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mercredi 13 novembre 2019


L'enfant allemand










Camilla Lackberg
Ed Actes Sud, livre de poche

 Une médaille ornée d’une croix gammée, une chemise de bébé ensanglantée, une série de carnets constituant le journal intime d’une mère qui, pour Erica, est restée une inconnue jusque dans la tombe. 

Ce sont les éléments sur lesquels repose ce roman de Camilla Lackberg, roman Passionnant parce que l’on y retrouve des personnages maintenant familiers :  Erica Falck, Patrick Hedström, ses collègues et leur petite vie avec ses moments difficiles et tensions d’ordre professionnel ou conjugal, instants parfois cocasses si on pense à ce chien que Melberg se voit invité à recueillir et qu’il nommera Ernst, policier de son état et persona non grata qui apparemment n’est  plus là ( j’ai zappé quelques volumes) et que personne ne regrette. Et l’on assistera aux déambulations du policier et de ce compagnon et à l’évolution de sa vie privée. On y retrouvera un Patrick “nounou” qui est sensé être en congé de  paternité et qui ne peut s’empêcher de retrouver le contact avec ses collègues, voire avec le travail d’enquête qui s’opère à Fjällbacka.


L’intrigue est des plus prenantes : que de mystères, que de complots qui semblent être le fait de personnages qui ont grandi ensemble et dont les actions présentes prennent leur source dans le passé, dans un contexte de seconde guerre mondiale, personnages aux comportements qui amène le lecteur à se poser des questions tout au long du roman. C’est ce qui fait d’ailleurs le charme des romans de cette auteure.


Cela faisait bien longtemps que j’avais savouré un de ses titres et je suis heureuse de m’y plonger à nouveau. Comme à mon habitude, je n’ai pas été dans l’ordre et j’ai sauté quelques volumes, mais cela ne m’a pas empêché de me délecter de cette lecture après avoir redécouvert les liens entre les personnages et leur situation professionnelle ou familiale.


Le démarrage peut paraître difficile dans les romans de Camilla Lackberg, parce qu’il faut établir des connections entre les personnages du passé et leur situation dans le présent, mais une fois ces connections établies, le récit se boit comme du petit lait, et suspense oblige, en quête de vérité,  on finit par ne plus lâcher le livre. Encore un polar terminé à une heure du mat !


dimanche 10 novembre 2019



ZÉROPÉDIA

Tout sur tout et réciproquement.


FabCaro et Julien /cdm
Ed Dargaud


Cette chronique s’adresse à tout lecteur un tantinet flemmard en cette veille de 11 novembre, ou encore tout lecteur fatigué le soir et qui craint de s’endormir sur son pavé, sur son essai, ou tout lecteur tristounet qui aurait du vague à l’âme et qui aurait besoin de sourire, voire de rire, voire de" fou-rire et qui voudrait tout de même continuer à se cultiver. 


Ce livre façon bande dessinée était proposé en coup de cœur dans ma librairie préférée dans le cadre de « la fête de la science » . 


Mes yeux se sont arrêté sur le nom d’un des auteurs : Fab Caro !!! Hop ! Dans mon sac ! Et je ne le regrette pas ! 


L’ouvrage est organisé en très courts chapitres qui répondent à des questions dans le domaine scientifique. Un chapitre est égal à une planche de six vignettes. Dans chacune des vignettes, un cartouche qui contient le texte expliquant succinctement le phénomène étudié, sérieusement avec application, pour laisser la place au reste de la vignette ou évoluent des acteurs divers et variés dont les propos peuvent se montrer hilarant style Fab Caro. 


Un exemple ?  Les pluies d’animaux existe-t-elles ? On apprend que ce phénomène météorologique existe bien quoiqu’il soit rarissime, pluies de grenouilles, de petits poissons ou autre petites créatures, et les explications scientifiques ou les hypothèses quand le phénomène n’est pas complètement expliqué. Dans cette planche, parmi les explications, il y aura le transport des œufs dans le ciel à cause de l’évaporation. Le reste de la vignette montre un bulletin météo qui annonce qu’il pleuvra des animaux à Brest,  et les pluies illustrées montrent des pluies d’autruches et d’hippopotames qui se mettent sur la trajectoire d’un avion de ligne, et je décris là une seule des nombreuse situations cocasses qui reviennent tout au long du livre, et je ne parle pas des fantaisistes et délicieux dialogues. 


