dimanche 6 novembre 2016
Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre.
Ruta Sepety
ed Gallimard
Un roman magnifique et effroyable à la fois !
Kaunas, en Lituanie 14 juin 1941, juste avant que les Allemands n'envahissent les pays baltes. Les soviétique se livrent à une épuration planifiée par Staline : on arrête les écrivains, les artistes, les enseignants, et toute personne ayant une activité intellectuelle et qui serait susceptible de travailler contre le pouvoir central. C'est dans ce contexte que Lina, jeune lituanienne de 16 ans est condamnée à être déportée.
Roman effroyable parce que si J'ai déjà entendu parler des conditions de détention en Sibérie, je constate à la lecture de ce roman-témoignage que l'extermination dans ces camps n'étaient pas toujours directe comme dans les camps Allemands, pas d'élimination systématique mais une mort quasi certaine, une mort progressive dans des souffrances atroces, souffrances morales, souffrance physique, maladie tournée en dérision par des gardes monstrueux, à vomir !!!!
Une question m'est venue : pourquoi n'a -t-on pas décidé d'un devoir de mémoire pour ces gens ? Parmi les réponses possibles, l'existence d'une URSS et de son parti unique durant toutes ces décennies qui si elle a libéré les déportés dans les années 50, s'est assurée de leur silence, le KGB les surveillant étroitement. C'est ainsi que les quelques témoignages recueillis proviennent d'écrits et dans le roman présent, de dessins d'artistes qui ont été enfouis au moins jusqu'à l'indépendance des pays baltes en 1991. Les survivants sont aujourd'hui encore réduits au silence par leur âge, par l'habitude, par le fait d'avoir refoulé des souvenirs si longtemps.
Roman magnifique pourtant par la richesse humaine en laquelle il faut croire : Helena, la mère de Lina intelligente, vive, d'une finesse extraordinaire, et chaque personnage, agréable ou non, a son rôle et contribue à l'équilibre de cette société a qui l'on inflige des travaux inhumains. le ressenti de tous ces personnages bien différents s'exprime et c'est ce qui fait la richesse de cette histoire.
Vous l'aurez compris, j'ai adoré ce roman admirable : documentaire précieux sur les conditions de détention au-delà du cercle polaire, je me suis attachée aux personnages à tel point que je n'ai pas voulu refermer ce livre avant de connaître l'issue pour chacun de ces êtres humains déportés, oeuvrant ou non pour l'intérêt de la communauté, chacun étant un héros dans l'histoire.
Merci aux babéliotes qui ont rédigé une critique de ce roman et qui m'ont permis de le découvrir.
mercredi 2 novembre 2016
L'enfant des cimetières.
Sire Cédric
Ed pré aux clercs
Ouaaaaaaaaahhhhhhhhhh ! Que j’étais bien dans ce livre !!!!! Tout ce que j’aime : d’abord un thriller avec un commandant de police
comme je les aime : effronté, dynamique, à la personnalité bien affirmée,
qui se moque de ce que peuvent décréter ses supérieurs, et ensuite, au risque de
paraître sans cœur, insensible voir sadique, des crimes, des vrais crimes bien
mystérieux, et puis le plus : du surnaturel, de celui contre lequel un
humble humain ne peut rien, et qui vous titille parce que vous vous dites qu’il
doit bien y avoir un dénouement, vous vous demandez comment on va s’en sortir, et ça vous
maintient dans le roman à ne plus pouvoir le refermer, à vous rationner dans la
lecture pour faire durer le plaisir du suspens, allez pas plus de trois pages
par jour, mais vous tenez pas, faut que vous sachiez …
Et puis vous regrettez
de l’avoir lu parce que maintenant que vous connaissez la fin, y a plus de
mystère alors…
Il y a des fois ou je me surprends moi-même, moi, la sensible
Ptitgateau qui ai facilement les larmes aux yeux quand l’occasion s’en présente
dans une lecture… et bien là, point de cauchemars suite à ce roman, point de
terreur, juste un peu d’angoisse malgré tout lors des scènes ou le surnaturel
prend les commandes et que vous savez qu’il n’y a pas d’issue pour la victime et que le méchant est vraiment très méchant.
