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vendredi 3 avril 2020


La ferme des animaux


George Orwell
Ed Folio


J’ai commencé cette lecture, bien étonnée de ce que je lisais, sachant que cet écrit provenait de la plume de George Orwell dont j’ai lu 1984, un classique que l’on ne peut oublier. 


Je me suis même dit que cet ouvrage semblait lisible par les plus jeunes… Juste au début … parce que très vite, j’ai pu réaliser le but de l’auteur : imaginer une société, et sans doute montrer que le régime politique idéal n’existe qu’en théorie.


Georges Orwell explique les mécanismes par lesquels on en vient à la dictature qu’il dénonce. Dans ce roman, cela commence par une révolution des animaux et par la destitution du pouvoir en place, en l’occurrence, l’homme, suivi d’un ordre nouveau qui génère un espoir pour les les cochons, les chevaux, les moutons et autres espèces exploitées par ces animaux à deux pattes et qui ne profitent aucunement des richesses accumulées par ces derniers. 

On crée alors le régime communiste idéal avec travail pour tous et mise en commun des richesses, tout va pour le mieux… 
Mais cette organisation idéale va vite dégénérer pour laisser place à ce que l’histoire nous a livré maintes fois : la naissance des partis, l’opposition, la suppression du débat, le pouvoir par la violence, la suppression du droit d’assemblée, le culte de l’être suprême, et une caractéristique de la dictature que l’on retrouve dans 1984 : la falsification de la vérité, instrument au service de l’Etat.


Ce roman est absolument génial, il décrit parfaitement le régime de dictature et sa façon de s’instaurer, peu à peu, et de finir par être considéré comme « normal » par le peuple.


La fin est extraordinaire et expose clairement l’objectif de l’auteur.
Un bon classique qu’il faut avoir lu et mériterait d'être analysé en profondeur, mais cette étude serait impossible sans dévoiler l'histoire. 

dimanche 29 mars 2020


Ainsi résonne l'écho infini des montagnes

Khaled Hosseini

Ed 10 18, Belfond


Je ne comprenais pas ce titre et c’est en fin de lecture que j’ai réalisé sa signification.  Ce livre raconte l’histoire de Pari et Abdallah, deux enfants en Afghanistan, orphelins de mère et élevés par un père, Saboor,  qui s’est remarié à une femme qu’Abdallah ne parvient à aimer. 
Puis Abdallah et Pari sont séparés, c’est là une scène violente du roman, Pari est confiée à une riche famille dont la femme ne peut avoir d’enfant. Et le temps passe, les enfants grandissent, séparés à jamais, les personnages évoluent, et l’on entend des nouvelles d’hommes, de femmes, disséminés en Europe, en Amérique, en Afghanistan, personnages nouveaux dont on ne connaît pas l’identité mais qui ont un lien, plus ou moins éloigné, avec les deux enfants. Disséminés par-delà les montagnes d’Afghanistan qui renvoie les nouvelles au lecteur comme un écho.
Un roman très étudié et très riche qui décrit l’Afghanistan au cours de l’histoire, dans une période qui précède la guerre d’Afghanistan contre les Russes, période heureuse ou les femmes pouvaient arborer des robes courtes, puis lors de la domination des talibans, et dans les années qui suivent et jusqu'au début des années 2000.

Un roman parfois difficile à suivre : certains personnage arrivent en début de chapitre, totalement inconnus du lecteur, et le lien est long à s’établir avec Pari et Abdullah, on rencontre même un personnage qui n’a aucun lien avec eux, mais qui se fera l’intermédiaire entre un membre de la famille et les enfants devenus adultes. On a donc parfois l’impression de recommencer le roman à son début (un peu comme quand on entre dans une histoire, qu’on cherche des repères pour accrocher).


On y apprendra l’histoire de Parawana, deuxième femme de Saboor qui supplanta sa sœur pour se marier avec le père d’Abdullah et Pari, histoire qui enrichit le roman par sa description de la culture afghane. 


On connaîtra l’histoire de Nabi, le frère de parwana qui confie son passé dans une lettre adressée à Markos, médecin installé à Kaboul pour une mission humanitaire. On fera connaissance de Nila, mère adoptive de Pari, et de bien d’autres personnages.


Respect pour Khaled Hosseini qui a certainement beaucoup travaillé pour organiser ce récit et  donner le jour à ce roman complexe.

 Si parfois, quelques longueurs se sont fait sentir, je ne regrette pas cette lecture.


