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jeudi 20 juillet 2023

 

Les moines de Bourgogne












Scénario : Corbeyran, dessin : B Goepfert

Ed Glénat, 29/08/2018, 56 pages.


Ce volet fait partie d’une série de livres appartenant à la série Vinifera qui traite de la question du vin dans l’histoire.

L’histoire de l’abbaye de Cîteaux commence en 1098, à ses débuts, l’abbaye n’est qu’un ermitage perdu au milieu des bois, dans lequel quelques moines sont réunis pour vivre selon l’austère règle de Saint Benoît, dans le silence et la prière. L’abbaye s’agrandira après l’arrivée de Bernard de Clairvaux et connaîtra un prodigieux essor grâce au charisme du grand homme à l’origine du prestige de ce lieu de prière de son rayonnement et de son action.

Pour comprendre cet essor, l’auteur donne naissance à un personnage clé de la bande dessinée : le jeune Simon, bébé abandonné déposé dans l’ermitage et recueilli par les moines, baptisé, puis confié à une famille adoptive. Simon montre une attirance pour la nature ou il se sent chez lui. Devenu jeune homme, instable et coléreux, n’admettant pas son abandon, il demande l’asile au monastère et devient convers, effectuant des travaux pour les moines, non soumis à la règle monacale, formé pas son parrain, Marc, maître cellérier de l’abbaye. Devenu adolescent, il se passionnera pour le vin et guidera les moines pour faire prospérer l’abbaye dont le vin fera la renommée et qu’aujourd’hui encore nous avons la chance d’ apprécier.

Cette magnifique bande dessinée explique clairement l’extension du domaine viticole de Bourgogne, la science de la vigne transmise de génération en génération qui traversa les siècles sans qu’aucun écrit vienne expliciter les observations de ces vignerons et producteurs de vin hors pairs.

Encore et toujours bravo à l’illustrateur pour son dessin d’une finesse inouïe et Bravo aux éditions Glénat pour la qualité constante de ses livres avec lesquels on se cultive avec plaisir grâce à la clarté des informations, la particularité des personnages auxquels on s’attache pour suivre leur évolution, l’exposé de fin d’album qui apporte des précisions sur le sujet traité. Des ouvrages passionnants. J’espère trouver d’autres albums de la série, une quinzaine d’ouvrages, tous traitant de l’histoire du vin, passionnant et vaste sujet.

mardi 18 juillet 2023

 

Cinq petits indiens












Michelle Good

Ed Seuil, 10/03/23, 352 pages

Leurs parents ont été placés en réserves, et eux, les enfants, on les a kidnappés et enlevés à leur famille, c’est la réalité bien noire d’un peuple dont on a tenté d’annihiler la culture parce qu’elle était gênante pour les nouvelles populations canadiennes et américaines. Ce livre raconte la bien révoltante histoire d’enfants que l’on a essayé de vider de leur culture pour y semer la foi chrétienne, apparemment la seule possible. On les a voués au malheur en leur volant leur enfance, en les privant de l’indispensable nourriture, celle du corps comme celle de l’esprit, en leur infligeant de mauvais traitements, en les violant, on les a ensuite abandonnés sans aucune aide quelque part dans la grande ville de Vancouver, livrés à eux même et à la merci d’employeurs peu scrupuleux. Certains se sont battus pour survivre et pour tracer leur chemin, d’autres se sont échoués.

C’est ainsi que l’ont fait connaissance de Kenny, Lucy, Maisy, Howie, Clara, cinq petits indiens qui ne peuvent laisser le lecteur indifférent. A travers ces personnages, j’ai pu prendre connaissance d’éléments de culture crie, peuple pacifique, respectueux de la nature, pratiquant un culte des ancêtres qu’ils perçoivent à travers les rêves, aspect important de leur pratique religieuse et bien opposé à ce que l’on a tenté de leur inculquer.

Chacun des personnages fait l’objet de plusieurs chapitre qui leur sont dédiés et dans lesquels ont observera une évolution différente selon la personne. Un roman qui révolte quand on observe les difficultés et les épreuves que chacun rencontre sur sa route et qui apaise quand on se retrouve au contact de belles personnes capables d’agir pour offrir une paix intérieure aux êtres humains que l’ont suit tout au long du roman ainsi qu’à a lectrice que je suis.

On n’a aucun mal à imaginer les mauvais traitements subis par les protagonistes, toutefois l’autrice a vraiment su suggérer les faits sans s’étendre. La fin est plus qu’apaisante, on y ressent beaucoup de douceur liée à la culture crie, une culture qu’aucun individu, quelles que soient ses tentatives, n’est parvenue à éradiquer.

