour ses enfants. Sa fille se dévoue, et il reçoit des aides à domicile, tel est l’univers de Georges. Il se souvient avec nostalgie de ses jours heureux, quand il était capable de décisions, quand il pouvait voyager.

Mais Georges est retrouvé mort dans son lit par son aide… On suspecte un meurtre.

Un roman sur le troisième âge, légèrement policier, je précise légèrement parce que le fonctionnaire qui mène l’enquête apparaît entre les chapitres et avance dans ses recherches, mais ne semble pas plus motivé que ça, il amène plutôt des renseignements sur cette famille. il faut dire que Monsieur Georges était en fin de vie, et l’objectif de l’autrice était de nous transporter dans l’univers des seniors et nous montrer combien il est souvent difficile de vieillir et de rester autonome. Nous sommes tous un jour confrontés à ces situations : nos parents ont besoin d’une assistance croissante, puis vient notre tour, et le cas de Georges est très bien décrit.

Un roman très facile et agréable à lire, un problème de société mis en avant sans tomber dans le pathos, avec ses pointes d’humour, les actions de Georges capables de nous faire sourire ou s’apitoyer, les personnages formant une belle unité avec leur tempérament enjoué ou non, leurs brèves de trottoir, leur gentillesse et leur tolérance.

Quelques secrets de famille à découvrir au cours du roman épicent le récit…

J’ai aimé retrouver chacun de ces personnages et j’ai passé un excellent moment de lecture.

 

mardi 10 février 2026

 Je suis Romane Monnier











Delphine de Vigan

Ed Gallimard, 15/01/2026, 336 pages



Comment captiver les lecteurs, tous les lecteurs… ? En pointant le doigt sur un objet que beaucoup possèdent : le smartphone. Il suffit simplement que Romane, au cours d’une soirée arrosée, échange son téléphone portable avec Thomas pour se rendre compte de l’importance de cet outil qui renferme nos secrets et notre intimité, peut-on avoir l’idée de confier son téléphone à un parfait inconnu quand d’ordinaire, on ne parvient déjà pas à le mettre entre les mains de son conjoint ou de ses enfants ?

C’est pourtant ce qui se produit dans ce nouveau roman de Delphine de Vigan : Romane, confie son smartphone à Thomas et ne manque pas de lui transmettre les codes qui permettront peu à peu de découvrir la vie de cette jeune fille. On découvrira qu’elle ne le fait pas par hasard, et c’est en pénétrant timidement dans l’univers de Romane, que Thomas ira de découverte en découverte.

Deux vies dans le roman : celle de Romane, qui s’étale peu à peu et celle de Thomas pour lequel Romane devient un miroir : le miroir de sa vie, la vie d’un homme seul, une vie faite d’épreuves, de souffrances, de surprises et de joie, une vie banale et mouvementée à la fois, une vie sans trace croirait-on, et cependant…

L’une des objectifs de l’autrice sera d’amener à prendre conscience des empreintes que nous laissons : tout dans nos portables révèle notre vie, depuis le choix des applications que nous y téléchargeons, les listes que nous y laissons, en passant par nos conversations, notre navigation, nos vidéo favorites, et nos « stories » dont les réseaux sociaux sont si friands. Qu’on nous le vole et on vole notre vie, c’est limite enlèvement.

Je suis sortie de ce récit avec un certain nombre de questions, voire de résolutions, en me disant que je ne suis pas née avec mon téléphone, que je devrais peut-être relativiser son importance dans ma vie, que je ne suis pas obligée de me connecter de la sorte, que mon côté humain pourrait en souffrir. Je ne suis pourtant pas la plus accro à cet assistant numérique. Combien de piétons ou automobilistes risquent l’accident pour cause de consultation du web, de suivi de série, de conversations et j’en passe… Mais là, je pense qu’il y a vraiment de quoi écrire un autre roman.

Ce roman devrait être lu par le plus grand nombre.

samedi 31 janvier 2026

 L'appartement du dessous














Florence Herrlemann, 

Ed Albin Michel, 27/02/2019, 256 pages



On entend dire qu’un vieillard qui meure, c’est une bibliothèque qui brûle, je pense que rien n’est plus vrai. Et je le constate à nouveau dans ce merveilleux roman épistolaire de Florence Herrlemann.

Sarah emménage dans un immeuble situé dans le quartier du Marais, et reçoit une lettre surprenante : c’est sa voisine du dessous, Hectorine, qui lui écrit, lui faisant comprendre qu’elle ne souhaite pas qu’elles se rencontre, mais préfère une correspondance écrite. Cette voisine est une femme très âgée qui tape ses lettres sur une machine à écrire. Sarah tente de lui faire comprendre que l’écriture, ce n’est pas sa « tasse de thé, mais la vieille dame s’obstine et la lectrice que je suis la soutient, car l’Aïeule semble avoir bien des choses à raconter. Et c’est malgré moi que je me suis laissé happer par cette merveilleuse histoire. Merveilleuse n’est peut-être pas exactement le mot, car la voisine du dessous a vécu de terribles épreuves, a dû se battre pour vivre, pour trouver une place dans la société, pour défendre ses idées.

