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mardi 24 décembre 2024

 

La femme de ménage













Freida McFadden, 

Ed City 4/01/2023, 304 pages.


Avis aux amateurs de thrillers psychologique : ne passez pas à côté de cette pépite !

J’avais un a priori avant de l’ouvrir, mais je me disais que, vu le nombre de lecteurs satisfaits, je m’y suis collée.

Mes doutes se sont dissipés dès les premières pages qui se sont rapidement tournées tant la lecture est fluide, et je me suis sentie aspirée dans cette histoire, fascinée par les personnages, dégoûtée de tant de méchanceté, apitoyée par cette jeune personne sur qui s’abat le malheur et les difficultés pour s’installer dans la vie, perplexe quant à l’honnêteté de certains protagonistes.

La romancière a savamment bâti la trame de ce roman, ne laissant rien au hasard et offrant de spectaculaires et inattendus rebondissements. La pression, inexistante au tout début, commence à monter dès les premiers instants de travail de notre Millie pour cette famille « comme il faut » et ne cesse de monter pour parvenir au paroxysme. C’est envoûtant ! Je ne devrais d’ailleurs pas m’exprimer de cette façon, cela frise le voyeurisme, mais bon, il s’agit d’une fiction.

J’ai par moment eu envie de fermer le livre pour respirer face à l’injustice et aux mensonges de Nina, l’employeuse, et face à sa paresse, son manque de respect. Mais j’avais trop envie de poursuivre et de savoir.

Un personnage me semble bien étudié pour piquer la curiosité du lecteur, personnage ambigu et énigmatique : Enzo le paysagiste qui n’aligne pas trois mots d’anglais et entretien un certain mystère que l’on a hâte de percer !

Question suspense, c’est une réussite, je pense attendre un peu et lire les tomes suivants et sans doute même les policiers médicaux écrits par Freida McFadden lorsqu’ils seront traduits.

dimanche 22 décembre 2024


Sueurs froides












Boileau-Narcejac

Ed Folio, 14/05/1999, 192 pages


En commençant cette lecture, je n’avais absolument pas fait le lien avec le film d’Hitchcock : Vertigo, au titre français identique au roman de Boileau-Narcejac. Il faudra que je revoie le film !

Dans le présent roman, on fait connaissance De Gévigne, époux inquiet de Madeleine qui montre un comportement étrange, s’absente, semble atteinte de mélancolie, qui se fige face au portrait de sa grand-mère, morte noyée. Il fait appel à Flavière, avocat chargé de la suivre et de l’observer. Commencera alors une relation entre l’avocat et Madeleine.

Le roman, bien qu’il soit très court, m’a paru ennuyeux, avec un peu d’action au début, puis des longueurs et des répétitions de scènes qui frisaient le harcèlement de la jeune femme. La fin plutôt confuse, est difficile à concevoir. On est pourtant en présent d’un suspense typique du grand cinéaste. Je pense que je reverrai le film qui passera mieux que le roman et auquel le titre de « sueurs froides » convient mieux.

J'ai tout de même apprécié le lourd mystère qui poursuit le personnage de Flavière et du lecteur, cette ambiguïté d'une femme que l'on tente de comprendre sans y parvenir.

dimanche 15 décembre 2024

 

Pars vite et reviens tard




 









Fred Vargas

Ed J'ai lu, 12/08/2006, 352 pages


L’amatrice de policiers que je suis avait un peu honte de n’avoir pas encore lu cette désormais classique œuvre de Fred Vargas. C’est fait à présent.

Je sors à la fois contente et insatisfaite : l’intrigue ? J’ai adoré, une histoire de peste me satisfaisant pleinement, un mystère merveilleusement entretenu, depuis ces lettres aux messages sibyllins qui sortent de l’urne d’un crieur de rue et que personnellement, je n’ai pris au sérieux que lorsqu’un certain Decambrais annonce à Adamsberg que c’est du lourd, jusqu’aux signes peints sur les portes d’ immeubles, en passant par la présence de puces sur les victimes de meurtre qui jalonnent le roman alors que de multiples allusions à la peste sont couchées sur le papier d’un mystérieux expéditeur. Comment alors ne pas imaginer la police en proie à la panique ?

Sauf que la police, c’est principalement le commissaire Adamsberg, d’un sang froid à tout épreuve, peu bavard bien qu’il soit capable de ripostes adéquates voire comiques pour mettre un terme aux réflexions de ses co-équipiers, se fiant à ses intuitions aujourd’hui devenue légendaires.

Il y aurait beaucoup à dire sur les nombreux personnages qui gravitent autour du commissaire : personnalités atypiques, originalité : un crieur ne se rencontre pas à tous les coins de rue en 1999, de même qu’un vieil érudit conseiller en choses de la vie, ce n’est pas banal, j’ai trouvé cela plutôt amusant.

