Dans les replis du temps
Kate Atkinson
Ed Livre de poche, 14/01/1998, 403 pages
Isobel. Isabelle. Isabelle
Tarentelle – une danse un peu folle. Je suis folle, donc je suis. Isabelle. C’est
ainsi que se présente notre narratrice, non sans avoir, auparavant présenté la famille
dont elle est issue, celle qui remonte à la nuit des temps : la lignée des
Fairfax qui entrèrent dans cette légende dont ils étaient eux-mêmes les héros.
Et la légende ne s’arrête pas là, Isobel et son frère sont bien seuls avec on
ne sait quel secret qui semble planer sur la famille, et quelle famille ! :
le père, Gordon, qui semble vivre sa vie aux côtés des siens, bien
discrètement, aurait-il quelques raisons pour raser les murs à ce point ? La
tante Vinny, omniprésente dans la vie familiale et qui semble-t-il, fait office
de baromètre, contribuant à l’ambiance tantôt glaciale, tantôt tiédasse de la
maisonnée, Le frère, Charles qui cherche désespérément signe de vie de sa mère,
Eliza, évaporée, disparue, partie sans ce qui comptait le plus à ses yeux :
ses enfants… Mais je vous parle d’un temps… on va dire, présent, dans ce récit,
car Isobel dans sa supposée folie, nous promène dans son histoire, s’immisce dans
les sorties que le temps lui offre, elle s’accuse même de tuer le temps qui se
venge, merci à l’autrice de ce beau clin d’œil à Alice, celle du pays des
merveilles.
Donc Isobel part en arrière,
dans le passé, où l’on rencontre l’aïeule, dite « la veuve », terrible
maîtresse de maison, aux petits soins pour son fils Gordon qui, après son heure
de gloire, introduit dans cette si tranquille famille anglaise (lol), le diable
en la personne d’Eliza, ça c’est le point de vue d’une veuve jalouse et d’une
tante acariâtre. Que d’action : on se pourrit allègrement la vie, on s’envoie
de jolies répliques assassines, que d’ambiance !
On comprendra que, pris dans
le tumulte de ces allées et venues dans le temps, l’humour est au rendez-vous,
un humour quelques peu « So british » qui m’a happé. J’ai lu l’ensemble
du roman à l’affût du moindre trait d’esprit d’Isobel dont les images servant à
décrire les personnages m’ont comblée.
D’autres personnages ajoutent
leur lot de drôlerie : Les voisins : Mrs Baxter, cuisinière hors
pair, la douceur même, qui n’a d’autre choix que de côtoyer son directeur et
maître d’école de mari, individu intransigeant et inquiétant. Les amies d’Isobel,
Eunice ou Madame Je-Sais-Tout, Carmen la goinfre, Audrey Baxter, l’effacée.
Et je ris, je ris, parfois
jaune, car le roman tourne souvent au tragique, certains chapitres qui semblent
sans rapport avec l’histoire, nécessaires pour expliquer la genèse de certains
personnages, sont bouleversants, mais heureusement l’humour de Kate Atkinson
semble bien empêcher ce récit de devenir carrément glauque.
N’hésitez pas à pénétrer dans
ce monde de légende qui confère à certains personnages ainsi qu’à l’environnement
une dimension magique une ambiance dans laquelle il faut se laisser porter.
Une histoire familiale
originale ! Je remercie Gwen d’avoir placé cette écrivaine dans la liste
des œuvres du challenge solidaire, cela m’a permis une belle découverte.

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