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mardi 24 mars 2026

 

Feuilles













Michael Fenris

Ed Prisma, 19/11/2015, 406 pages



Nous sommes dans une contrée d’Amérique, toute proche de la frontière canadienne. Hope Falls est une petite ville en milieu forestier, dédiée à la découpe du bois. Vernon Krueger, maire de la ville est propriétaire de la scierie et emploie des bûcherons. Les faits sont narrés par Jed, son bras droit. Jed commence son récit en précisant qu’il déteste l’automne. Il le détestera plus encore après le phénomène qu’il décrit : les feuilles cette année-là, ne se contentent pas de joncher le sol, elles semblent envahir toute la ville. C’est alors que survient l’agence de la protection de l’Environnement qui envoie des représentants pour enquêter en raison de coupes illégales et abusives qui menacent le bien-être de la ville, et les habitants de la forêt, un groupe d’indiens algonquins.

C’est alors que surviennent des événements que l’on peut aisément qualifier de « paranormaux », des accidents suspects, et des témoignages qui révèleront un grand malaise dans un milieu qui jusqu’alors, semblait paisible.

On peut avoir des difficultés à imaginer cet envahissement par les feuilles, et le phénomène qui s’amplifie et se combine avec le crime, la corruption, la sagesse d’un vieil indien ferait un superbe scénario avec des bons et des méchants, des événements tous plus surprenants les uns que les autres. Le côté fantastique serait alors magnifique et captivant.

Pas le temps de s’ennuyer, les événements s’enchaînent, on part d’un doute sur des coupes abusives, on arrive à un bouquet final parfois extravagant, les feuilles douées de raison n’en finissent pas de surprendre.

Concernant les personnages, ils sont bons ou mauvais, à chacun de choisir son camp, mais ce n’est pas aussi simple :  les bons ne sont peut-être pas ceux que l’on croit au-dessus de tout soupçon.

 J’ai apprécié ce roman en y mettant un bémol : on a beau être dans le fantastique, la nature me semble trop personnifiée au point de reconnaître ses alliés.

Jed adore, semble-t-il la musique et case régulièrement dans son récit un titre qu’il apprécie et qui a, certes, un rapport avec ses propos mais qui semble mal placé dans la narration, cela m’a un peu agacée et la fin m’a quelques peu déçue en ce qui concerne certains personnages qui auraient mérité d’être mis en évidence de façon plus active.

J’ai tout de même passé un bon moment de lecture.

vendredi 6 mars 2026

Les belles promesses




 








Pierre Lemaître

Ed Calmann Levy, 6/01/2026, 512 pages


C’est avec un peu de vague à l’âme que je laisse là, la famille pelletier après avoir refermé ce dernier tome que j’ai autant aimé que les autres. Encore une fois, j’ai dû me raisonner pour ne pas expédier ce pavé et pour le faire durer plus longtemps, mais que voulez-vous, quand ils plaisent, les livres deviennent de véritables refuges.

J’y ai retrouvé Jean, dit Bouboule, en espérant que son histoire aboutisse à quelque chose de concret et constater les conséquences de son comportement. J’y ai retrouvé Geneviève, en espérant que quelqu’un lui clouerait le bec, une Geneviève plus opportuniste plus menteuse et intrigante que jamais, plus inhumaine et intolérante. J’ai suivi François, comprenant ses doutes, espérant qu’il persévère dans ses recherches, j’ai observé Colette et Philippe, qui à eux deux pourraient faire l’objet d’un cinquième tome, ce serait intéressant.

J’ai encore une fois beaucoup appris sur ces années de prospérité qui conduisirent à de grands travaux à Paris, à un impitoyable remembrement et au début des groupement d’agriculteurs qui les amenèrent à affluer sur la ville faute de réussir dans leurs exploitations.

