En attendant Marky Moon
Natalie Adler
Ed Phébus, 27/08/2026, 326 pages.
Je n’aurais probablement pas placé ce roman dans ma
bibliothèque sans un coup de pouce de Babelio qui me l’a proposé au cours d’une
masse critique exceptionnelle, et cela aurait été regrettable, car ce livre
renferme des richesses insoupçonnées. Si j’ai éprouvé quelques difficultés à
entrer dans l’histoire, c’est sans doute parce que je ne me posais aucune
question concernant la communauté LGBTQIA que je ne connais pas. Mais nous
sommes en 1984, on commence à parler sérieusement du SIDA, et ce sujet m’interpelle,
car cette année-là, j’étais concernée comme tous les jeunes de mon âge, et de
surcroit, je travaillais au centre de transfusion et j’eus l’occasion de recevoir des personnes
paniquées parce que convoquées.
Il fallut attendre 1986 pour être convié à des réunions d’information dont
le but était d’exposer la vérité lever les doutes et faire taire les bruits et
idées fausses. Et c’est vraiment ce que l’on ressent à la lecture de ce livre.
Information, vécu des jeunes et ressenti nous sont livrés par Renata, une jeune
femme qui se servira d’un don qu’elle possède : la faculté de voir les
morts sur laquelle elle s’appuie pour expliquer les ravages du SIDA chez les toxicomanes
et les homosexuels (on verra que les hétérosexuels ne seront pas épargnés non plus).
C’est ainsi que Renata perdra nombre d’amis ainsi que sa mère.
Renata apparaît comme une personne équilibrée qui se montre
capable d’analyser les situations, c’est là l’intérêt de sa narration. Elle
évolue dans un milieu particulier, un milieu composé d’artistes, de gens
cultivés, de paumés parfois aussi, de gens qui cherchent un bonheur artificiel par
le biais de la drogue et de l’alcool, un milieu d’êtres humains dont on ne veut
pas dans la société new yorkaise, et l’auteur imagine un subterfuge pour
montrer comment on s’y prend pour faire évacuer les appartements.
Le côté fantastique aurait peut-être pu être plus approfondi,
si son don sert à dénoncer la discrimination et à faire valoir les droits de
tout individu, on s’attend à percevoir la détresse des morts qui ont dû faire
face à la déchéance, à la destruction de leur corps par une maladie cruelle pour
laquelle on n’avait aucun remède, mais il n’en est rien, c’est au lecteur d’imaginer
le ressenti des protagonistes omniprésents quoique morts.
Si la découverte du roman et ses premiers chapitres m’ont paru
long, j’ai ensuite jugé ce roman digne d’intérêt, chaque personnage évoluant en
portant son passé, son histoire, ses choix.
Un roman très intéressant qui vous invite dans le New York des
années 80, riche en culture littéraire comme musicale.
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