Et puis il y a l’enquête, le difficile travail qui consista à rassembler tous les indices, c’est long ça patauge, ça ne prouve rien, c’est ce qui arrive fréquemment dans nombre de romans policiers, c’est peut-être ce qui met la réussite finale en évidence, rien à redire.

Ce qui m’a paru long, ce sont les passages sur les sentiments d’Adamsberg, sa relation avec Camille, le ressenti de Danglard, son bras droit, les mille et un détails qui  meublent les vies des protagonistes, qui possèdent, on n’en doute pas, un intérêt et sont utiles pour comprendre l’intrigue ou pour considérer l’évolution de personnages récurrents dans l’œuvre de Fred Vargas, mais ces passages m’ont donné envie de sauter des pages, il s’agit là d’un avis personnel, d’autres à ma place profiteraient certainement de ces « pauses » dans le récit pour apprécier l’écriture de cette écrivaine talentueuse.

 

La vie gourmande












Aurelia Aurita

Ed Casterman, 21/09/2022, 368 pages.


Je ne connaissais pas Hakchenda Khun dite Chenda, dite Aurélia Aurita, pseudonyme sous lequel elle écrit ses bandes dessinées.

La vie gourmande est celle que je devais lire afin de faire connaissance avec son autrice : une jeune femme d’origine Khmère et chinoise qui va se dévoiler peu à peu. On apprend d’elle qu’elle a beaucoup reçu de sa grand-mère sans doute à l’origine de son éducation culinaire, sa curiosité naturelle en faisant une gourmande heureuse de vivre et de mordre dans les aliments comme on mord dans la vie, son périple gastronomique commence alors dans le restaurant de Pierre Gagnaire où elle arrive pour se placer dans les coulisses d’un grand restaurant, y observer le travail des employés, depuis les cuisines jusqu’aux salles à manger, observant l'organisation de fourmi nécessaire à la bonne marche de l'entreprise, satisfaisant par la même occasion sa gourmandise.

Elle déclarera s’être « accrochée à la nourriture » parce que c’est le plaisir le plus accessible et immédiat lorsqu’on est affaibli par les traitements car elle apprend qu’elle est atteinte d’une tumeur au sein, tumeur atypique et délicate à soigner.

On sent tout au long de son récit, les affirmations d’un personne sincère et vraie, on ressent fortement son envie de vivre et de braver la maladie, de rester debout malgré une vie sentimentale pas toujours calme et sereine.

Les illustrations, au premier coup d’œil, peuvent paraître grossières, mais il n’en est rien : on perçoit aisément les ressentis de visages expressifs, la délicatesse des mets et de la décoration des tables, et la finesse liée à  ces traits de couleur qui apparaissent au milieu des vignettes en noir et blanc, c’est sublime !

C’est avec grand plaisir que j’ai fait un bout de chemin avec Aurélia, enchanté d’avoir fait connaissance avec elle.

 

dimanche 8 décembre 2024

 

Houris












Kamel Daoud

Ed Gallimard, 15/08/2024, 416 pages



Cette guerre, je m’en souviens comme si c’était hier. Sur mon lieu de travail, je côtoie beaucoup d’Algériens, leurs enfant se montraient agités, comme leurs parents, ils ne parvenaient pas à exprimer la violence contenue dans leur esprit, les familles n’en parlaient pas devant les enfants, mais les enfants ont un sixième sens, il voyaient bien que leur parents n’appelaient plus leur famille au pays, et que s’ils joignaient de temps à autres, un aïeul, c’était pour n’obtenir que très peu de nouvelles, le peuple se taisait, et nous enseignants, on ne prenait connaissance des exactions des islamistes que par radio interposée,  ces années furent terribles !

C’est donc pour assouvir un besoin d’information , bien des années après, que j’ai ouvert ce livre et constaté l’indicible, très bien exprimé par une jeune femme que l’on a privée de ses cordes vocales, une jeune femme enfermée dans son corps, ne témoignant que par le biais d’une canule, pas n’importe quelle canule, une canule qui gêne et qui constitue une trace des horreurs vécues par le peuple algérien, une canule à laquelle Imams et policiers  tournent le dos puisque cette guerre est plus qu’occultée et qu’il est interdit d’en parler, ce qui empêchera les familles des victimes d’obtenir reconnaissance et justice.