Du grand Fabcaro, valeur sûre ! Et quand il annonce que son travail présente tout sur tout et réciproquement, il tient ses promesses : depuis l’infrarouge et la poussée d’Archimède, en passant par l’effet Larsen et l’électricité statique, sans oublier le fugu,  les pierres mouvantes, la migration des crabes rouges… Il expose une bonne cinquantaine de sujets tous plus intéressants les uns que les autres. 


La science présentée de cette façon, j’adore et j’en redemande !


dimanche 3 novembre 2019

Pandémie


Robin Cook

Ed Albin Michel


        Quelle ne fut pas ma joie quand je reçus ce magnifique pavé, de quoi me sustenter durant quelques jours, avec un titre qui n’est pas sans rappeler le roman de Franck Thilliez que j’ai tant apprécié. 


 J’imaginais déjà des tas de morts partout avec de mystérieux inconnus qui délivraient je ne sais quel message menaçant, des courses contre la montre, des alternances de chapitres pour booster un peu le suspens… Le roman de Robin Cook commence par un topo sur CRIPR/Cas9, une molécule capable de modifier les gènes des êtres vivants, pour se retrouver dans l’ambiance de la médecine légale, sujet passionnant. Ce roman était donc prometteur, et prometteur, il l’est resté longtemps, au moins durant deux tiers du livre auquel je désirais donner toutes ses chances… Mais passés deux tiers de lecture, il n’était plus prometteur hélas. Dommage ! 


En fait le lecteur qui s’y plonge suivra les tribulations d’un médecin légiste écartelé entre sa famille qui vit des moments un peu difficiles, et de mystérieuse découvertes à l'occasion d'une autopsie,  qui pour lui, constituent une distraction pour sortir de cette l’ambiance familiale peu engageante. C’est faible comme accroche ! 


Et le mystère, il va tenter, seul au monde, de le résoudra face à une sorte de mafia médicale et financière. Une histoire qui tourne très vite au psychologique sans lequel le roman n’aurait d’intérêt que les autopsies et les apports documentaire autour du travail des légistes. 


Certaines situations revêtent un aspect bien caricatural, et notre docteur Jack Stapleton, toujours égal à lui-même, continue à manier son humour répétitif à deux balles au milieu de la pagaille, devenant bien peu crédible quand ça se gâte. 


Les personnages qu’il côtoie semblent parachutés pour les besoins du roman. Ceci étant, je n’ai pas été jusqu’à ressentir l’envie de refermer ce roman qui se lit bien. 

C’est mon premier Robin Cook, et je pense que j’en lirai au moins un autre pour me faire une idée de cet écrivain. 


jeudi 24 octobre 2019



L'outsider


Stephen King
Ed Albin Michel

J’ai passé un bon moment de lecture avec l’outsider, ce compagnon indésirable qui m’a servi ce que j’aime dans les thrillers : un policier entêté qui va au bout de ses idées, un dur-à-cuire-mais-pas-trop-tout-de-même,  avec ses doutes, ses angoisses et son incrédulité l’amenant à envisager ce qui est POSSIBLE en ce bas monde, une gaffe de première de sa part dès le début (quoique… ?), et puis surtout un beau casse-tête sur fond de critique de la société américaine pour qui, comme moi,  n’a pas trop fréquenté Stephen King, qui, je le constate, sait saupoudrer de fantastique, des histoires qui serait peut-être sans relief sans ce procédé.


