Sainte emmerderesse
Audrey Alwett
ed Héloïse D'ormesson, 15/01/2026, 416 pages
Bienvenue à Rançon sur Seine ; paisible petit village
normand… Paisible ? oui, pendant de longues années, avant l’arrivée de
Suzanne qui achète le vieux manoir délabré qui trône en pleine campagne suite à
un gain au loto. Elle s’installe en cet endroit pour fuir une famille
envahissante et toxique. Le décor planté, on commence à croiser des individus qui
valent le détour : le paysan du coin, les chasseurs, parmi lesquels :
Ludwig, fils du maire, en froid avec son père pour les raisons que l’on
découvre peu à peu, le médecin du coin, vieillard lubrique et manipulateur, la
boulangère, raciste et homophobe, et la narratrice, Diane, écrivaine spoliée (son
histoire vaut également le détour).
Peut-être vous demandez-vous ce qui anime la joyeuse troupe composée
de Diane et de ses colocataires : le médecin qui a quitté sa femme, Ludwig et
Diane ? C’est une découverte peu banale : la tombe de Madame de
Saint-Ange dite Sainte Emmerderesse.
L’autrice ne nous laisse pas sur notre soif : le roman regorge
de renseignements sur cette saint fictive, cette dame qui vécut sous le règne du
roi soleil, protégée de Madame de Maintenon et installée dans le manoir. Pour
nous renseigner, la narratrice écrivaine se livre a de sérieuses recherches au
sujet de cette femme et nous raconte son histoire, maîtrisant son sujet et
captant le lecteur, je peux d’ailleurs affirmer que j’avais hâte de retrouver
ces passages narratifs qui racontaient l’histoire de Sainte Emmerderesse.
Mais le roman ne se résume pas à la biographie de la sainte :
Suzanne n’est pas à court d’idées, elle fait de la tombe son fonds de commerce :
le site devient lieu de pèlerinage, et la charismatique Suzanne devient
prêtresse des lieux. L’histoire de Madame de Saint Ange laissera la place à de
savoureux passages exposant des situations cocasses voire hilarantes, des
moments de colère (certains personnages, quoique caricaturaux, sont de
véritables monstres d’égoïsme, de non-compassion, de bêtise), des coups de
patte à certains aspects de notre société.
Mais le récit ne se résume pas à des scènes comiques et à
des considérations historiques, il décrit et tente de faire comprendre les
travers de nos sociétés : phénomène des sectes, problème du racisme,
société de consommation, comportement des éditeurs…
Curieusement, on se retrouve face à un roman à la fois dense
et léger, chapeau bas à cette autrice qui manie l’humour (souvent noir pour mon
bonheur) à la perfection, qui insère dans son écrit des répliques délicieuses
propre à capter l’attention des lecteurs qui se mettent à l’affût des réflexions
de Diane, écrivaine pleine d’esprit, et qui se montre capable de produire un
roman qui satisfait pleinement le besoin de suspens, l’apport culturel, et la
détente.
Une pépite que je conseille vivement.