Aube, par sa langue intérieure, communique avec la fille qu’elle ne souhaite pas voir naître, qu’elle se refuse de voir soumise aux hommes, aux lois des imams et donc de Dieu, elle lui transmet son désir de la supprimer, ce leitmotiv ponctue le roman, et avec les noms affectueux de la mère envers sa fille, (ma Houri, ma lune, ma fillette…) confèrent à son récit une certaine ambiguïté, ambiguïté d’une mère dans l’attente, et d’une femme désirant supprimer son enfant par amour pour lui éviter les épreuves.

Si Aube évoque les événements de la décennie noire particulièrement ce qu’elle à vécu étant enfant, un autre personnage, Aïssa, déploie le livre de la guerre, attribue à chaque chiffre qu’il entend, une date et raconte les crimes des égorgeurs, et on réalise à quel point les meurtriers se sont disséminés dans une Algérie exsangue, les meurtriers, on les retrouve dans le témoignage de cette femme, jugée terroriste qui raconte son histoire à Aube.

Et Fajr (Aube) décide de retrouver sa sœur défunte là ou elle fut enterrée pour lui demander de décider du sort de l’enfant qui grandit en elle. Plus qu’un pèlerinage vers le lieu ou elle est morte, et ou elle naît une nouvelle fois, on assiste à une errance, de nouvelles épreuves au cours desquelles elle montrera son impuissance face à la domination des hommes, à la loi de Dieu, à la condition des femmes soumises.

Ce roman était indispensable pour témoigner d’une guerre qui, comme celle que nous avons connue en Europe avec toute la violence qu’elle a engendrée, devrait imposer un devoir de mémoire.

La lecture fut longue, des pauses m’ont été nécessaires pour pouvoir poursuivre ma lecture et apprécier le beau texte de Kamel Daoud. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une de mes pépites de l’année, pour ma part, ce récit marquant ne tombera pas dans l’oubli.

 

 

 

jeudi 5 décembre 2024

 

La valse des âmes













Bernard Werber

Ed Albin Michel, 25/09/2024, 624 pages



J'ai englouti pas mal de romans de Werber, un auteur que j’aime beaucoup, mais j’ai décidé de faire une impasse après avoir lu la boîte de Pandore, sur la prophétie des abeilles : erreur de ma part, je ne peux expliquer ce qui m’a attirée dans la valse des âmes sur laquelle je me suis littéralement jetée, mais j’ai vite regretté de ne pas avoir lu le tome précédent, quelques allusions à la prophétie des abeilles m’ayant donné envie de le lire. Toutefois, il est possible de lire la valse des âmes avoir lu les premiers volets du cycle de Pandore.

On peut considérer l’auteur comme un fantaisiste, et fantaisiste, il l’est par certains aspects de son récit : il imagine des personnages qui hypnotisent où pratiquent bien facilement l’autohypnose, sans doute pour les besoins du roman qui repose sur cette pratique, il invente un au-delà  parmi les étoiles, près de personnages défunts certes, et devenus purs esprits, bien qu’ayant besoin de soigner leur look, tout devient donc possible : un ange qui choisit un jean et un T-shirt, un autre qui adopte une forme d’ange conventionnelle et respectueuse des images que nous nous faisons de ces êtres éthérés. Personnellement, je m’en suis beaucoup amusée et à plusieurs reprises, j’ai considéré que je devais m’adapter à son récit malgré les invraisemblances si je voulais y prendre du plaisir.

Ce roman n’est toutefois pas un écrit uniquement divertissant, quand on connaît Bernard Werber, on sait qu’il se documente : dans les thanatonautes, on retrouve un certain nombre de récits mythologiques, de légendes concernant la mort et ce que l’on en connaît, il n’a pas complètement imaginé cet au-delà dont il parle, ni le devenir des âmes, ni la réincarnation. S’il nous offre de tels pavés, c’est que quelques spécialistes lui ont fourni une précieuse aide : médiums, responsables religieux, particulièrement bouddhistes et hindouistes (le professeur Ganesh Kapoor sera une précieuse source de renseignement pour Eugénie notre héroïne.)

Question suspense, on est servi, des remontées dans les vies antérieures qui s’interrompent, et qui reprendront plus tard, des appels de l’hôpital concernant l’état de la maman d’Eugénie, une quête de la part de notre jeune étudiante suite à la mission que lui confie sa mère mourante, mission qui paraît difficilement réalisable…

Quant à l’ambiance générale, et les nouvelles qui arrivent du monde entier via les bulletins d’information, c’est vraiment ressemblant à ce que l’on peut entendre dans la réalité. Deux mondes semblent bien s’opposer : celui de la lumière et celui de l’ombre qui prend le dessus, c’est peu réjouissant. Aussi, l’auteur nous invite -t-il à réfléchir sur notre condition d’humain, sur nos décisions, sur la façon d’œuvrer pour le bien commun et d’élever notre âme, un vrai sujet de réflexion !