Il
faut croire que je ne prends pas ces scènes terribles pour argent comptant !
Ce que j’ai particulièrement apprécié également, c’est le
contraste entre forces de police incrédules et rationnelles et les forces
surnaturelles puissante et pratiquement invincibles.
Sire Cédric, dans ses
remerciement affirme que ce roman lui a donné du fil à retordre, ce que je veux
bien croire .
Je n’avais jamais lu de roman de cet auteur , et je me
disais qu’il fallait que je m’y intéresse, ça y est, c’est fait, et je ne le
regrette pas !
mardi 1 novembre 2016
Lou, la brebis
Karin Serres, Hervé le Goff
coll Père Castor, ed Flammarion.
Un joli petit album qui commence mignonnement sur un sol de
neige où sont imprimées des petites pattes de brebis, une petite brebis qui
marche toute seule … il faut dire que Lou, et oui c’est son prénom, est exclue
de sa communauté à cause de ce fichu prénom, elle ne peut se faire d’amis parmi
ses congénères, alors elle part à la recherche d’un ami…
Vous l’aurez compris, un album très parlant et émouvant sur
l’exclusion et la tolérance, sur les idées reçues et le jugement. A proposer à
vos enfants et à utiliser comme base de réflexion ou à lire simplement pour s’émouvoir
et parfois sourire en observant les illustrations.
vendredi 28 octobre 2016
Un monde fantastique
Ana Gerhard - Claudia Legnazzi
ed la montagne secrète
Après une brève introduction, cet album présente vingt
œuvres de grands musiciens célèbres parmi lesquels Purcell, Tchaïkovski,
Mendelssohn, Debussy, Saint Saëns…, peut-être suis puriste, mais dans le titre,
une initiation à la musique classique est annoncée, or, nombre de morceaux ne
font pas partie de la musique classique, celle que l’on écoutait entre 1750 et
1820. Je pense que l’auteur a tout bonnement appelé musique classique ce que
l’on écoute par opposition à la musique populaire.
Si les illustrations sont très agréables à regarder, le
texte de cet album est sans fantaisie, voire austère, écrit en petits
caractères, un texte lourd ponctué de « nous » : nous écoutons,
nous voyons apparaître des fées…, un vocabulaire non adapté à la lecture d’un
enfant de moins de 12 ans, et je ne sais pas si un enfant plus âgé s’y intéresserait
dans la mesure ou moi-même, adulte, j’ai bien des difficultés pour aborder le texte.
Par ailleurs, le livre comporte une biographie des
compositeurs étudiés, et joie !!!! un glossaire des termes musicaux sur
lequel je me suis penchée, et qui transforma ma joie en désespoir : je
cite : rythme : distribution des sons et des silences dans un temps… anacrouse :
note ou ensemble de notes non accentuées en temps faible, qui précède le
premier temps accentué en temps fort d’une mesure… comment je fais si je ne
sais pas ce qu’est un temps en musique ? et une mesure ? Je passe mon
temps dans le glossaire.
Je crains fort que nos jeunes amis ne soient pas attirés par
cet ouvrage. L’impression qui se dégage de ma lecture est curieuse : on
dirait un livre écrit pour les adultes afin qu’ils transmettent des
connaissances aux enfants. La première de couverture est pourtant attrayante et
je me réjouissais de pouvoir consulter ce livre, l’idée était pourtant intéressante,
dommage !
Ce livre est donc utilisable par un adulte à des fins d’enseignement,
les morceaux du CD accompagnant l’album étant très agréables à écouter, choisis
parmi des œuvres narratives afin que les enfants puissent les vivre en se
racontant l’histoire et correspondant biens aux analyses qui en sont faites
dans le texte.
mardi 25 octobre 2016
Une guerre d'extermination.
Espagne 1936-1945
La guerre civile espagnole ne fut pas qu’une guerre dont
l’objectif premier n’était que la prise de pouvoir par un général d’extrême
droite. L’Espagne connut en amont, une période de forte instabilité politique
(succession de la dictature de Primo de Rivera et d’un front populaire contesté
par les « latifundistas » ou propriétaires terriens, par le clergé,
par les ouvriers eux-mêmes). Dès le début du siècle, la classe bourgeoise
reçoit un message amené par les catholiques d’extrême droite au sujet d’une
alliance secrète entre les juifs, la franc-maçonnerie et l’internationale
communiste dont l’Espagne serait la cible, complot qui viserait à détruire la chrétienté.
