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mardi 10 août 2021

La légende de la mort

D'après l'œuvre d'Anatole Le Braz












Ch Babonneau

Ed Soleil Celtic


Très beau récit graphique ou l’ambiance n’est pas laissée de côté. L’ensemble de l’album est dessiné en sépia, ce qui donne un effet vieilli et contribue à  bien imaginer des légendes qui prennent leur source dans la nuit des temps.

Ces légendes me parlent d’autant plus que petite, originaire de Haute Bretagne, dans une région qui touchait le territoire de Basse-Bretagne, j’ai entendu des récits autour de la mort, histoires invraisemblables, de celles que l’on racontait autour du feu durant les veillées. Récits qui servaient certainement à signaler les interdits et à faire en sorte que l’on n’enfreigne pas les règles de conduite dictées tant par l’Eglise que par le savoir populaire.

Ce livre, tome 3 d’une série qui reprend les légendes de la mort d’Anatole Le Braz, comporte trois légendes narrées sous forme de cartouche et ne faisant que très peu parler les personnages.

La première histoire, parfois ambiguë, raconte le retour de la défunte Marie-Jeanne, morte en couches et qui vient perturber les nuit de Per, son époux Ce dernier demande l’aide du prêtre qui semble-t-il, par quelque pratique d’exorcisme, prend le dessus sur l’esprit malfaisant qu’est devenu cette âme errante.  

La deuxième légende raconte les agissement d’âmes qui attendent leur départ pour l’au-delà.

La troisième prévient contre tout sacrilège puisqu’il y est question d’un marin venu mourir sur les côtes du Trégor, et que l’on enterre dans le sable en prenant soin de l’inhumer avec l’anneau d’or qu’il porte au doigt.

Fascinante Bretagne et son cortège de légendes, de magie et d’intersignes. Légendes que j’aime pour l’effet qu’elles produisent et l’ambiance qu’elle créent, et les sentiments qu’elles génèrent : surprise teintée de peur voire d’angoisse, on en redemande.

Bravo à l’illustrateur pour ces magnifiques planches.

dimanche 8 août 2021

 Le songe d'une nuit d'été












William Shakespeare



Curieuse pièce de Shakespeare qui osa présenter en 1600, une comédie où se mêlaient théâtre antique, personnages populaires et conte. Et pour la partie « antique », il semble bien avoir emprunté des noms de héros de la mythologie grecque, et pour ma part, je n’ai pu m’empêcher d’aller vérifier l’origine de ces personnages pour me rappeler que le célèbre Thésée qui combattit le minotaure est le fils d’Egée et le roi d’Athènes et non duc, marié à Hyppolite dans la pièce, fut bien reine des amazones. Lysandre, lui, fut un général spartiate, quant à Démétrius, il ne fait pas partie de la mythologie grecque puisqu’il fut l’accusateur de Paul de Tarse. Emprunt donc à l’histoire, ce qui ne manqua certainement pas de troubler le public, mais qu’importe, on comprend vite que cela n’a aucune importance dans la pièce.

Le roi des fées et son peuple viennent créer une rupture dans cette pièce qui commence par une intrigue des plus classiques, un duc demande à Hermia, fille d’Egée, de choisir entre le mariage avec Démétrius qu’elle n’aime pas, le cloître où elle vivra recluse pour le restant de ses jours, où la mort.

Mais elle aime Lysandre et il l’aime, d’un amour pur. Le couple décidera de fuir et trouvera refuge dans la forêt ou interviendront le roi et la reine des fée, Oberon et Titania, en désaccord car Oberon veut faire un page d’un enfant recueilli par Titania. On entre alors dans la partie magique de l’histoire, les épreuves subies par les héros, l’affrontement entre les deux amants qui, par magie, tombent amoureux d’Hélène, scène où l’écrivain sert au public, un bon quiproquo œuvre combinée d’oberon et de Puck, lutin facétieux et taquin.

Shakespeare ne manque pas d’y joindre une bonne dose d’humour qui transformera la pièce en farce : Titania, reine des fée y tombera amoureuse de Bottom, alors grimé en âne. Bottom est membre d’une troupe d’acteurs médiocres qui se préparent à jouer dans une pièce à l’occasion du mariage d’Hyppolite et Thésée, pièce qui sera interprétée dans l’acte V, passage le plus comique où se mêlent l’absurde (ce qui m’a rappelé brièvement Lewis Caroll), l’incompétence des acteurs en contraste avec le sérieux des spectateurs.

Ce n’est certainement pas la pièce la plus représentative de l’œuvre du dramaturge, mais elle est appréciable pour son charme, pour la fantaisie qu’elle offre, pour sa poésie et son aspect parfois caricatural. Présentée en ballet narratif, elle est extraordinaire, aussi, si vous avez l’occasion et la chance d’assister à un de ces spectacle, lisez d’abord cette pièce.