Finalement je vais peut-être me plonger dans la prophétie des abeilles et sans doute le dévorer.

 

lundi 25 novembre 2024

Chanson douce












Leïla Slimani 

18/08/2016, 256 pages


J’ai souvent des difficultés à entrer dans un roman, le temps de faire connaissance des personnages, de les cerner, de situer les lieux du récit Je dois dire que ce livre, je m’y suis trouvée précipitée et enfermée jusqu’à ce qu’un dénouement me libère.

On se trouve confronté dès les premières pages à l’horreur, à l’indicible, on nage dans une mer d ’incompréhension se demandant qui est ce bourreau capable de s’attaquer à des enfants. Cet épisode sanglant place également le lecteur en contact avec une mère qui n’est plus que douleur. On cherche alors à trouver des explications en poursuivant la lecture, en cherchant au sein des paragraphes, des phrases, des mots, des indices permettant de justifier le comportement de la meurtrière.

L’autrice communique alors un portrait Louise, cette nounou d’exception, cordon bleu, femme de ménage d’expérience, sachant s’occuper d’enfant, une professionnelle… Peut-être un peu trop professionnelle pour être vraie, une professionnelle à côté de laquelle la mère fait figure de piètre éducatrice, donnant une impression de baisser les bras.

Ce texte réclame une lecture attentive, car il fournit de précieux renseignements bien dissimulés au cœur des chapitres, et un brin de psychologie, particulièrement au début pour décrypter le comportement de Louise, expliquer certaines de ses décisions, comprendre ses choix.

Louise arrive de nulle part, a dû se battre avec la vie qui ne l’a pas épargnée, côtoie des familles en mesure de l’engager, le contraste est saisissant. Louise s’incruste, vampirise, prend possession des lieux, s’immisce dans la vie de cette famille. Cela suffit-il à expliquer son geste ? Leïla Slimani se garde bien de répondre à cette question, laissant aux lecteurs le soin de décider.

Si j’ai apprécié ce roman, je suis toutefois restée sur ma faim, me demandant ce qui, dans la vie de Louise, cette femme Lambda, pouvait expliquer son acte, rien sur ce qui l’a amenée à se livrer à cette tuerie, pas d’évolution très marquée dans le texte, pas de montée de violence qui peut faire craindre le pire. Un écrit sans vraiment de relief à part quelques scènes qui peuvent mettre le lecteur sur la voie.

Si le début est marquant, la suite ne me laissera pas un souvenir impérissable.

dimanche 17 novembre 2024

 

Après la rafle

 




Arnaud Delalande - Laurent Bidot

Evec Joseph Weismann

Ed les arène BD, 19/01/2022, 120 pages



La seconde guerre mondiale est un sujet très vaste et la littérature fournit de quoi se documenter sur ses divers aspects. L’histoire découverte dans cette bande dessinée m’a permis de découvrir ce que fut en premier lieu, la rafle du Vel d’hiv, ce que devinrent les personnes parquées en cet endroit rendu sordide en raison de l’entassement des familles, et le courage d’un enfant qui dut lutter pour s’en sortir.

Colère souvent, amusement parfois, tristesse extrême, admiration, c’est ce que j’ai pu ressentir en tournant les pages et en découvrant l’inacceptable, celui que les français avaient accepté, par peur, par ignorance, par acceptation des idées diffusées par une propagande active de la part des gouvernements, on le ressent parfaitement en lisant et en observant chaque vignette montrant des illustrations parfaites et criantes de vérité. On ne peut ressentir que de la révolte en observant les scènes se déroulant dans le vélodrome et l’accueil fait aux familles à Beaune la Rolande et beaucoup d’empathie en assistant à la séparation des parents et des enfants, sachant que les parents partent pour ne jamais revenir.

Joseph Weismann, alors âgé de 11 ans, parvient avec l’aide de Joseph Kogan, à s’évader du camp, bien des années plus tard, alors qu’il entreprend un voyage aux Etats-Unis, qu’il livrera ses souvenir aux lecteurs, qu’il racontera ses rencontres avec des personnes qui l’ont aidé et d’autres qui ont cherché à nuire, parcours courageux d’un enfant décidé à survivre.

Joseph Weismann, encouragé par Simone Veil a continué à témoigner afin que plus jamais, « on n’accepte l’inacceptable »

Je salue le magnifique travail qui a abouti à cette bande dessinée, des illustrations qui rendent compte de la détresse des personnes, des dialogues édifiants, un ouvrage que l’on ne peut oublier.