Un lien va se créer peu à peu, Sarah se laisse apprivoiser par une Hectorine qui lui présentera les habitants de l’immeuble, lui demandera de faire quelques courses à déposer sur son paillasson et qui insistera sur une communication épistolaire.

Un certain suspens se fera sentir au fil de la lecture, car Hectorine termine ses lettres, ou insère des remarques un peu comme dans une série, au bon moment, sans trop en raconter, comme pour fidéliser le lecteur.

Ce roman se lit vite, on a parfois l’impression de survoler le XXème siècle, toutefois l’essentiel y est, les idées d’Hectorine, les moments clés de sa vie et ses origines et même un secret qu’elle garde afin d’exciter la curiosité de Sarah et des lecteurs pour un dénouement surprenant.

 Un roman très touchant où l’on observe une belle complicité entre une personne âgée et une jeune femme malgré les différences de mode de vie.  

J’ai passé un excellent moment de lecture, ce livre est un petit bijou. Il m’a donné envie de faire des madeleines, vous comprendrez pourquoi si vous le lisez.          

 

Le poing armé de Dieu




 









Hubert Prolongeau,

Ed Seuil, 16/01/2026, 320 pages



Nous sommes au début du XIXème siècle, dans une Amérique qui n’en finit pas de s’installer, une Amérique où haine et violence sont choses banales : on y prend des territoires, on y fait justice soit même, nombre d’enfants manient déjà les armes, on a déjà l’impression d’observer certaines constantes de l’Amérique actuelle.

C’est dans ce monde pas toujours paisible que naît Orrin Porter Rockwell, fils d’un fermier qui travaille dur pour faire vivre sa famille. La synonyme violence

 Brutalité ambiante vous saisit dès le premier chapitre qui commence par une scène d’une violence extrême et des actes auxquels les enfants sont amenés à participer. Dans cette société, le patriarcat n’est pas contesté, les femmes sont soumises, c’est ainsi, affirmera la mère d’Orrin.

Joseph Smith, issu d’une famille qui vit dans le voisinage des Rockwell émerge, affirmant qu’un ange s’est adressé à lui, puis le Christ, puis l’ange Moroni qui lui aurait dicté le livre des Mormons sur des tablettes d’or aujourd’hui disparues. Quelques témoins affirmeront les avoir vues… Orrin, alors meilleur ami de Joseph, va le suivre avec les premiers adeptes de sa doctrine, disciples qui se multiplieront rapidement. Il est incroyable de constater comment une religion se fonde à partir d’un homme qui diffuse des idées qui seront répandues et seront à l’origine d’un culte, de lois, de consignes de comportement.

Mais le chemin est encore bien long pour Joseph Smith et ses fidèles, dans une Amérique où la terre est sacrée, on l’on a chassé des peuples pour faire de la place, les mormons ne sont pas les bienvenus, et cette « religion », en ses débuts va se retrouver confrontée à beaucoup de violence, depuis de simples harcèlements jusqu’à une véritable guerre. C’est sur ces faits que repose cette religion.     

Le comportement du fondateur donne le droit à tout lecteur de se poser des questions sur sa légitimité, son honnêteté. Est-il un individu fidèle à son Dieu ou un escroc qui profite de la crédulité ? A chacun de décider en observant son cheminement et les droits qu’il accorde aux familles. Orrin, lui, a choisi de lui rester fidèle jusqu’au bout, prêt à donner sa vie pour lui, prêt à tuer quiconque ose le calomnier.

J’ai beaucoup appris en lisant ce roman, mais il me laisse sur ma faim, car j’aurais aimé savoir comment cette religion a pu continuer à se développer, connaître le pourquoi de cette volonté des Mormons de retracer l’arbre généalogique de l’humanité, assister au travail des successeurs de Joseph Smith… 

 

Peut-être l’auteur de ce roman grâce auquel j’ai tant appris prévoit-il une suite, je l’espère !

lundi 12 janvier 2026

 Le chevalier inexistant
















Italo Calvino,

Ed Seuil, 1/01/1984


Charlemagne avance, clopinclopant, il passe en revue ses paladins. Arrivé devant un chevalier à l’armure blanche impeccablement entretenue, il lui demande de décliner son identité : et le chevalier décline : il est Agilulfe Edme Bertrandinet des Guildivernes et autres de Carpentras et Syra, chevalier de Sélimpie Citérieure et de Fez. Ce nom suffit déjà à faire sourire, mais ce n’est pas tout, ledit chevalier, à la demande de son empereur, relève sa visière : il n’y a personne. C’est le chevalier qui n’existe pas. Son armure ne le quitte pas, il est prompt au combat, soigneux et exigeant. Mais il n’existe pas, et là je me suis dit que j’avais vraiment envie de poursuivre ma lecture pour savoir ce que cela impliquait, d’être un chevalier inexistant…

On verra évoluer tout au long de ce cours roman, quelques personnages au comportement comique : Raimbaut de Roussillon, venu pour venger son père, en tuant Izoar émir chez les sarrazins qu’il veut « bousiller » (sic).

