Les enracinés
Claire Norton
Ed Robert Laffont, 13/08/2026, 418 pages
J’ai abordé ce roman, parce
que je ne doutais pas qu’il contienne quelques-unes de mes racines, malgré une
certaine peur du cliché facile dans ce genre de récit. Le personnage principal,
nommé dans la quatrième de couverture, Marie Guilloux, un nom breton classique,
générait ma crainte, mais les premières pages m’ont rassurées. On entre dans l’histoire
de ces paysans dès le début, en constatant le travail de forçat de chacun des membres
de la famille. Ce dur labeur, j’ai l’impression de connaître grâce à mes
parents qui étaient originaires d’une région de Bretagne ayant de grandes
similitudes avec la contrée décrite dans ce roman, une région au parlé mitigé
entre gallo et breton, un pays au milieu des terres. J’ai donc entendu bien des
fois raconter le travail de la terre.
Le récit commence par un drame :
l’accident qui survient alors que le cheval tire la charrette rendue trop
lourde de javelles que l’on amasse au moment de la moisson et qui verse alors
que la mère de famille, Katell, se trouve au mauvais endroit. Elle mourra suite
à cet accident, ce qui marque le véritable départ de la saga. Sa fille, Marie,
âgée de seize ans, devra prendre le relais, cuisine, entretien du potager,
nettoyage des espaces dédiés aux animaux, potager, lessive, couture, pour se
réfugier le soir, dans son lit clos.
La société décrite dans ces
premiers chapitres est un groupe humain fermé, qui fonctionne avec ses règles,
ses usages et que nul ne saurait contester, chacun enraciné dans la coutume. Que
de femmes, depuis la nuit des temps, se soumettent sans avoir même l’idée de voir
leur situation évoluer, se marient bon gré, mal gré, formatées dès l’enfance. Et
Marie Guilloux, élevée au milieu d’une famille de garçons, par un père dont on
ne saurait contester l’autorité, côtoyant Rozenn, sa grand-mère, une femme
aimante et soumise, n’échappe pas à la règle. Mais les temps sont amenés à
changer :
Nous sommes en 1912, le
service militaire passe de deux à trois ans, on connaît d’avance le sort des
garçons du village. Parmi eux, Louis, fils du notable du coin et propriétaire
des terres, confie à Marie, des livres. Marie se découvre une passion pour la
lecture, qui dit lecture, dit idées, pensées… Marie deviendra une héroïne
active, guerre oblige…
Ce récit, donc, entre dans la
grande famille de ces romans qui montrent combien les femmes ont été capables d’organisation,
de volonté et d’initiative, lorsque les hommes étaient absents.
Malheureusement, il a fallu des guerres pour que soit reconnue leur action et
leur efficacité, et pour faire reconnaître leur droit à la liberté. C’est ainsi
qu’est né le mouvement féministe espagnol, notamment.
Ce roman, je l’ai dévoré !
J’ai tout apprécié : la communauté décrite, les personnages dans leur
diversité, les événements, et j’ai vraiment hâte de voir sortir le tome
suivant.
Question histoire, pas de
surprise, la première guerre mondiale, on connaît, mais les protagonistes nous
emmènent malgré tout dans les méandres des tranchées, nous communiquent leur ressenti,
nous font trembler, pleurer ou nous révolter.
Cette mini saga fera partie
des mes gros coups de cœur.
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