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vendredi 25 octobre 2024

 

L’orange de Noël











Michel Peyramaure, 

Ed Pocket, 1982, 298 pages


Cette histoire se passe dans le village de St Roch, à proximité de Brive-la Gaillarde dans le Périgord.  Elle nous est contée par Malvina Delpeuch, la vagabonde qui pour les habitants de cette bourgade, passe pour une demeurée incapable d’apprendre à lire. Le village accueille Cécile Brunie, une nouvelle institutrice qui occupera le poste vacant de l’école publique, mais la séparation de l’église et de l’état étant récente, l’accueil qui lui est réservé est plus que frais : pour une bonne partie de la population, elle est le diable en personne, affirmation entretenue par le redoutable abbé Brissaud qui, non content d’encourager ses ouailles à la haine, se servira de ses fidèles pour nuire à la jeune enseignante.

Cécile devra donc « faire ses preuves » et se fixe un objectif : amener Malvina au certificat d’étude, elle qui ne sait ni lire ni écrire ni calculer. Elle progressera sur un chemin semé d’embûches et s’affirmer malgré l’hostilité ambiante.

De ce roman, j’ai aimé bien des aspects : cette histoire d’une amitié parfois houleuse entre une fillette que l’on verra grandir et une femme d’âge mur qui lui sera dévouée, cette action au sein du terroir, la description d’un milieu pauvre constitué de familles paysannes, les méthodes scolaires de ce début de siècle, qui parfois peuvent faire sourire, notamment les problèmes proposés au certificat d’étude et leur cortège de règles de trois, énoncés bien complexes et bien loin des préoccupations des enfants, l’assurance de l’enseignante qui fait preuve de logique, de savoir,  et se montre capable de résoudre toute situation délicate de la vie courante et d’argumenter en toutes circonstances.

J’avais déjà lu ce roman il y a bien longtemps et il ne m’en restait qu’un souvenir agréable, il est rare que je relise un livre, mais je suis enchantée d’avoir redécouvert ce récit si bien écrit par Michel Peyramaure, et qui fera partie de mes coups de cœur de cette année, J’ai très envie à présent de voir le film.

Si vous aimez la littérature régionale, n’hésitez pas à déguster cette orange de Noël.

mercredi 23 octobre 2024

Incendie blanc











Antoine Catel

Ed CALMAN LEVY, 4/01/23, 162 pages


En commençant à lire, je me suis dit : « voici un drôle de roman… et j’ai abandonné, puis invitée à insister par quelque lectrice en qui j’ai confiance, je me suis remise à cette lecture, sans abandonner cette fois. j’y ai fait connaissance de l’auteur, un personnage effacé comme la plupart des autres personnages, d’une des petites sœurs qu’il appelle « notre Sophie », comme pour signifier son attachement et son appartenance à un clan, et dont on ne saura rien, de Francis, un frère inexistant dans ce récit, et de la petite sœur, cette petite sœur portée aux nues, idéalisée, et dont la relation avec l’auteur est fusionnelle.

Et l’on fait ample connaissance de cette petite sœur dont on ne connaît pas le prénom : petite sœur intelligente, belle, promenée au gré des voyages des parents, qui devra surmonter des épreuves familiales, qui trouvera la force de vivre et d’agir de trace de cocaïne en trace de cocaïne, sans que l’on ressente vraiment dans le récit les effets néfastes de la drogue.

Les chapitres relatant sa vie sont présentés en alternance avec de très courts chapitre racontant sa mort, exprimant le ressenti de l’auteur, son impossible deuil, c’est dans ces passages que l’on ressentira les sentiments qui naissent de cette mort.

C’est donc l’histoire d’un amour fou, d’un amour qui efface tout autre sentiment envers l’entourage, l’histoire d’une famille désunie, d’une enfant « trait d’union » entre chaque membre, une enfant qui chercha son bonheur là où elle ne le trouverait pas.

Ce roman, malheureusement, je l’ai lu sans état d’âme et avec une certaine culpabilité face à ce sujet grave, je n’ai pu m’attacher ni à la petite sœur, trop lointaine, trop inaccessible, ni au grand frère confondu avec sa sœur, ni aux autres personnages qui passent et repassent trop furtivement, ni même à l’histoire dont on connaît l’issue. Je reconnais toutefois que l’écriture de ce roman est majestueuse et ciselée et offre de nombreux passages magnifiques.

lundi 21 octobre 2024

 

L’enfant rivière












Isabelle Amonou,

Ed Dalva, 5/01/2023, 304 pages


Si le roman débute par la description d’une situation plutôt angoissante, une inquiétude liée au réchauffement dans un pays proche de la calotte glaciaire et bien placé pour avoir à gérer les crues du St Laurent, ce qui apporte un élément de plus à cette dystopie, les difficultés vécues par la population  sont d’une toute autre nature que je tairais afin de ne pas divulgâcher, il faut juste savoir que le lecteur aura deux centres d’intérêt : la situation globale dans une région en détresse, et la perte de Nathan, disparu à l’âge de quatre ans par une mère que ne peut parvenir à faire le deuil.