Des personnages énigmatiques à souhait, et un certain suspens. Je précise bien un certain suspens, car n’étant pas une inconditionnelle de cet auteur, j’ai trouvé l’action très lente, entrecoupée de réflexions et pensées des personnages exprimant leurs doutes, leurs manies, leurs intentions… Trop de dilution tue le suspens à mon humble avis. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai des difficultés à aborder un roman de king. J’ai tenté Dumas Key et 22/11/63, j’ai trouvé que ces histoires avaient beaucoup d’intérêt, mais je n’ai pas pu terminer pour cause d’action trop lente à se mettre en place. En revanche, Mr Mercedes m’a pleinement satisfaite.


En résumé, J’aime Stephen King et je suis preneuse si vous avez des titres de romans qui privilégient l’action avec un grand A.

mardi 22 octobre 2019


Terrible vertu


Ellen Feldman
Ed du cherche midi.


Margaret Sander, célèbre en son temps   agitatrice, rebelle, dérangeante dans une société américaine du début du XXème siècle. Son caractère rebelle, sans lequel elle n'aurait pu aller au bout de ses idées et poursuivre son action, elle le doit sans nul doute à son départ dans la vie, ses souffrances, la honte qu’elle éprouva lorsque petite, toute possession pouvait lui être reprochée, on assistera à une scène importante de son enfance dès le début du récit qui montre combien elle ressentit l’humiliation.


Devenue adulte, infirmière de son état, elle constatera la misère des femmes dont le métier, une fois mariée, se limiterait à mettre au monde des enfants, sans pouvoir contester, diminuée, usées par les grossesses répétées, usées par le labeur qu'implique la charge de familles nombreuses, victimes de privations liées à des situations précaires aggravées par la présence de bouche à nourrir. Certaines mourront suite à des avortements clandestins. 


D’abord membre d’un groupe socialiste, elle défendra la cause des plus démunis, puis orientera son combat vers le droit à la contraception alors balbutiante. Bien sûr elle laissa de côté ses enfants afin de mener son combat, bien sûr son entourage fut en droit de contester, de critiquer son comportement, contestation très bien exprimée dans ce livre, par des lettres adressées à la mère, à l’épouse, à la sœur, à la maîtresse que fut cette femme.


Pour ma part, je me suis contentée de lire sans juger en me concentrant sur son parcours de militante. Quelques femmes sont connues pour avoir laissé de côté leur famille au nom de leur combat : Dolores Ibarruri envoya ses enfants en Russie pour les protéger et se sépara de son mari afin de défendre la cause féminine et lutter contre le fascisme.


Sa foi l’aidant à soulever des montagnes, Margaret Sanger quant à elle, sauva bien des vies et allégea le destin de bien des femmes. Elle mérite le qualificatif de pasionaria du contrôle des naissances. 


Cette biographie est passionnante, son auteure a su faire comprendre au lecteur, les états d’âme de cette grande dame, son acharnement, voire son entêtement, ses relations sans volonté de lendemain avec les hommes, s’autorisant le plaisir sexuel
si tabou et alors reproché aux femmes de cette époque qui osaient le montrer. Mais ce récit est encore plus que cela tant il exprime à merveille le ressenti de la grande dame. 

Bien sûr, ses idées seront sujettes à controverse, particulièrement après la deuxième guerre mondiale, alors qu'elle sera accusée d'avoir prône l'eugénisme, attaques qu'elle conteste clairement dans ce livre.


La fin est merveilleusement écrite, elle résume l’œuvre d’une vie remplie qui se termine par  la sortie triomphale d’une femme qui s’est donnée corps et âme à sa cause, et qui s'en va paisiblement entourée de ses proches,  mais également sa solitude face à un remord que je tairais afin de ne rien dévoiler. remord qu'elle emportera dans sa tombe.


J’ai beaucoup appris de cette personne à laquelle nous devons notre confort en tant que femmes aujourd’hui.


Je remercie Babélio et les éditions du cherche midi pour ce partenariat.


lundi 7 octobre 2019


Ce caillou dans ma chaussure

L'histoire de Salim
Silène Edgar
Ed Gephyre


La guerre, on en a entendu parler, on y est confrontés par nos lectures, par ouï dire, par les infos, on réalise sa cruauté par le biais d’images soigneusement sélectionnées lors des journaux télévisés, on sait qu’elle existe, quelque part… on y pense et puis on oublie… Parce qu'on ne la côtoie pas.. 


