Le tatoueur d’Auschwitz
Heather Morris,
Ed Jai lu, 6/01/2021, 256 pages
En 2003, Heather Morris rencontre Lale Sokolov, afin de recueillir son témoignage, le témoignage d’un homme qui s’est juré de survivre à l’enfer concentrationnaire. Ce roman tient son originalité du fait qu’il s’agit en plus d’être un récit qui relate une fois de plus, l’indicible, place au cœur de la cruauté humaine, une belle histoire d’amour.
Lale arrive à Auschwitz en
1942. D’abord employé à construire des baraquements pour les futurs déportés,
il devient le tatoueur, l’homme qui marquera à jamais le bras de ses
semblables. C’est alors qu’on lui demande de tatouer le bras de Gita dont il
tombe amoureux, Gita qu’il verra lorsqu’il est libre, le Dimanche. Que ces
moments privilégiés avec l’élue de son cœur font du bien et apportent un peu de
douceur au récit d’un fait des plus insupportables de l’histoire de l’humanité.
Ensemble ils se jurent de se marier quand ils sortiront de ce camp. Optimisme
bien fragile, les scènes violentes se multiplient, on se demande bien souvent
comment ces deux êtres vont s’en sortir. Lale, individu profondément humain,
organise une contrebande au sein du camp, pour apporter un peu de nourriture
aux hommes et femmes qui en ont besoin, pour soudoyer la capo afin de pouvoir
passer des moments intimes avec Gita, pour fournir des médicaments aux malades.
Un récit très difficile à
supporter, on y est confronté au sadisme des SS, à la prostitution de femmes, à
la sélection et aux mutilations commises par le tristement célèbre docteur
Mengele, à la torture et à tout ce que d’autres romans sur la question
occultent adroitement. C’est difficile mais nécessaire, Lale qui durant toute
sa vie après sa libération, s’est refusé à parler de cette période de sa vie, s’est
ouvert à l’autrice.
Une peur qui explique son
refus de témoigner avant cette date : celle qu’on l’accuse de
collaboration avec les SS, étant celui qui tatouait les déportés. On comprendra
en lisant qu’il le faisait sous surveillance, risquant bien souvent de passer
par les armes.
Une curieuse impression est
née dans mon esprit à cette lecture : celle d’effacer les milliers de
déportés pour ne m’attacher qu’à la vie de Lale et Gita et aux quelques
personnes qui gravitent autour du couple. Avec eux on tremble, on entrevoit des
issues fatales à tout moment, on parvient même à sentir un peu d’humanité chez
Baretzki, le SS chargé de la surveillance de Lale, et pourtant…
Les faits rapportés par Lale
ont été vérifiés et comparés aux événements connus. Lale est mort en 2006 à 90
ans, trois ans après Gita.
J’ai beaucoup apprécié ce
témoignage gravé dans ma mémoire à jamais
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