Certaines n'avaient jamais vu la mer




Julie Otsuka
Ed Phoebus

J’ai très mauvaise conscience, parce que je sens que j’aurais dû aimer ce roman. mais si je ne l’ai pas refermé avant la fin, c’est sans doute que quelque chose m’a permis de le poursuivre. Ce quelque choses, c’est une partie historique que je ne maîtrise pas, un pan de l’histoire des Etats-unis que j’ignorais, bien sûr comme chacun, j’avais entendu parler de Pearl Harbor, et d’une relation tendue et de la guerre entre l’Amérique et le Japon… 


Et je découvre bien plus : une immigration de masse des japonais aux Etats-Unis à partir de 1865, et grâce au livre de Julie Otsuka, le transfer de femmes a qui on fait miroiter un destin heureux dans les bras de quelque amant riche et puissant,   et qui se retrouveront esclaves de maris dominants, de patrons exigeants et peu attentionnés, condamnées au travail inhumain et perpétuel pour devenir avec leur famille, l’ennemi numéro un à abattre, à éliminer à envoyer en internement dans des camps, rayées de la population, oubliées comme si elles n’avaient jamais existé.


J’aurai cependant préféré lire un roman rédigé de façon peut-être plus classique, c’est certes une gageure que de présenter la situation de ces femmes en usant et abusant de "nous", de "certaines", d’"autres" et encore "d’autres", dans le but de raconter avec précision ce qu’a pu être le sort de ces femmes, mais personnellement, j’ai trouvé cela soûlant et fatiguant à lire, je  me découvre extrêmement sensible au style d’écriture.


J’ai malgré cela beaucoup appris en lisant ce livre qui ne 

m’a pas laissée indifférente.


Elise ou la vraie vie


Claire Etcherelli
Ed folio

Elise a-telle songé à se marier, à avoir des enfants, à vivre une vie de femme épanouie,  la vraie vie ?  Sans doute, mais la vie elle,  en a décidé autrement. Elle naît avant la seconde guerre mondiale, elle est élevée à Bordeaux avec son frère, par sa grand-mère dont elle prendra soin, subit la guerre qui oblige les familles citadines à se  protéger des bombardements, puis devient la grande sœur protectrice, la mère pour ce frère instable qu’elle soutient contre vents et marée et pour qui elle se sacrifiera.

Discrète fleurette tapie dans la pelouse, elle porte le monde, véritable ange gardien, elle tente de devenir la conscience de son frère. Et puis elle rencontre l’amour…

Claire Etcherelli dans ce roman très bien documenté, décrit avec justesse, le climat de la France durant la guerre d’Algérie, guerre rejetée par une bonne partie des Français, elle dénonce le racisme ambiant, emmène le lecteur en usine pour qu’il se mêle à la dure réalité du travail à la chaîne sous-payé, confié à des émigres qui savent qu'ils seront renvoyés au pays s'il ne sont pas en mesure de fournir une fiche de paie aux policiers, qu’il se confronte à l’injustice des cadres qu’il se mette dans la peau de l’immigré algérien victime des rafles, monnaie courante en ces années.


Le personnage d’Elise est ambigu :  libérée par certains aspects de sa personnalité, elle se laisse bercer par Arezki, malgré la xénophobie de nombreuses personnes qu’elle côtoie. Toutefois elle se montre dépendante des exigences de son frère qu’elle entretient, obligée à un travail difficile faute d’avoir pu étudier, soumise à un destin qui l’oblige à renoncer à cette vraie vie pour se consacrer à ce personnage militant, infidèle, perturbateur, et lui vouer l’amour inconditionnel d’une grande sœur.


Elise ou la vraie vie n’est pas un roman des plus réjouissants, mais on y rencontre beaucoup de beauté, beaucoup de passion, et l’attachement à Elise ainsi que la belle plume de l’auteur subsistent après la lecture. C'est sans nul doute ce qui restera en moi de ce livre.

vendredi 20 mars 2020


Antoine Bloyé


Paul Nizan
Ed Grasset


Antoine Bloyé est mort… Vive Antoine bloyé ! Car ce livre raconte la vie du défunt.

Une vie qui passe comme un rêve, La vie d’un personnage qui suit sa route, bon élève, employé modèle, cadre compréhensif capable d’entendre les récriminations des ouvriers. Un homme qui semble  s’exprimer peu et qui avance dans sa vie comme un train suit ses rails sans paraître se poser de question.  

C’est du moins le ressenti que l’auteur, Paul Nizan, offre au lecteur. Un récit sans émotions : on se marie, on progresse dans l’échelle sociale, on a des enfants, on vit de terribles deuils et malgré tout cela, aucun état d’esprit ne se fait sentir. Ce fait est sans aucun doute lié à la troisième personne du singulier,  employée par l’auteur qui se place en témoin passif de cette vie. 


Cependant si l’on s’intéresse aux événements qui ont constitué cette vie, ce roman ne manque pas d’intérêt. Né en 1864 , Antoine Bloyé sera témoin du second empire, acteur dans la révolution industrielle et  pour lequel aucun train ni aucune motrice n’aura de secret, il observera de loin  la commune de Paris, se fera le témoin du mécontentement ouvrier et verra naître l’internationale, subira les effets de la première guerre mondiale, personnage principal d’un roman historiquement passionnant.