 

 

Le ver à soie

 











R Galbraith

Ed Grasset, 15/10/2014, 576 pages


J’avais envie de lire un roman qui se passe à Londres, une ville que j’aime beaucoup. J’avais lu le premier tome de la série Cormoran strike, l’appel du coucou, et j’en étais sortie mitigée, je m’étais promis de ne pas rester sur cette impression, c’est donc tout naturellement que je me suis dirigée vers le deuxième tome.

La lecture fut beaucoup plus aisée et moins laborieuse, j’avais trouvé le premier tome bien long, sans doute parce que je devais faire connaissance avec les personnages. Dans ce tome, les personnages ne me sont plus inconnus, et j’ai eu beaucoup de plaisir à les voir évoluer, à découvrir leurs sentiments, un Cormoran Strike qui paraît de marbre et qui révèle son côté tendre, un personnage persévérant dont la maladresse occasionnelle est rattrapée par sa fidèle Robin dont on découvrira de nouvelles qualités qui n’apparaissaient pas dans le précédent roman.

Le crime, le lecteur devra l’attendre car on se retrouve confronté dès le début, en plus d’affaires courantes pour un détective, à une disparition, celle d’Owen Quine, écrivain de son état, une disparition signalée par son épouse qui affirme qu’il disparaît souvent et finit par revenir, raison pour laquelle elle refuse d’alerter Scotland Yard.

Cormoran Strike, n’écoutant que son intuition se lance dans une enquête, nous promenant de pub en pub, de squares en rues londoniennes, dans le milieu de l’édition et des écrivains travaillant d’arrache-pied pour oublier les souffrances occasionnées par sa prothèse, l’amertume engendrée par la perte de l’être aimé, et ses convictions concernant la disparition de l’écrivain.

Si cette lecture m’a paru moins longue, je dois reconnaître que sur un roman de plus de cinq cent pages, on avance lentement, la première partie avant le premier et pratiquement unique rebondissement important ne vient pas vite, dans la deuxième partie, l’enquête patauge énormément, pas le plus petit indice, pas de témoignage permettant de guider nos héros vers un début de résolution, cela devient un peu lassant, d’autant plus que le crime perpétré est sordide, même Jack l’éventreur n’aurait pas fait mieux ! On a donc envie de connaître l’individu capable de telles horreurs.

Ces longueurs ne m’empêcheront pas de me lancer dans le tome 3, curieuse de savoir ce que deviendra ce couple formé par Strike et son assistante, deux être aux situations amoureuses pas toujours calme et sereine. Je n’ai pu que m’y attacher.

 

 

Les âmes  féroces












Marie Vingtras

Ed de l'Olivier, 19/08/2024, 272 pages


Je n’avais pas conscience de me retrouver aux Etats-Unis en commençant la lecture de ce roman, mais le terme de « shérif » m’a interpellée. J’ai alors cherché d’autres indices me permettant de vraiment réaliser que l’histoire se déroulait à Mercy, une petite ville de quatre mille âmes du continent américain, la lecture m’y a aidée.

Dans cette petite ville donc, il ne semble, d’après les déclarations de notre shérif, il ne se passe rien. La population semble bien vivre en bonne entente, le calme être de mise. Mais méfions-nous de l’eau qui dort ! Un cadavre est découvert, celui d’une jeune fille, Léo, que tous connaissaient, la gangrène s’installe, ce meurtre sera l’occasion d’approfondir les connaissances de cette population.

Comme le précise l’autrice, il ne s’agit pas d’un roman policier, la mort ne sera que le prétexte pour s’immiscer dans la vie des habitants. Maris Vingtras précise même que Léo aurait plus être découverte à la fin, et constituer l’aboutissement du roman et la conséquence des comportements. Elle nous invite à lire pour comprendre les faits. Comme pour épauler le lecteur, elle livre un roman choral qu’elle divise en quatre saisons attribuée à chacun des personnages.

Le printemps est attribué à notre shérif et donnera au lecteur un avant-goût de roman policier : un corps découvert, un shérif qui commence une enquête, mais la problématique est autre : la policière est lesbienne et laisse entendre une certaine intolérance de la part de quelques âmes peu tolérantes, prête à galvaniser la population par quelque action propre à nuire à sa future réélection en tant que shérif. Tout en menant ses investigations, elle raconte son histoire, celle de sa famille, celle de Mercy, introduit les personnages qui prendront la parole lors des saisons suivantes, ce qui permet de les situer.

Puis vient le témoignage du personnage suivant : le professeur de lettres, dont la présence dans cette région isolée pose question, un homme cultivé, à même d’écrire des romans qui pouvait faire preuve de plus d’ambition, mais le shérif a déjà posé des balises, et le récit de cet homme sera digne d’intérêt.