Cette propagande s’immisce insidieusement en Espagne et s’alimente en raison des
mesures anticléricales prises par le gouvernement républicain de cette
période : plus de direction d’établissements par des gens d’Eglise,
obligation de mariage civil, mesures provoquant la colère des religieux
influents qui se rangeront du côté des rebelles.
Ces tensions eurent pour conséquence une incitation à la
haine par l’extrême droite forte de ses éléments nationalistes, carlistes
(royalistes), phalangistes, catholiques et qui se livrera, comme le titre
l’indique, à une extermination des dissidents. Notons que les dissidents dans
le cas présents, ne sont pas que les membres du parti républicain, mais toute
personne ne répondant pas au profil attendu par le pouvoir usurpé. (Voir
citation).
Paul Preston présente dans cet ouvrage, une étude poussée
des événements de la guerre civile espagnole visant à montrer que tout au long
de cette guerre, on légitima le massacre de milliers de gens sous couvert de
lois décrétées par des généraux (les
africanistas, des militaires qui firent carrière dans l’armée coloniale au
Maroc, réputés être des brutes sanguinaires). Le général Franco s’efforcera par
la suite de fournir durant quarante ans, une version de cette guerre au peuple
espagnol, niant la terreur d’un peuple, visant à donner une vision falsifiée et
avantageuse de cette période à l’étranger.
Fruit d’un travail de recherche conséquent, ce livre fait
l’inventaire, parfois bien difficile à soutenir pour le lecteur, des exactions
commises durant l’occupation de l’Espagne par les militaires organisés en
colonnes de la mort progressant vers chacune des régions et répandant
terreur et deuil parmi les populations : on exécute les républicains, les
familles des républicains, les ouvriers, les femmes, les enfants…on humilie les
hommes, les femmes (fréquemment tondue et obligées à ingérer de l’huile de
ricin), à se demander comment des hommes
ont pu se livrer à une telle barbarie.
Je n’ai pu m’empêcher d’établir un lien entre la seconde
guerre mondiale et la guerre civile espagnole, d’autant plus que Franco a
travaillé en collaboration avec le régime nazi : des militaires qui se livrent
à des exactions, une chasse aux rouges, décrétés sous-hommes par les rebelles qui
se sont emparés du pouvoir. Un certain Antonio Vallejo Nágera prouvera par des
recherches dites scientifiques, qu’il existe un « gène rouge » et établira
un lien entre marxisme et déficience mentale, et fort de ces découvertes,
affirmera qu’il existe une race espagnole pure. A l’instar d’Hitler développant
sa politique d’extermination des juifs, Les phalangistes et autres nationalistes
se livreront à l’extermination du « rouge ».
La guerre civile espagnole est peu connue du publique, et il
est parfois difficile d’entrer dans un roman se déroulant dans le contexte de
cette guerre, mais après lecture pas toujours aisée de cet ouvrage, je vais me
sentir très à l’aise avec les connaissances de base à posséder sur la guerre
civile. Lire des romans sur la question après ce livre m’apparaît presque
nécessaire pour se faire une idée de la guerre, non plus d’un point de vue des
forces en présence, mais pour étudier le ressenti des populations terrorisées
lors de la progression de ces colonnes de la mort, lors de la prise des villes
qui tombèrent aux mains des nationalistes les unes après les autres.
Cet ouvrage restera certainement longtemps un ouvrage de
base pour toute étude poussée sur la question de la guerre d’Espagne, bible de
l’historien ou de l’étudiant ou des personnes qui désirent parfaire leurs
connaissances de cette terrible période.
Je recommande cet ouvrage en avisant
les âmes sensibles de s’abstenir.
jeudi 20 octobre 2016
La boîte aux mots interdits
Marie Bataille, Ulises Wensell
Editions : Bayard Jeunesse
Collection : les belles histoires.