Un livre long à lire en raison d’une infinité de détails de la vie quotidienne, de considérations techniques pas toujours très compréhensibles, ce qui n’empêche pas la lecture, de réflexions quasi philosophiques sur l’être humain, détails qui ne sont pas précisés par hasard, il faut y voir une critique de la bourgeoisie par l’observation d’un individu issu d’une famille de « prolétaires » arrivé par son mariage et son ascension, dans un milieu bourgeois. On peut d'ailleurs qualifier ce récit d’autobiographique car il trouve son origine dans la vie du père de l’auteur qui connut un chemin de vie similaire, qui progressa sur l’échelle sociale parallèlement à l’évolution technique pour décliner en même temps que le XIXème siècle et s’effondrer avec le XXème siècle naissant.


En lisant ce récit, je n’ai pu m’empêcher de me rappeler les romans d’Emile Zola dans lesquels les différences sociales sont fortement marquées, qui se situent à la même période et qu’il serait intéressant de lire après ce livre, particulièrement la bête humaine qui aborde un sujet commun avec Antoine Bloyé, celui du début des chemins de fer et de l’apparition du syndicalisme.


Ce roman publié en 1933 mérite d’être lu par le plus grand nombre.




dimanche 15 mars 2020



Dans la forêt


Jean Hegland
Ed Gallmeister


Oublier, tout oublier, rayer leur vie d’avant, leur vie dans une société de consommation, dans l'opulence des pays riches, leur adolescence, leur bande d’amis...et tout perdre, il faut le vivre pour réaliser ! 

L’espoir les soutient, peut- être l’électricité reviendra-t-elle ? Peut-être Eva pourra -t-elle retrouver tout ce qui faisait sa vie : la danse, peut-être Nell pourra-t-elle a nouveau espérer être admise à Harvard ? peut-être… mais le temps s’étire, et de malheur en malheur, ces deux sœurs qui ont eu à subir le deuil, vont devoir réorganiser leur vie.

Prévoir l’hiver, s’adapter, se montrer économes, question de survie.
Ce roman très fourni apporte au lecteur maintes pistes de réflexion : pour qui s’est penché sur les traités de collapsologie, il peut faire frissonner car il constitue un bel exemple de ce qui pourrait se passer en cas d’effondrement, comment les hordes humaines viendrait se jeter sur les réserves, on peut d’ailleurs le constater avec l’actualité, il amène à réaliser que notre confort pourrait vite disparaître faute d’électricité et d’eau courante…  

Mais le récit ne s’arrête heureusement pas à ces faits, il mise sur les ressources de nos deux héroïnes pour organiser leur vie, cultiver, accueillir ce que mère nature peut offrir, montrant la capacité de l’être humain à trouver en lui des possibilités insoupçonnées.

J’ai craint au début de trouver quelques longueurs dans ce roman, il n’en fut rien, je me suis d’abord attachée au passé de ces deux jeunes filles pour, comme elles, me tourner vers leur avenir, admirative de la détermination de Nell, compatissant à leur situation peu enviable.

La fin quoique logique si on y réfléchit bien, m’a bien surprise…

Un bon roman que je recommande.

samedi 7 mars 2020


Edmond Ganglion et fils


Joël Egloff
ed Folio

Dans le village de St jean, il ne se passe rien…  aucun événement majeur ne semble vouloir donner vie au village, le café sert son éternelle prune maison, (ne pas commander autre chose sous peine de mort…), le curé se contente de kidnapper un ou deux chiens, on ne sait pas exactement pourquoi d’ailleurs, ou de leur envoyer quelques coups de pieds bien placés,  la doyenne du village, qui ne sait plus trop son âge,  vient consulter les pompes funèbres pour bilan de santé ou se faire coiffer … Il faut dire que la mort elle-même fuit St Jean, et les affaires de l'entreprise de pompes funèbres d’Edmond Ganglion ne sont pas prospères,  pas de vie dans ce village, pas de mort non plus … 

ou alors si... un tout petit mort pas connu qui met en branle toute la communauté et Ganglion qui croit à la loi des séries,  fera appel à Georges et Molo, ses fidèles employés pour qu’il emmènent, après la cérémonie,  le corps au cimetière. Et voilà notre corbillard qui roule (à tombeau ouvert…on ne croira pas si bien dire), à travers la campagne, suivie du curé, du bedeau et de la famille en voiture. 

Désopilantes aventures de l’entreprise Ganglion et fils, un roman sans prétention pour distraire et générer l’hilarité de qui aime l’humour noir, (vous serez servis). Une fin aussi surprenante que le reste du roman. Joël Egloff semble posséder une excellente recette pour faire rire avec trois fois rien, présentant des personnages capables d’amuser rien qu’en existant, et amenant des répliques aussi surprenantes que comiques. 

Un bon moment de lecture.