A l’automne, correspond le récit d’Emmy, meilleure amie de Léo, le style change, la façon de s’exprimer n’est plus la même, Elle fera référence aux agissements du professeur et expliquera certains points obscurs qui mettront le lecteur sur la voie, sans toutefois amener de dénouement.

Et vient l’hiver et les déclarations de Seth, père de Léo dans un passage intéressant dans lequel il apporte un point de vue sur ce qui a été affirmé lors des précédentes saisons.

Alors ? que déduire de ces témoignages ? que cette petite ville ou rien ne se passe n’est pas une enclave paisible en Amérique, la criminalité y existe, le petit bled sympa où chacun évolue en bonne entente deviendra rapidement un panier de crabes.

Bravo à l’Autrice pour avoir su user de parcimonie pour semer les petits cailloux (cf déclaration de Marie Vingtras) qui permettent de connaître la face cachée de cet endroit apparemment sans histoire.

Mercy signifie miséricorde, et c’est bien le dernier endroit où l’on penserait voir évoluer des âmes féroces !

 

 

 

 

 

 

 

dimanche 3 novembre 2024

 

Un crime sans importance







J






Irène Frain

Ed Points, 20/08/2020, 256 pages



Je m’attendais à un roman à l’écriture classique, avec un meurtre et la recherche d’un coupable, mais ce ne fut aucunement le cas, le début ressemble à un rapport de police qui précise les lieux, le modus operandi et présente brièvement la victime. Puis l’on arrive à l’enterrement au cours duquel on fait connaissance du personnage principal, la sœur de la victime, la narratrice, qui apporte des renseignements précis sur la défunte, sur sa vie, sur ses relations avec cette sœur aînée, sur la famille, persévérant dans sa recherche de la vérité, et surtout, justifiant cette persévérance par des passages qui soulèvent les conséquences d’un meurtre non élucidé.

Le ressenti de cette sœur, il faut le capter en lisant attentivement ce long texte dépourvu de dialogue, on y ressent l’agacement face à la lourdeur administrative lorsqu’elle prend contact avec l’avocat qui tel un leitmotiv dans le roman, affirme que l’on attend toujours le rapport d’enquête, le peu d’empathie des interlocuteurs, l’attente constante qui mènera l’héroïne à effectuer elle-même les recherches permettant de démasquer le coupable, l’importance devoir aboutir les recherches pour que puisse commencer un travail de deuil.

Ce roman ressemble plus à un essai et une réflexion sur la vie, la mort et la perte d’une proche et sur le fait qu’aucun crime ne devrait être qualifié de « sans importance »

Un écrit très riche en enseignement.


Le dahlia noir

 











J Ellroy

Ed Rivage noir, 1/09/1987



Bienvenue en Californie, région de rêve, du moins le croit-on… Ellroy nous la décrit d’une toute autre façon :  la contrée où affluent les jeunes femmes dont le grand projet est de faire carrière dans le cinéma, dans ce domaine ou l’on compte beaucoup d’appelés et bien peu d’élus, la contrée ou l’on peut se faire une place au soleil, où la vie semble si facile… Hélas… l’écrivain nous montrera le côté obscur de ce pays de rêve : celui de la pègre, de la prostitution, de la corruption, de la violence.

Après avoir planté un décor peu attirant étant donné que l’on se retrouve dans le milieu de la police, dans les années d’après-guerre, l’auteur nous présente un duo de frères ennemis qui devront s’affronter au cours d’un match de boxe dont le profit contribuera à améliorer les services de police. On observera durant tout le récit, le parcours de Bleicher, ex-boxeur devenu policier, au gré de ses changements de poste, de ses amours tumultueuses, de ses accès de violence, de ses doutes, de ses manigances, de ses décisions issues de maints rebondissements dans l’affaire qui nous préoccupe : la torture plus que probable et la mise à mort de Betty Short, dite « le Dahlia noir » affaire qui défraie la chronique et oblige les services de police à déployer les moyens conséquents pour voir aboutir les investigations.

Un classique que je ne regrette pas d’avoir lu, toutefois, ce roman m’a permis d’explorer un monde qui n’est pas le mien, des personnages que j’ai parfois eu des difficultés à comprendre. J’aime les thrillers, toutefois dans ce que j’ai l’habitude de lire, il y a une proportion de personnes ayant de l’empathie, des aides, des héros de bonne volonté, pas toujours tendres, certes, mais se situant plutôt du bon côté de la force… Avec ce livre, j’ai eu l’impression que le monde entier était pourri et malade, il ne me reste que le côté glauque : les scènes de torture pas très réglos, du chantage, la loi du plus fort, les règlements de compte.