Je l’avais lue déjà, mais n’avais gardé que le souvenir de Puck, personnage clé, et cette relecture m’a permis un nouveau regard cette œuvre.

samedi 7 août 2021

 L'œil du Chaos












Jean-Marc Dhainaut


Si le récit est rédigé dans un style fort lisible, il n’en demeure pas moins un témoignage de ce que pourrait être l’avenir de l’humanité après effondrement si l’on se réfère aux thèses des adeptes de la collapsologie.

Après une courte introduction qui elle, relève de la science-fiction avec cet objectif bricolé par notre héros passionné de photo, Théo, qui permet de voir l’avenir alors qu’une énorme canicule sévit sur la Terre entière. Et l’auteur pousse la description, un peu longue parfois mais nécessaire pour nous permettre d’envisager les conséquences du réchauffement climatique (il est vrai, combiné avec un phénomène de vent solaire dans le présent roman).

Par la suite, le récit devient une grande claque : aux politiques, au capitalisme et à une partie de l’humanité incapable de gérer les phénomènes qui surviennent, pendant que le reste des hommes, individus qui se côtoient et reçoivent de plein fouets les dégâts causés par le cataclysme décrit, victimes de la cupidité, de la soif de pouvoir des grands de ce monde.

L’auteur raconte l’histoire d’une famille comme il en existe des milliers, qui devra lutter pour survivre. Et si ce roman est pure fiction, les agissement des populations n’ont rien de surprenant quand on voit comment, durant le premier confinement, les gens ont créé les pénuries et ont pu se quereller pour un paquet de papier toilette.

Ce récit fait peur, mais intelligemment, l’auteur termine sur une note d’espoir et mettra en avant les ressources des humains capables de résilience et aptes à se reconstruire.


Un roman qui fait réfléchir, et à lire si on aime friser le post apocalyptique et le fantastique qui adoucit un peu cette histoire terrible.

vendredi 6 août 2021

 

Mao Zedong











Morvan, Voulysé, Ortiz, Domenach

Ed Glenat


Dans la série « Ils ont fait l’histoire », j’ai choisi Mao Zedong parce que, si j’ai quelques souvenirs de Mao, notamment sa mort et le peuple en larmes massé autour du cercueil de cette figure historique, le personnage était plutôt flou dans ma mémoire, et je connaissais ce que chacun connaît de cet homme, sans plus.

Je l’ai donc découvert à travers cette BD passionnante quoique complexe.

Pour introduire Mao, son ascension et sa politique, les auteurs ont choisi de faire parler Deng Yingchao, épouse de Zhou Enlai, homme d’état, ministre de l’intérieur sous Mao, qui contribua à l’accession au pouvoir du dictateur et organisa le contrôle du pouvoir en place à partir de 1946, et sans lequel, Mao n’aurait jamais conservé sa place de leader.

Grand sœur Deng, c’est ainsi que les chinois surnomment Deng Yingchao, témoigne. elle raconte les origines de Mao, issu du milieu campagnard aisé, en conflit avec son père, ses études, et sa lente progression vers le pouvoir, qu’il doit en grande partie aux masses paysannes ralliées à sa cause. S’il fut un fin stratège, on comprendra que son accession au pouvoir repose sur le désordre de l’empire du milieu, gouverné par quelques groupes de « Seigneurs de guerre » qui semaient la terreur dans une chine morcelée, sur les défaites de son ennemi juré : Chiang Kaï-shek, sur cette longue marche qui ne fut en fait qu’un repli et des positions qui surprirent l’armée du dirigeant du Kuomintang, sur le mensonge permanent, instrument de la propagande qui s’opérera dans les décennies à venir.


Bilan : réunification de la chine, il faut l’admettre. En négatif : trente-sept millions de paysans mort de famine en raison de sa politique du « grand bond en avant », on demanda alors aux paysans de tenir des quotas irréalisables, tout en annonçant une production mille fois supérieure à la production réelle, et encore plus de trente millions de mort avec la révolution culturelle, manœuvre politique destinée à maintenir le « grand Timonier » au pouvoir alors que les anciens membres du parti tentaient de l’évincer.


Les auteurs ne manqueront pas de dresser un portrait peu louable du « grand homme ».


Bd pas toujours facile à lire, tant le risque de confusion entre les personnes en raison des noms parfois difficiles à lire, sans compter les amalgames possibles entre le Kominterm et le kuomintang, des noms dont on n’est pas obligatoirement familiers bien qu’ils soient bien expliqués dans les premières pages.

Cette série d’albums est vraiment passionnante et permet de réétudier l’histoire de façon agréable. Je les recommande !

jeudi 5 août 2021

 

Mon chat le plus bête du monde








Gilles Bachelet

Ed Seuil Jeunesse


Bonjour à tous les amoureux des chats... et les autres...

 

Pour le plaisir de vos yeux, et vous en aurez plein les mirettes, je vous présente mon chat. Pour cela il me fallait bien un album, et un album grand format, car dessiner cet énorme matou sur un espace réduit relève de l’exploit.