Un magnifique roman à lire absolument.

 

Les gens de Bilbao naissent où ils veulent.












Maria Larréa

Ed Grasset, 17 août 2022, 224 pages


Ce récit autobiographique nous emmène en Espagne à partir de 1943 avec la naissance de Victoria, abandonnée par sa mère dès sa naissance et confiée aux religieuses d’un couvent, et de Julian, qui fait figure de dommage collatéral issu des activités de sa mère, prostituée de Bilbao. Les deux êtres se construiront tant bien que mal, et l’on comprendra qu’ils ne sont autres que les parents de Maria, la narratrice qui se livre avec beaucoup de sincérité dans le court et passionnant roman de sa vie.

Un livre qui se boit comme du petit lait grâce à l’écriture d’une personne attachante dont on a vraiment envie de connaître l’évolution et le devenir à la suite de cette ascendance constituée d’orphelins qui ont grandi sans connaître l’amour de leurs parents, dans l’Espagne de Franco, et qui ont émigré en France pour devenir gardiens du théâtre de la Michodière à Paris.

Enfance difficile, adolescence perturbée, vie de femme en quête d’identité, résilience et activité d’une personne battante, il s’agit d’une très bel exposé et des mémoires d’une jeune femme dont on saluera le courage.

Un roman qui sent bon l’Espagne que l’on ressent à travers le parler et les expressions des personnages. Un excellent premier roman à lire en espérant que d’autres suivront.

lundi 10 juillet 2023

 La chorale des voyelles












Catherine Vies Duffau - François Foyard

Les édition Sésames, 16 pages, 1er juin 2023.


Un petit ouvrage tout coloré et bien agréable à feuilleter, que je ne mettrais pas entre toutes les petites mains et que j’utiliserais bien prudemment lors de mes séances d’apprentissage de la lecture en CP. Le livre est proposé à partir de 3 ans afin de "rendre les enfants acteurs de leur apprentissage".  C’est une erreur car à cet âge, si l’on peut avec des enfants demandeurs proposer la mémorisation de quelques sons simples, il est hors de question d’aborder des sons complexes avec des petites sections, ces phonèmes, qui sont abordés dans les dernières périodes de l’année de cours préparatoire peuvent éventuellement être travaillés avec des moyen et des grands capables de les assimiler.

Par ailleurs, je note une certaine confusion dans l’histoire quand je lis que Messieurs o et u se donnent la main pour produire un joli « ou ». Ces deux voyelles chantant ensemble ne produisent pas le son ou, le son [ou] combiné avec o et u est une question de mémoire, pas d’audition, et je ne parle pas dû « au » à peine évoqué pour amener les enfant au son  « eau » encore plus complexe, ni du "oi".

Cette histoire ressemble à une pâle copie des alphas qui sont tout de même beaucoup plus organisés, vidéos à l’appuis et manipulation possible par les apprenants. Un album qui manque de rigueur et apparaît dépourvu de moyens pour renforcer les notions (CD, Cartes…).

Certaines pages toutefois peuvent être abordées en illustration après une séquence de découverte d’un phonème : le « é », le « è », la mémorisation des voyelles de l’alphabet, mais je ne pense pas que l’on puisse aller plus loin.

Une gentille histoire à proposer à des enfants qui maîtrisent déjà les sons, et qui ne risquent pas de faire des confusions,  donc fin CP, début CE1.

Je remercie les Editions sésames et Babelio pour ce partenariat.

 

jeudi 29 juin 2023

 

Adil, cœur rebelle












Jeanne Benameur,

Ed castor poche Flammarion, 12/03/1999, 124 pages.


L’histoire se déroule dans une cité dans les Yvelines. Adil y vit entre sa mère, Leila, et son père. Mais ce dernier doit retourner au pays pour y veiller sur mère, âgée et malade. La tristesse et la morosité s’invitent dans ce foyer aux membres soudés par l’amour qu’ils se portent. Mais Leila doute : comment s’en sortira-t-elle pour s’occuper seule d’Adil, comment le garçon vivra-t-il cette longue séparation ?

Ce roman, c’est l’histoire d’une femme qui devra quitter l’ombre de son époux, d’une femme qui doute de ses qualités, une femme qui devra apprendre à se faire confiance, une femme aimante qui tremble au quotidien et s’inquiète pour son enfant unique. C’est aussi l’histoire d’un collégien qui se passionne pour le rap et découvre la vie sous des aspects inconnus pour un enfant de son âge. C’est enfin l’histoire de la relation entre l’enfant et un enseignant retraité, Louis,  qui se rend disponible dans le cadre de l’association « Parrains par mille » association qui a pour objectif de soutenir des jeunes en difficulté en leur proposant des activités récréatives et culturelles.