Et quand vous êtes professeur de français dans la campagne, loin du tumulte de la ville, dans un collège de province où il ne se passe pas grand-chose, et que soudain, le principal vous demande d’apprendre la langue de Molière à Salim, qui arrivé de Syrie, probablement orphelin, livré à lui-même, puis accueilli dans une famille qui peut avoir des difficultés à s’adapter à ses  pratiques religieuses, et cela se conçoit aisément, un ado qui porte en lui les horreurs vécues en Syrie, un ado qui ne parvient pas à se faire entendre, qui pleure parce qu’il ne pourra pas faire le Ramadan, parce qu’il ne peut pas manger Halal, parce qu’il veut un téléphone pour avoir des nouvelles des siens, des demandes légitimes … Que faites-vous ? Vous en rêvez la nuit, vous y pensez… souvent, très souvent, vous vous sentez impuissant, vous essayez de parlementer avec les éducateurs, les collègues, le principal… En vain…


C’est exactement ce que veut nous amener à comprendre Silène Edgar à travers ce court mais efficace récit : l’accueil d’un émigrant n’est pas chose facile, trop de vécu que l’on ne peut partager avec sa famille d’accueil, avec un professeur plein de bonne volonté qui ne sait pas quels sujets aborder sans froisser, sans blesser, sans faire pleurer... Divers thèmes sont abordés à travers l’histoire de Salim : la religion, la tolérance, la compassion, mais également le manque de moyen pour accueillir ces émigrants, des éducateurs qui n’ont pas de solution, pas de psychologues, et une bonne lourdeur administrative.

 

L’auteur soulève des questions auxquelles je n’avais pas forcément pensé, c’est la raison pour laquelle ce récit restera gravé dans ma mémoire.  Un livre à lire et à relire.


Je remercie Babélio et les éditions Gephyre pour ce partenariat

mardi 1 octobre 2019


Changer l'eau des fleurs



Valérie Perrin
Ed Albin Michel

Vaillante,

Intelligente,

Obligeante,

Lucide,

Emouvante

Tendre

Touchante

Empathique


C’est ainsi que m’apparaît ce petit bout de femme que le mauvais sort ne semble pas avoir épargné, que la vie n’a aucunement chouchoutée, qui s’est laissée porter au hasard des rencontres, par des vents favorables ou pas, déchaînant haine ou passion, digne d’amitié et attendrissante. Un personnage bien attachant qui constitue l’âme d’un roman passionnant où se croisent, et se recroisent, s’affrontent ou s’ignorent un cortège de personnages tous plus intéressants les uns que les autres, riches ou pauvres, pervers, dévoués, au verbe haut ou taiseux, au comportement trompeur , souvent pour le  lecteur qui se montre prompt à juger.


Quelle fut donc la recette de l’auteure pour parvenir à nous livrer une telle pépite ? De la psychologie, de la philosophie, du suspense qui se prolonge tout au long du récit, du drame, des amours déçues ou heureuses, voire éternelles, de l’intrigue suffisante pour exciter la curiosité du lecteur jusqu’à la fin… Mais ce savant et délicat mélange ne saurait se passer d’un levain essentiel : l’humour sous toutes ses formes, léger ou noir (n’oublions tout de même pas qu’une bonne partie du récit a pour cadre un cimetière).


Parmi les personnages que j’ai particulièrement appréciés, je citerais nos trois fossoyeurs et la comtesse aux délicieuses répliques qui apparaît trop peu à mon goût.

Oui j’ai mis du temps à le lire, peut-être parce que je l’ai dégusté, que j’ai aimé retrouver Violette chaque soir. Sans doute me suis-je rationnée : par plus de quelques pages à chaque fois pour le faire durer. A présent je me sens un peu seule, à moins qu’une prochaine pépite vienne se loger dans mon cœur de lectrice.