Je reconnais que je n’ai pas su prendre cet écrit comme un manière pour l’auteur, d’évacuer des violences vécues dans l’enfance, que je me suis collée au récit et n’ai pu prendre du recul, l’extrême violence m’en empêchant sans doute, je me suis également sentie perturbée dans la lecture par cette confusion entre certaines affaires qui se mêlaient sans que l’on puisse vraiment établir de rapport entre le crime qui préoccupe la police et ces affaires. Je pourrais même affirmer que certains passages échappaient totalement à ma compréhension : affaires internes aux services de polices, mutation, découvertes du héros qui induisent un changement de cap, peut-être ai-je trop lu en diagonale, ce roman qui m’a fait sortir de ma zone de confort !

Je maintiens toutefois que je suis contente d’être parvenue à la fin !

 

Un aspect m’a fait sourire : on a fait couler de l’encre au sujet du célèbre roman d’Agatha Christie, que pour employer un langage correct désormais, nous devons intituler « Ils étaient dix » cela m’a toujours fait agacée et fait rire à la fois et après lecture du dahlia noir, je me dis que ce sont des passages entiers que l’on pourrait retraduire si on souhaite aller au bout de cette idée tant le langage à l’égard des émigrés est fleuri.

 


vendredi 25 octobre 2024

 

L’orange de Noël











Michel Peyramaure, 

Ed Pocket, 1982, 298 pages


Cette histoire se passe dans le village de St Roch, à proximité de Brive-la Gaillarde dans le Périgord.  Elle nous est contée par Malvina Delpeuch, la vagabonde qui pour les habitants de cette bourgade, passe pour une demeurée incapable d’apprendre à lire. Le village accueille Cécile Brunie, une nouvelle institutrice qui occupera le poste vacant de l’école publique, mais la séparation de l’église et de l’état étant récente, l’accueil qui lui est réservé est plus que frais : pour une bonne partie de la population, elle est le diable en personne, affirmation entretenue par le redoutable abbé Brissaud qui, non content d’encourager ses ouailles à la haine, se servira de ses fidèles pour nuire à la jeune enseignante.

Cécile devra donc « faire ses preuves » et se fixe un objectif : amener Malvina au certificat d’étude, elle qui ne sait ni lire ni écrire ni calculer. Elle progressera sur un chemin semé d’embûches et s’affirmer malgré l’hostilité ambiante.

De ce roman, j’ai aimé bien des aspects : cette histoire d’une amitié parfois houleuse entre une fillette que l’on verra grandir et une femme d’âge mur qui lui sera dévouée, cette action au sein du terroir, la description d’un milieu pauvre constitué de familles paysannes, les méthodes scolaires de ce début de siècle, qui parfois peuvent faire sourire, notamment les problèmes proposés au certificat d’étude et leur cortège de règles de trois, énoncés bien complexes et bien loin des préoccupations des enfants, l’assurance de l’enseignante qui fait preuve de logique, de savoir,  et se montre capable de résoudre toute situation délicate de la vie courante et d’argumenter en toutes circonstances.

J’avais déjà lu ce roman il y a bien longtemps et il ne m’en restait qu’un souvenir agréable, il est rare que je relise un livre, mais je suis enchantée d’avoir redécouvert ce récit si bien écrit par Michel Peyramaure, et qui fera partie de mes coups de cœur de cette année, J’ai très envie à présent de voir le film.

Si vous aimez la littérature régionale, n’hésitez pas à déguster cette orange de Noël.

mercredi 23 octobre 2024

Incendie blanc











Antoine Catel

Ed CALMAN LEVY, 4/01/23, 162 pages


En commençant à lire, je me suis dit : « voici un drôle de roman… et j’ai abandonné, puis invitée à insister par quelque lectrice en qui j’ai confiance, je me suis remise à cette lecture, sans abandonner cette fois. j’y ai fait connaissance de l’auteur, un personnage effacé comme la plupart des autres personnages, d’une des petites sœurs qu’il appelle « notre Sophie », comme pour signifier son attachement et son appartenance à un clan, et dont on ne saura rien, de Francis, un frère inexistant dans ce récit, et de la petite sœur, cette petite sœur portée aux nues, idéalisée, et dont la relation avec l’auteur est fusionnelle.

Et l’on fait ample connaissance de cette petite sœur dont on ne connaît pas le prénom : petite sœur intelligente, belle, promenée au gré des voyages des parents, qui devra surmonter des épreuves familiales, qui trouvera la force de vivre et d’agir de trace de cocaïne en trace de cocaïne, sans que l’on ressente vraiment dans le récit les effets néfastes de la drogue.

Les chapitres relatant sa vie sont présentés en alternance avec de très courts chapitre racontant sa mort, exprimant le ressenti de l’auteur, son impossible deuil, c’est dans ces passages que l’on ressentira les sentiments qui naissent de cette mort.