Un récit surprenant par son contenu : un vocabulaire simple, une impression de calme qui cache le désarroi d’une femme et d’un enfant, un roman très court et pourtant si riche de l’enseignement qu’il contient, un roman qui qui cadre parfaitement avec l’actualité car on y évoque les violences policières et la peur de la rébellion dans une cité où vivent en majorité, des gens pacifiques qui craignent les casseurs, une cité ou la solidarité est bien présente, et il ne s’agit pas là de fiction car c’est réellement ce que l’on peut constater si l’on se penche sur le vécu des communautés qui évoluent dans ces résidences parfois surpeuplées.

Un roman court et efficace qui mérite que l’on s’y plonge,  et qui m’a permis de découvrir une romancière que je ne connaissais pas. Un roman à lire de à partir de 12 ans.

 

dimanche 18 juin 2023

 Fuir l'Eden












Olivier Dorchamps

Ed Finitude, 3/03/2022, 266 pages


L’Eden, ce n’est le paradis que pour les touristes et les gens aisés qui se pâment d’admiration pour un édifice classé « œuvre d’art » que l’on pourrait qualifier de cité verticale, immeuble de la banlieue londonienne que l’on peut « admirer » en couverture, où vivent des personnes en situation précaire, c’est ce que nous confie Adam, héros dans tous les sens du terme : héros qui subit depuis l’enfance, les humeurs d’un père alcoolique que sa femme a quitté en lui laissant la charge d’une famille qu’il ne semble pas vouloir assumer, héros qui essaie de s’en sortir, certainement pour pouvoir fuir l’Eden, mais plus encore pour protéger Lauren, sa jeune sœur et la sortir des griffes de son géniteur, celui qu’il appelle l’autre. Héros par son honnêteté, sa sincérité, son indéfectible amitié pour Ben, Pawel, Karolina, ses quelques amis.

On ne peut que s’attacher à ce personnage qui communique son mal-être, un personnage vrai qui se livre dans un récit sans longueur, un récit dans lequel transpire le brexit, la xénophobie ambiante, les inégalités, la crise économique, un récit dans lequel le malheur d’une famille en perdition est clairement exprimé.

Et puis Adam, c’est son prénom (Est-ce voulu de la part de l’auteur de nommer Adam, un personnage qui ne peut se sortir de l’Eden ?) Adam rencontre Eva dans des circonstances bien particulières, et il ne peut s’empêcher de se sentir attiré par cette jeune fille, qu’il découvrira plus aisée que lui. La suite, je n’en parlerai pas, la question qui subsistera sera celle des conditions de vie opposées, d’un destin qui peut facilement en décider autrement, car il est souvent difficile voire impossible de se dégager de ses origines, de son éducation, des habitudes qui nous façonnent et des chaînes qui nous retiennent.

Et pourtant Adam, comme ses amis sont bel et bien tournés vers l’avenir et montrent leur volonté de s’en sortir.

Excellent roman sur la précarité dans une société anglaise dont la situation n’est pas obligatoirement reluisante, un roman qui nous emmène bien loin du faste de la couronne.

 

jeudi 1 juin 2023

 Gabrielle











Franck Thilliez

Ed 12 21, 01/06/2020, 52 pages.


C’est un bien curieux petit, tout petit roman que Franck Thilliez nous offre là, un récit court mais concentré, avec une évidente volonté de délivrer un message : un appel au secours de la nature qui ne s’en sort plus et qui crie sa soif de respect de la part des humains, et peut-être ne s'en rendent-ils pas compte, mais les humains ont besoin de voir la nature prospère et en bonne santé : la rupture des chaînes alimentaires menace l’équilibre de l’environnement et nous amène à notre perte.

Dans ce récit, l’auteur parvient à frapper fort en quelques lignes, il prend un exemple parmi tant d’autres de mal être occasionné par le réchauffement, dans cette histoire, les ours qui ne peuvent plus se nourrir.

Un roman à la chute surprenante, un roman qui marque et que l’on ne peut oublier comme s’il marquait l’esprit du lecteur de son empreinte.

Un écrit court à l’écriture limpide destiné à être lu par le plus grand nombre. Puissent les auteurs se manifester de la sorte afin de convaincre l’humanité qu’il est impératif de venir au secours de notre mère, le Terre.