De l’autre côté du lac
Sylvain Prudhomme,
Les éditions de minuit, 27/08/2026, 288 pages
J’ai ressenti dès les
premières pages, beaucoup de plaisir à la lecture de ce texte : ayant bien
souvent bivouaqué en montagne, j’ai eu l’impression de me retrouver dans l’un
de ces campements décrits par l’auteur : petit matin, soleil levant, café
debout face à la splendeur naturelle des montagnes. Ce livre était pour moi.
Les découvertes occasionnées grâce à l’introduction dans le roman, d’une zone
sauvage interdite que l’homme ne peut que contourner me comble d’aise :
descriptions de plantes, respect de la faune et de la flore palpable à travers
les faits et gestes (dessin des plantes notamment), c’est très apaisant.
Et puis survient une
intrigue : le narrateur fait connaissance de Paola photographe, qui le
marque suffisamment pour avoir envie de la connaître mieux. Quelques messages
sur internet, et il apprends que Paola a disparu, une seule information :
Paola avait annoncé qu’elle remontait vers cette zone protégée. Sa disparition
fait l’objet d’une recherche de la part du narrateur. Le personnage de Paola se
dessine alors peu à peu, cette jeune femme avec sa soif de découvrir, monte une
première fois vers cet espace protégé, avec une équipe d’archéologue, elle leur
offre toute sa bonne volonté, contribue à une découverte, repère un phénomène
curieux quoique courant dans les sommets, harcèle jusqu’à ce qu’on exploite cette
deuxième découverte. Elle en profite pour observer ce lac qui fait barrière
entre l’homme et cette réserve que la nature semble prompte à défendre contre
le plus grand des prédateurs. Et puis l’heure de la descente sonne, l’équipe
retrouve la vallée, Paola reste encore quelques jours, on se retrouve avec
cette femme, seule au milieu d’éléments plus puissants, au milieu d’une
montagne qui sait être impitoyable, percevant des signes que l’on pense
significatifs et effrayants. Puis c’est la descente dans cette vallée ou Paola
s’ennuie, déprime, montre son envie de quitter la routine.
Elle remonte, en plein hiver,
seule.
Commence alors une description
grandiose des éléments que Paola devra affronter ; le froid, l’inconfort,
la solitude mais qu’importe, Paola est dominée par son attirance pour ce milieu
hostile, sans concession, mais si vrai. Paola explore avec ses sens :
Elle entend les bruits inquiétants ou pas, elle touche le froidure, l’eau glacée
du lac, elle goûte, elle sent, elle voit la montagne, mais soit-elle que la
montagne la voit ?
L’annonce des sa disparition
laisse un avant-goût de grand danger : la tension et l’inquiétude montent
peu à peu. Après certains chapitres, une photo apparaît, une photo floue par la
volonté de l’auteur, comme pour épaissir le mystère…
Sylvain Prudhomme ne se
contente pas de décrire, son roman est une magnifique ode à la nature, entre
les lignes, on comprend combien l’homme peut être néfaste à l’égard d’une
nature parfois sans défense, et souvent impitoyable.
Ce livre est à conserver
précieusement pour relire cette écriture qui traduit si bien le ressenti du
randonneur face à la montagne, la beauté des paysages, les dangers, la
petitesse de l’homme face à cet élément. Un livre fait pour les amoureux des
sommets et les personnes avec lesquelles on peut avoir des difficultés à communiquer
le bien-être qu’offre ce milieu et le respect qu’il inspire.
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