C’est donc l’histoire d’un amour fou, d’un amour qui efface tout autre sentiment envers l’entourage, l’histoire d’une famille désunie, d’une enfant « trait d’union » entre chaque membre, une enfant qui chercha son bonheur là où elle ne le trouverait pas.

Ce roman, malheureusement, je l’ai lu sans état d’âme et avec une certaine culpabilité face à ce sujet grave, je n’ai pu m’attacher ni à la petite sœur, trop lointaine, trop inaccessible, ni au grand frère confondu avec sa sœur, ni aux autres personnages qui passent et repassent trop furtivement, ni même à l’histoire dont on connaît l’issue. Je reconnais toutefois que l’écriture de ce roman est majestueuse et ciselée et offre de nombreux passages magnifiques.

lundi 21 octobre 2024

 

L’enfant rivière












Isabelle Amonou,

Ed Dalva, 5/01/2023, 304 pages


Si le roman débute par la description d’une situation plutôt angoissante, une inquiétude liée au réchauffement dans un pays proche de la calotte glaciaire et bien placé pour avoir à gérer les crues du St Laurent, ce qui apporte un élément de plus à cette dystopie, les difficultés vécues par la population  sont d’une toute autre nature que je tairais afin de ne pas divulgâcher, il faut juste savoir que le lecteur aura deux centres d’intérêt : la situation globale dans une région en détresse, et la perte de Nathan, disparu à l’âge de quatre ans par une mère que ne peut parvenir à faire le deuil.

L’héroïne zoé, se révèle être un personnage très intéressant : descendante des algonquins par sa mère, et bien que reniant cette origine, elle possède les qualités d’une femme élevée en pleine nature, chasseuse, sachant apprivoiser le terrain quel qu’il soit, capable de manier les armes avec dextérité, contrairement à ce mari de retour après quelques années passée en France, revenu à l’occasion de l’enterrement de son propre père.

Bien que riche en informations en tous genres : origine de Zoé, alcoolisme d’une mère algonquine qui dut renier sa culture et oublier sa langue, présence massive de migrants dans le pays, tensions du couple avant la séparation, enfance difficile de l’héroïne liée à des difficultés de communication avec le père, L’ensemble du roman m’a tout de même paru long : beaucoup de dilution qui rend la lecture interminable. Quelques scènes cependant, ont retenu mon attention, scènes parfois violentes.

Mon conseil de lecture : bien lire les passages décrivant les relations entre les personnages ainsi que le portrait moral de ces personnages, cela peut aider à comprendre beaucoup en ce qui concerne la disparition de l’enfant.

De ce roman il me restera l’essentiel, je ne regrette donc pas de l’avoir découvert.

jeudi 17 octobre 2024

 

Les gratitudes











Delphine de Vigan

Ed JC Lattès, 6/03/2019, 192 pages, 



Ce merveilleux roman m’a happée dès les premières lignes, d’abord parce qu’il introduit dès le départ la notion de « gratitude », ensuite parce que je me suis très rapidement attachée à cette charmante personne, Michka que l’on a envie de protéger, d’aider, qui, malgré ses difficultés de communication, transmet son ressenti par le canal du « non-dit » ainsi que par les opinions qu’elle partage en toute discrétion. Petite violette discrète au milieu des herbes hautes, elle nous amène à faire plus ample connaissance de Marie, sa voisine, de Jérôme, orthophoniste.

Les personnages posés, on se retrouve confronté à des situations que nous avons connues ou que nous connaîtrons : la difficulté de se voir vieillir, de perdre sa mémoire, et dans le cas de Michka, ses mots, une difficulté de restitution des idées malgré une tête encore pensante capable de lire le Monde, capable d’évaluer les épreuves subies par son entourage. Et puis vient l’épreuve du placement en maison de retraite qui ne peut laisser indifférent : savoir que la personne va devoir abandonner son milieu de vie, son confort, devoir faire des concessions, accepter de partager sa vie avec des personnes qui lui sont étrangères, tout recommencer à un âge ou on ne devrait pas avoir à s’adapter à nouveau…

Le tout repose sur un lit de gratitudes, comme le dit si bien Delphine de Vigan, car chaque personnage dans cette histoire, réalise le devoir qui est le sien : la reconnaissance : reconnaissance de Marie, à qui Michka a autrefois tendu la main, reconnaissance de Jérôme à l'égard de Michka  qui lui suggère d'exprimer ses regrets, reconnaissance de Michka  à la recherche de son passé et épaulée par Marie et Jérôme.

Un beau roman où se côtoient, douceur et violence, bonheur et amertume sur fond d’une belle délicatesse.

Je regrette de n’avoir pas fait plus vite cette magnifique découverte !