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jeudi 24 septembre 2026

 Les enracinés












Claire Norton

Ed Robert Laffont, 13/08/2026, 418 pages


J’ai abordé ce roman, parce que je ne doutais pas qu’il contienne quelques-unes de mes racines, malgré une certaine peur du cliché facile dans ce genre de récit. Le personnage principal, nommé dans la quatrième de couverture, Marie Guilloux, un nom breton classique, générait ma crainte, mais les premières pages m’ont rassurées. On entre dans l’histoire de ces paysans dès le début, en constatant le travail de forçat de chacun des membres de la famille. Ce dur labeur, j’ai l’impression de connaître grâce à mes parents qui étaient originaires d’une région de Bretagne ayant de grandes similitudes avec la contrée décrite dans ce roman, une région au parlé mitigé entre gallo et breton, un pays au milieu des terres. J’ai donc entendu bien des fois raconter le travail de la terre.

Le récit commence par un drame : l’accident qui survient alors que le cheval tire la charrette rendue trop lourde de javelles que l’on amasse au moment de la moisson et qui verse alors que la mère de famille, Katell, se trouve au mauvais endroit. Elle mourra suite à cet accident, ce qui marque le véritable départ de la saga. Sa fille, Marie, âgée de seize ans, devra prendre le relais, cuisine, entretien du potager, nettoyage des espaces dédiés aux animaux, potager, lessive, couture, pour se réfugier le soir, dans son lit clos.

La société décrite dans ces premiers chapitres est un groupe humain fermé, qui fonctionne avec ses règles, ses usages et que nul ne saurait contester, chacun enraciné dans la coutume. Que de femmes, depuis la nuit des temps, se soumettent sans avoir même l’idée de voir leur situation évoluer, se marient bon gré, mal gré, formatées dès l’enfance. Et Marie Guilloux, élevée au milieu d’une famille de garçons, par un père dont on ne saurait contester l’autorité, côtoyant Rozenn, sa grand-mère, une femme aimante et soumise, n’échappe pas à la règle. Mais les temps sont amenés à changer :

Nous sommes en 1912, le service militaire passe de deux à trois ans, on connaît d’avance le sort des garçons du village. Parmi eux, Louis, fils du notable du coin et propriétaire des terres, confie à Marie, des livres. Marie se découvre une passion pour la lecture, qui dit lecture, dit idées, pensées… Marie deviendra une héroïne active, guerre oblige…

Ce récit, donc, entre dans la grande famille de ces romans qui montrent combien les femmes ont été capables d’organisation, de volonté et d’initiative, lorsque les hommes étaient absents. Malheureusement, il a fallu des guerres pour que soit reconnue leur action et leur efficacité, et pour faire reconnaître leur droit à la liberté. C’est ainsi qu’est né le mouvement féministe espagnol, notamment.

Ce roman, je l’ai dévoré ! J’ai tout apprécié : la communauté décrite, les personnages dans leur diversité, les événements, et j’ai vraiment hâte de voir sortir le tome suivant.

Question histoire, pas de surprise, la première guerre mondiale, on connaît, mais les protagonistes nous emmènent malgré tout dans les méandres des tranchées, nous communiquent leur ressenti, nous font trembler, pleurer ou nous révolter.

Cette mini saga fera partie des mes gros coups de cœur.

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