Hé oui ! il est gros, mon chat, j’irais même jusqu’à dire qu’il est énoooorrrrme ! j’aurais aimé que son embonpoint soit proportionnel à son intelligence, mais hélas ...

Toutefois il a des qualités ! Comme beaucoup de félins, il est très propre, même s’il a un peu de mal à utiliser correctement son bac à litière, mais il faut le voir adopter le multiples postures pour se laver, je n’en ferais pas autant !

On dit qu’un chat retombe sur ses pattes, je ne suis pas certain d’en faire une généralité, car le mien ... !

Bref, je vous laisse découvrir mon album, vous pourrez vous y attarder car je n’ai pas économisé mon temps et je crois pouvoir affirmer que mes dessins valent le coup d’œil.

PS : ne riez pas car mon chat, même si l'envie vous en prend,  je l'aime comme il est.

Gilles Bachelet

mercredi 4 août 2021

 La petite Roque











Guy de Maupassant

Ed Livre de poche


Les nouvelles ne font habituellement pas partie de mes lectures, et  c’est un tort, car chaque nouvelle abordée vous plonge dans une nouvel univers et vous précipite dans l’action beaucoup plus rapidement que certains romans, chaque nouvelle dévoilant un concentré d’imagination et une grande richesse pour le lecteur.

Je me suis donc plongée dans un recueil de Maupassant, éternel, intemporel et délicieux Maupassant qui s’interdisait les explications psychologiques, ce qui se conçoit, mais qui se montrait à travers ses écrits réalistes, le plus grand des psychologues : admirons combien les descriptions morales de ses personnages et leur évolution dans ces cours textes sont logiques, et combien il fait vibrer ses textes en transmettant si fidèlement les émotions des protagonistes.


Il se fait le confident des lecteurs et livre bien souvent de lourds secrets, présentant dans un premier temps un personnage et son entourage, pour sonder ensuite son esprit et raconter les événements le concernant, ce qui exacerbera la curiosité de l’individu qui est entré dans le récit, sorte de suspens sans en être vraiment.


Dans la petite Roque, la première nouvelle est fort différente : on a l’impression de commencer la lecture d’un thriller policier puis l’écrivain se mettra dans la tête du personnage principal, dont je ne dévoilerai rien, pour expliquer ses actions et le cheminement qui mène aux décisions qu’il prend.


Dans les autres nouvelles, Maupassant introduit un narrateur à la première personne du singulier, toujours témoin d’un fait qu’il vient livrer, toujours un fait qui paraît extraordinaire pour mettre l’auditoire en alerte.


Dans ce recueil, il fait parler délicieusement les personnages, les menant à s’exprimer dans leur parler populaire voire en patois pour la dernière nouvelle.

Cela m’a donné envie de me replonger dans l’univers de cet auteur que je n’avais pas lu depuis de nombreuses années.

dimanche 1 août 2021

 1793












Niklas Natt Och Dag

Ed Pocket, Sonatine


Glauque, corruption, misère  sont les mots qui me viennent à l’esprit à la lecture de ce roman passionnant. Nous sommes en 1793, mais le souffle des libertés n’a pas atteint encore cette suède et la ville de Stockholm où se côtoient la richesse et la pauvreté.


Au départ un meurtre sordide : le cadavre d’un homme sans bras, sans jambes, énucléé et sans langue, un homme que personne ne reconnaît, mais de faibles indices mettront nos enquêteurs, Cecil Winge homme de loi pressé par le temps et qui devra faire fasse aux manipulations politiques de ses supérieurs, et Michael Cardel, vétéran de la guerre russo-suédoise.


Un roman choral durant la lecture duquel on se posera beaucoup de  questions : une enquête commence, menée par nos deux héros, puis la narration passe à la première personne, narration épistolaire d’un très jeune homme qui raconte ses déboires, puis encore une narration à la troisième personne d’une jouvencelle débrouillarde et déterminée.


Et l’on progresse dans cette atmosphère nauséabonde et sale qui peut par certains côtés rappeler le roman de Patrick Süskind, le parfum, si on y ajoute les beuveries, les parties fines des grands de ce monde prêt à n’importe quelle extravagance pour satisfaire une libido particulièrement perverse.


Attention, âmes sensible s’abstenir, il est heureux que nos héros, particulièrement Cécil Winge, montrent combien il font preuve d’humanité, dans cette société ou les portraits des individus rappellent parfois plus des animaux que des humains, avec la cruauté  en prime.


J’ai eu un peu de difficultés à entrer dans ce roman, je dois l’avouer, parque j’ai trouvé que certains exposés manquaient de clarté, et le début peut paraître long, mais une fois les personnages cernés, je n’ai plus voulu lâcher mon livre. Concernant les nombreux noms de lieux et de personnes qui parsèment le récit, laissez-vous glisser dessus, il peuvent paraître gênants au début, mais cela ne perturbe pas la lecture.


Un bon thriller, bien écrit dont l’auteur a parfaitement su produire l’ambiance sombre qui caractérise ce roman.