Décrochage
Julien Fyot
Ed Viviane Hamy, 20/08/2025, 392 pages
Ce roman m’a paru très original
par son contenu : un roman que l’on peut qualifier de policier puisque
meurtre il y a, suivi d’une enquête. Mais un policier dans le milieu scolaire,
ce n’est pas extrêmement banal, surtout quand la victime est un enfant. Mais
considérons plutôt le récit comme une sorte de tremplin qui nous amène dans le
milieu scolaire, milieu souvent dénigré quoiqu’inconnu pour qui ne le fréquente
pas assidûment : parents et intervenants divers.
J’ai commencé par essayer de
comprendre le « pourquoi » de l’étalage de la vie de J, notre
professeur des écoles, mon explication sera la suivante : Enseigner est stressant
d’avance, même quand tout se passe à merveille, on se retrouve quand même avec vingt-cinq
à trente enfants dans une classe, on y vit un peu les uns sur les autres, il
faut gérer l’ensemble, il faut gérer chacun, il faut se multiplier, l’auteur l’explique
très bien dans un passage où il fait allusion à des animaux variés dont il faut
respecter les différences. On travaille dans le bruit, on subit diverses
contrariétés, bref, pas un métier facile. Dans le présent roman, le meurtre survient
suite à une lutte dans la classe de J. Il se sent donc directement concerné. Ce
qui peut parfaitement avoir des effets sur son comportement.
On assistera donc au parcours
de ce J , enseignant qui se veut cool, compréhensif, psychologue. Oui mais, il accueille
dans sa classe un nouveau, éjecté d’une ou plusieurs écoles, je ne sais plus. Un
enfant qui paraît dès le début isolé par rapport à ses camarades et qui montre
des réactions préoccupantes au début et hors norme par la suite. (J’ouvrirais
une parenthèse à ce sujet, car, travaillant en ZEP, j’ai eu affaire à des
enfants en grande difficulté de comportement que je ne suis pas près d’oublier,
donc si dans ce roman, Brayan semble ne jamais laisser de répit aux adultes,
dites vous que dans la réalité de tels cas sont rares, qu’il y a des moments
avec répit et des moments sans. C’est vrai que le spécimen en fait baver aux
éducateurs.
L’enseignant, lui, me paraît
fade, est-ce pour cela que l’auteur l’appelle « J », pour insister
sur son manque de personnalité ? En effet, J laisse tout couler : son
ménage part à vau l’eau, qu’à cela ne tienne, l’inspectrice lui reproche d’isoler
l’enfant ? Il réagit très intérieurement sans argumenter, plus loin, on s’apercevra
qu’il s’incline face au démon qui terrorise les autres. Vraisemblablement, il
est victime d’un « décrochage »
Faut-il voir dans ce roman, un
appel au secours des enseignants qui n’ont aucun moyen d’agir face à certains
cas d’enfants ? Je le crois, certains enfants s’ils ont besoin, comme les
autres, de fréquenter l’école, relèvent plutôt d’un éducateur que d’un
professeur. Faut-il sacrifier une classe et la priver des apprentissages indispensables
pour accueillir des enfants en grande difficulté ? Eternel débat, en
attendant, dans certains secteurs de plus en plus nombreux, ce n’est pas un
perturbateur qui sévit, mais une proportion trop importante pour être gérées
par une seule personne.
Je remercie Julien Fyot de
montrer ce que peut être le milieu scolaire, afin que les « extérieurs »
réalisent et comprennent le pourquoi de ces « décrochages » d’enseignants
comme d’enfants et pourquoi notre système scolaire devrait être repensé.
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