Cette saga est bien captivante, cependant ce dernier tome m’a semblé un peu rapide : peut-être aurait-il été intéressant d’en faire deux volumes, car si dans les précédents volets, Pierre Lemaître fournit des détails sur ce barrage qui a pour effet de faire évacuer toute une population, si la guerre froide et ses effets se font sentir, les problèmes du remembrement auraient pu être exposés avec plus de profondeur. Mais là n’était sans doute pas l’intention de l’auteur et cela n’aurait peut-être moins intéressés les lecteurs, plus soucieux de l’avenir de Jean. L’idée de faire passer ce dernier pour un héros me paraît à la fois intéressante car elle montre l’ambiguïté qui peut caractériser un individu, et révoltante pour le lecteur qui connaît son passé. C’est sans doute ce qui m’a donné envie de terminer ce livre : doit-on aduler Bouboule ou le faire descendre de ce piédestal que l’on est en droit de considérer comme non mérité ?

Pour ce qui est du Jeune Michel, Bébé sauvé par Jean, il n’y a que Geneviève pour exploiter la situation et mettre en avant la famille pelletier, sans quoi les événements qui suivent son accueil à l’assistance publique sont sans intérêt, c’est là mon point de vue.

Par ailleurs, l’alternance de chapitres courts et leur réparation dans le roman lui confèrent un suspense qui pousse à lire encore et encore.

Série à ne pas manquer pour tout amateur de saga.


 Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage














Maya Angelou, 

Ed Livre de poche, 30/09/2009, 352 pages


C’est l’histoire vraie d’une petite fille et de son frère que leur maman ne pouvait élever, qui voyagèrent seuls vers le sud, de St Louis dans le Missouri, vers Stamps en Arkansas, pour être recueillis en Arkansas chez leur grand-mère. C’est l’histoire d’une famille noire aux Etats-Unis, quelques années avant que n’éclate la seconde guerre mondiale. L’esclavage, puis la guerre de sécession ne sont pas si loin, on constatera alors combien la vie était difficile dans les Etats proches du sud où blancs et noirs ne se mélangeaient pas, où médecins et dentistes blancs refusaient de soigner les gens de couleur, où certains blancs se montraient impitoyable avec les noirs. Cette petite fille n’est autre que Maya Angelou qui se présente dans le premier tome de son roman autobiographique. Il y en aura sept.

Cette biographie montre comment Maya fut façonnée dès l’enfance pour devenir la célèbre écrivaine, poète, danseuse, dramaturge, une grande artiste.

Ce premier tome montre comment les descendants des esclaves furent unis dans la foi, Maya nous présente une aïeule pieuse, menée dans sa vie par un Dieu impitoyable et qui se montrera tout aussi impitoyable avec ses deux petits enfants. Deux principes : ne pas mentir et être toujours propres, et gare aux enfants qui s’écartent du droit chemin. Si l’éducation rigide montre une grand-mère dure, cette dernière n’en est pas moins aimante et attentionnée. Elle leur fournira de solides fondations basées sur l’amour et sur la persévérance.

Puis nos deux enfants retournent à St Louis, chez leur mère. Maya s’adapte tant bien que mal, malgré une terrible épreuve qui ne peut laisser indemne. On entre alors dans un contexte d’éducation plus libre, sans barrières imposées par la religion, Maya y apprendra une autre façon de vivre. Un élément fixe : le frère de Maya, Bailey, ce grand frère chéri.

Retour à Stamps où la grand-mère reprend en main ces enfants qui grandissent jusqu’au moment où, elle les renvoie définitivement en Californie, près de leur mère et de leur père.

La dernière partie montrera combien Maya fut capable de s’adapter à toutes situation, particulièrement avec son père.

Ce premier tome montre combien Maya était une personne vraie, sincère, humaine, et que son féminisme et son militantisme prend ses sources dans la prime enfance.

Dans ce livre, des scènes dures, des moments de grande tendresse, des anecdotes comiques, une biographie qui se boit comme du petit lait.

Je ne connaissais pas Maya Angelou, je suis heureuse d’avoir tant appris à son contact.