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jeudi 20 août 2026


Les bouchères












Sophie Demange

Ed l'iconoclaste, 07/05/2026, 310 pages


Trois héroïnes pour un roman, trois jeunes femmes qui ont quelques points en commun :  deux sont bouchères, la troisième le deviendra rapidement. Mais ce n’est pas tout : chaque membre de ce trio d’enfer a croisé sur son chemin, un homme avide de sexe ou un père autoritaire et macho. Et la vie a une dette envers elles...

En observant la couverture et le titre, on ne peut que se demander quelle sera la teneur du récit. Et l’on est vite informé, vite entraîné par l’énergie que déploie chacune pour faire tourner la boucherie : mise en valeur des morceaux de viande comme s’ils étaient des œuvres d’art, quasi jonglage avec leurs instruments de prédilection : les couteaux, toutes trois travailleuses et courageuses, toutes trois volontaires et autoritaires, c’est sans doute ce qui permettra de fournir quelques excuses au comportement du trio en action somme toute compréhensible mais non excusable.

J’aime beaucoup l’humour noir, si vous avez des titres, je suis preneuse, le fait que trois femmes deviennent bouchères, abattent le travail dans rechigner, possèdent le répondant ad hoc vis-à-vis des clientes pénibles, tout cela épice le récit. Mais ne sont-elles pas un peu expéditives ? Pour moi personnellement, le comique n’était pas toujours au rendez-vous, mais qu’importe, on est tout de même en présence de trois féministes qui dénoncent les violences faites aux femmes, c’est essentiel.

J’ai trouvé délicieux les passages qui exposent nos charmantes vendeuses de viande en plein cœur d’une petite ville, dans un quartier où tout le monde se connaît, où les potins vont bon train, où la bêtise humaine s’invite dans le voisinage et qui montrent comment la rumeur devient reine.

Ce roman, sans me charmer, m’a offert de bons moments de lecture.





dimanche 13 juillet 2025

 

Le tube de coolidge












Sonia Hanihina

Ed JC Lattès, 21/08/2024, 270 pages


Yacine est beau, Yacine a un succès énorme auprès de la gent féminine, et c’est Jeanne qu’il choisira pour devenir son épouse. Le couple s’installe, l’avenir est prometteur : elle est laborantine, il sera médecin. Tout est pour le mieux, du moins le pense-t-on.

Mais cet embryon d’amour semble bien s’affaiblir rapidement, et mourir avant d’avoir vécu : on l’apprend par Mona, première fille née de cette union, qui découvre des enveloppes contenant des radiographies, des clichés attestant les violences subies par Jeanne.

On découvrira les travers de Yacine à travers le récit que Mona fait de son enfance, un homme violent et bien plus encore, un homme qui mène le lecteur de surprise en surprise, un monstre de malhonnêteté inspirant le dégoût, appelant à une compassion sans limite pour Jeanne, la victime qui comme beaucoup de femmes subissant des violences, ne semble pas songer à quitter cet individu, par peur, par manque de moyens, pas espoir de voir la situation s’améliorer.

Mona racontant son enfance perturbée et ses peurs, effectue un véritable travail de psychanalyse qui lui permettra de s’en sortir tout en conservant ses fragilités, reniant pendant un temps, ses origines et son nom pour laisser opérer la résilience et se faire faire un tatouage Tunisien, celui qui est dessiné sur la couverture du livre. On y verra également les idées parfois contradictoires des adolescents et des jeunes adultes qui se construisent.

Je regrette que certains passages soient trop peu explicites, j’ai dû relire plusieurs fois certaines pages, ne comprenant pas ce que la jeune femme voulait exprimer. L’alternance des chapitres ou Mona raconte et d’autres chapitres étalant les résultats d’examens, permet tout de même de briser la monotonie du récit, toutefois, j’aurais aimé que ces passages montrent les conséquences de ces résultats, plus de réaction de la part de Jeanne, plus de ressenti que celui d’une femme qui subit et qui protège tant bien que mal ses enfants. En fait, les résultats semblent ne pas coïncider avec le reste de la narration, un décès, une grossesse, mais pas une suite qui contredit l’exposé des médecins.

Par ailleurs, des modifications intervenant dans la narration : on passe du « tu » qui s’adresse au père, à un « il », que l’on ne comprend pas et obligent à retourner quelques pages avant pour tenter de faire un lien entre les paragraphes. Il s’agit là d’un style d’écriture, pas celui que je préfère.

Si ce roman aura dans mon souvenir, le goût amer laissé par le problème des violences faites aux femmes, il me laisse une impression de lecture laborieuse, particulièrement à la fin.