La belle armée part au combat, sur son chemin, elle rencontre un individu hors norme : il s’appelle Gourdoulou dont le nom varie selon la région, les personnes qui le connaissent, le pays même. Gourdoulou qui devient canard parmi les canards, grenouille au milieu des grenouille et même poirier dans un verger. C’est le personnage qui m’a le plus amusée. Il suit l’armée et devient sur ordre de l’empereur, l’écuyer du chevalier inexistant dont on fera plus ample connaissance à travers son comportement que l’on comprendra comme très logique vu sa condition.

Un autre personnage se démarque, mais je ne le dévoilerai pas par peur d’en écrire trop.

Et toujours ave le soucis de ne pas divulgâcher, je préciserai que les repas du guerrier sont particuliers et fort compréhensibles en plus d’être vraiment amusants.

Italo Calvino démarre avec une situation absurde qu’il assume. Il engage l’empereur et son armée dans une sorte de dédale liés aux situations rocambolesques qui surgissent dans le récit. Curieusement, si le début et les événements qui surviennent sont hors du commun, le récit, lui, se déroule de la façon la plus logique qui soit, c’est sans doute la contrainte que l’auteur s’impose, on rappellera qu’Italo Calvino était membre de l’Oulipo. Son récit n’est pas sans rappeler les écrits de Raymond Queneau. Ce sont des auteurs que j’ai plaisir à lire.

Ce fut vraiment une « lecture plaisir », il fait partie des livres que je relirai volontiers histoire de passer un bon moment. J’aime ces auteurs fantaisistes qui jouent avec le langage et font preuve d’un imaginaire débordant.

mercredi 7 janvier 2026

 

Le tatoueur d’Auschwitz















Heather Morris,

Ed Jai lu, 6/01/2021, 256 pages


En 2003, Heather Morris rencontre Lale Sokolov, afin de recueillir son témoignage, le témoignage d’un homme qui s’est juré de survivre à l’enfer concentrationnaire. Ce roman tient son originalité du fait qu’il s’agit en plus d’être un récit qui relate une fois de plus, l’indicible, place au cœur de la cruauté humaine, une belle histoire d’amour.

Lale arrive à Auschwitz en 1942. D’abord employé à construire des baraquements pour les futurs déportés, il devient le tatoueur, l’homme qui marquera à jamais le bras de ses semblables. C’est alors qu’on lui demande de tatouer le bras de Gita dont il tombe amoureux, Gita qu’il verra lorsqu’il est libre, le Dimanche. Que ces moments privilégiés avec l’élue de son cœur font du bien et apportent un peu de douceur au récit d’un fait des plus insupportables de l’histoire de l’humanité. Ensemble ils se jurent de se marier quand ils sortiront de ce camp. Optimisme bien fragile, les scènes violentes se multiplient, on se demande bien souvent comment ces deux êtres vont s’en sortir. Lale, individu profondément humain, organise une contrebande au sein du camp, pour apporter un peu de nourriture aux hommes et femmes qui en ont besoin, pour soudoyer la capo afin de pouvoir passer des moments intimes avec Gita, pour fournir des médicaments aux malades.

Un récit très difficile à supporter, on y est confronté au sadisme des SS, à la prostitution de femmes, à la sélection et aux mutilations commises par le tristement célèbre docteur Mengele, à la torture et à tout ce que d’autres romans sur la question occultent adroitement. C’est difficile mais nécessaire, Lale qui durant toute sa vie après sa libération, s’est refusé à parler de cette période de sa vie, s’est ouvert à l’autrice.

Une peur qui explique son refus de témoigner avant cette date : celle qu’on l’accuse de collaboration avec les SS, étant celui qui tatouait les déportés. On comprendra en lisant qu’il le faisait sous surveillance, risquant bien souvent de passer par les armes.

Une curieuse impression est née dans mon esprit à cette lecture : celle d’effacer les milliers de déportés pour ne m’attacher qu’à la vie de Lale et Gita et aux quelques personnes qui gravitent autour du couple. Avec eux on tremble, on entrevoit des issues fatales à tout moment, on parvient même à sentir un peu d’humanité chez Baretzki, le SS chargé de la surveillance de Lale, et pourtant…

Les faits rapportés par Lale ont été vérifiés et comparés aux événements connus. Lale est mort en 2006 à 90 ans, trois ans après Gita.

J’ai beaucoup apprécié ce témoignage gravé dans ma mémoire à jamais