L’héroïne zoé, se révèle être un personnage très intéressant : descendante des algonquins par sa mère, et bien que reniant cette origine, elle possède les qualités d’une femme élevée en pleine nature, chasseuse, sachant apprivoiser le terrain quel qu’il soit, capable de manier les armes avec dextérité, contrairement à ce mari de retour après quelques années passée en France, revenu à l’occasion de l’enterrement de son propre père.

Bien que riche en informations en tous genres : origine de Zoé, alcoolisme d’une mère algonquine qui dut renier sa culture et oublier sa langue, présence massive de migrants dans le pays, tensions du couple avant la séparation, enfance difficile de l’héroïne liée à des difficultés de communication avec le père, L’ensemble du roman m’a tout de même paru long : beaucoup de dilution qui rend la lecture interminable. Quelques scènes cependant, ont retenu mon attention, scènes parfois violentes.

Mon conseil de lecture : bien lire les passages décrivant les relations entre les personnages ainsi que le portrait moral de ces personnages, cela peut aider à comprendre beaucoup en ce qui concerne la disparition de l’enfant.

De ce roman il me restera l’essentiel, je ne regrette donc pas de l’avoir découvert.

jeudi 17 octobre 2024

 

Les gratitudes











Delphine de Vigan

Ed JC Lattès, 6/03/2019, 192 pages, 



Ce merveilleux roman m’a happée dès les premières lignes, d’abord parce qu’il introduit dès le départ la notion de « gratitude », ensuite parce que je me suis très rapidement attachée à cette charmante personne, Michka que l’on a envie de protéger, d’aider, qui, malgré ses difficultés de communication, transmet son ressenti par le canal du « non-dit » ainsi que par les opinions qu’elle partage en toute discrétion. Petite violette discrète au milieu des herbes hautes, elle nous amène à faire plus ample connaissance de Marie, sa voisine, de Jérôme, orthophoniste.

Les personnages posés, on se retrouve confronté à des situations que nous avons connues ou que nous connaîtrons : la difficulté de se voir vieillir, de perdre sa mémoire, et dans le cas de Michka, ses mots, une difficulté de restitution des idées malgré une tête encore pensante capable de lire le Monde, capable d’évaluer les épreuves subies par son entourage. Et puis vient l’épreuve du placement en maison de retraite qui ne peut laisser indifférent : savoir que la personne va devoir abandonner son milieu de vie, son confort, devoir faire des concessions, accepter de partager sa vie avec des personnes qui lui sont étrangères, tout recommencer à un âge ou on ne devrait pas avoir à s’adapter à nouveau…

Le tout repose sur un lit de gratitudes, comme le dit si bien Delphine de Vigan, car chaque personnage dans cette histoire, réalise le devoir qui est le sien : la reconnaissance : reconnaissance de Marie, à qui Michka a autrefois tendu la main, reconnaissance de Jérôme à l'égard de Michka  qui lui suggère d'exprimer ses regrets, reconnaissance de Michka  à la recherche de son passé et épaulée par Marie et Jérôme.

Un beau roman où se côtoient, douceur et violence, bonheur et amertume sur fond d’une belle délicatesse.

Je regrette de n’avoir pas fait plus vite cette magnifique découverte !

dimanche 6 octobre 2024

 Les âmes fragmentées













Charlotte Monserrat

Ed Anne Carrière, 3/02/2023, 246 pages


Ce livre nous emmène dans un monde qui peut faire frémir parce que pas si éloigné que le monde dans lequel nous vivons. Bien sûr, nous ne sommes pas encore rémunérés en unités carbones, et nous n’avons absolument pas la possibilité de déflorer la mémoire d’autrui, mais ce monde décrit par Charlotte Monserrat semble bien être l’aboutissement de situations comme nous en connaissons aujourd’hui. Ce monde, on le découvre très progressivement, par informations insérées dans le récit avec parcimonie, ce qui donne une certaine finesse au roman et brise la monotonie que l’on pourrait ressentir à la lecture de certains passages, notamment un passage un peu ésotérique décrivant une cérémonie avec pratique chamanique.

Bienvenue dans ce monde ou, point positif, l’homophobie n’existe pas, bienvenue dans un monde où la richesse est plutôt rare, ou la pauvreté est répandue, où manger varié est un luxe.

Et puis il y a une intrigue : Véro, notre héroïne qui « dérushe » les sphères pour extraire les mémoires de défunts qu’elles renferment, observe sa propre personne dans des scènes érotiques avec le docteur Becker, inventeur du procédé qui permet de capturer les mémoires. Becker, bien que s’étant suicidé, est toujours au cœur des polémiques. On accompagne donc notre héroïne dans sa recherche de la vérité, déterminée à élucider les mystères qui portent atteinte à son identité, qui occultent les raisons qui expliquent certains de ses choix, qui l’empêchent d’être elle-même. Si l’on constate que les personnages sont plutôt statiques en début de roman, on constatera que l’action se fait plus rapide voire violente à l’approche du dénouement.

Ce livre en dit long sur l’importance de l’identité, sur le non-dit, sur le nécessaire travail de deuil.

Un bon roman qui analyse en profondeur, les réactions des individus.