Maître Toa
possède une belle et mystérieuse boîte d’ébène dont il est le gardien. Il faut
dire que Maître Toa est professeur de dignité et chez lui, on ne doit parler qu’avec
des mots sérieux. Dizi Toa, son fils, déclare qu’il n’est pas comme sa grande sœur, qui fait toujours
des chichis à table. Horreur !!!! maître Tôa s’empare de ce « chichi »
et court l’enfermer dans sa boîte.
Mais Dizi
Toa profite de l’absence de ses parents pour aller voir du côté de la boîte d’ébène,
et il entend tous les mots qui le supplient de les libérer. Il ouvre
précautionneusement la boîte et… tous les mots s’échappent, envahissent le
voisinage qui semble les apprécier…
Je viens de
dénicher une pépite pour enfants pas trop sages qui ne demandent qu’à s’amuser
avec les mots interdits de Marie bataille et son complice, Ulises Wensell. Ces
deux compères montrent aux adultes que notre langue regorge de petits mots
marrants à utiliser sans modération. L’histoire est très drôle et donne envie
de d’utiliser les mots interdit pour s’amuser, ce que nos jeunes amis ne
manqueront pas de faire après avoir lu ce bel album.
Les
illustrations sont superbes : les personnages sont vêtus de jolies
tuniques japonaises aux couleurs reposantes, ils évoluent au milieu d’un décor
de cerisiers, de pagodes dont on aperçoit les toits, décor simple qui laisse la
place aux mots matérialisés sous forme de bulles colorées munies de bras et
parfois de pattes, des mots tordus, biscornus, coquins, espiègles qui rient,
qui tirent la langue et font mille pirouettes… des mots toujours très corrects.
Un bon
conseil amis lecteurs : n’ayons pas peur de ces mots !!!
samedi 15 octobre 2016
Les pêcheurs
Chigozie Obioma
Editions de l'olivier
Où l’on raconte la longue et inexorable descente aux enfers d’une famille nigériane : quatre frères : Benjamin (le narrateur),
Ikenna, Boja, et Obembe, profitent de l’absence de leur père, représentant
incontestable de l’autorité dans la famille, pour aller pêcher dans le fleuve
interdit Omi-Ala. Au cours d’une
de leurs parties de pêche, ils croisent Abulu le fou, personnage malfaisant, qui
s’adressant à Ikenna, l’aîné de la fratrie, lance un malédiction : Ikenna
mourra de la main d’un de ses frères. Cette prophétie va bouleverser la
famille, d’autant plus que les prédictions du fou semblent connues pour se
réaliser. Et l’on assiste au morcellement d’une fratrie précédemment unie, à la
déchéance d’une famille dans un pays où les malédictions, prophéties et autres
sortilèges ont la vie dure.
Ce roman constitue un excellent ouvrage pour étudier le
profil psychologique de personnages. il conduit à analyser une action de départ
et ses conséquences, s’interroger à propos de ces
gens qui se prétendent capable de voir l’avenir, montrer comment on se forge une destinée à partir de faits qui nous conditionnent et
peuvent nous amener à agir en fonction d’une réalité que nous nous créons et
sur laquelle nous finissons par n’avoir plus aucune prise. C’est sans doute
cela le destin.
Les personnages au cours du roman, délivrent chacun leur
vérité et présentent des différences bien marquées qui les rendent très
intéressants :
Le père, autorité incontestable, aux principes sur lesquels
on ne revient pas,
La mère, qui agit en accord avec les lois du patriarche,
garde tout de même sa personnalité et ses convictions. Personnage à la personnalité
affirmée, avec ses points forts et ses faiblesses, avec son âme de mère qui ressent les soucis de ses enfants au plus profond d'elle même.
Les frères dont on observera
l’évolution du comportement en fonction des événements qui
surviennent dans le roman chacun ayant sa propre sensibilité.
Abulu le fou, personnage répugnant et immonde qui possède
intérieurement certainement plus de bestialité que d’humanité, et néanmoins fascinant.
Ce premier roman de Chigozie Obioma est très bien écrit et c’est
un pur plaisir de déguster ce texte. j’ai eu parfois l’impression de retrouver
la plume de Yasmina Khadra. Je vous conseille cette pépite qui fera assurément
partie mon top 10 de l’année !
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