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lundi 12 janvier 2026

 Le chevalier inexistant
















Italo Calvino,

Ed Seuil, 1/01/1984


Charlemagne avance, clopinclopant, il passe en revue ses paladins. Arrivé devant un chevalier à l’armure blanche impeccablement entretenue, il lui demande de décliner son identité : et le chevalier décline : il est Agilulfe Edme Bertrandinet des Guildivernes et autres de Carpentras et Syra, chevalier de Sélimpie Citérieure et de Fez. Ce nom suffit déjà à faire sourire, mais ce n’est pas tout, ledit chevalier, à la demande de son empereur, relève sa visière : il n’y a personne. C’est le chevalier qui n’existe pas. Son armure ne le quitte pas, il est prompt au combat, soigneux et exigeant. Mais il n’existe pas, et là je me suis dit que j’avais vraiment envie de poursuivre ma lecture pour savoir ce que cela impliquait, d’être un chevalier inexistant…

On verra évoluer tout au long de ce cours roman, quelques personnages au comportement comique : Raimbaut de Roussillon, venu pour venger son père, en tuant Izoar émir chez les sarrazins qu’il veut « bousiller » (sic).

La belle armée part au combat, sur son chemin, elle rencontre un individu hors norme : il s’appelle Gourdoulou dont le nom varie selon la région, les personnes qui le connaissent, le pays même. Gourdoulou qui devient canard parmi les canards, grenouille au milieu des grenouille et même poirier dans un verger. C’est le personnage qui m’a le plus amusée. Il suit l’armée et devient sur ordre de l’empereur, l’écuyer du chevalier inexistant dont on fera plus ample connaissance à travers son comportement que l’on comprendra comme très logique vu sa condition.

Un autre personnage se démarque, mais je ne le dévoilerai pas par peur d’en écrire trop.

Et toujours ave le soucis de ne pas divulgâcher, je préciserai que les repas du guerrier sont particuliers et fort compréhensibles en plus d’être vraiment amusants.

Italo Calvino démarre avec une situation absurde qu’il assume. Il engage l’empereur et son armée dans une sorte de dédale liés aux situations rocambolesques qui surgissent dans le récit. Curieusement, si le début et les événements qui surviennent sont hors du commun, le récit, lui, se déroule de la façon la plus logique qui soit, c’est sans doute la contrainte que l’auteur s’impose, on rappellera qu’Italo Calvino était membre de l’Oulipo. Son récit n’est pas sans rappeler les écrits de Raymond Queneau. Ce sont des auteurs que j’ai plaisir à lire.

Ce fut vraiment une « lecture plaisir », il fait partie des livres que je relirai volontiers histoire de passer un bon moment. J’aime ces auteurs fantaisistes qui jouent avec le langage et font preuve d’un imaginaire débordant.

mercredi 7 janvier 2026

 

Le tatoueur d’Auschwitz















Heather Morris,

Ed Jai lu, 6/01/2021, 256 pages


En 2003, Heather Morris rencontre Lale Sokolov, afin de recueillir son témoignage, le témoignage d’un homme qui s’est juré de survivre à l’enfer concentrationnaire. Ce roman tient son originalité du fait qu’il s’agit en plus d’être un récit qui relate une fois de plus, l’indicible, place au cœur de la cruauté humaine, une belle histoire d’amour.

Lale arrive à Auschwitz en 1942. D’abord employé à construire des baraquements pour les futurs déportés, il devient le tatoueur, l’homme qui marquera à jamais le bras de ses semblables. C’est alors qu’on lui demande de tatouer le bras de Gita dont il tombe amoureux, Gita qu’il verra lorsqu’il est libre, le Dimanche. Que ces moments privilégiés avec l’élue de son cœur font du bien et apportent un peu de douceur au récit d’un fait des plus insupportables de l’histoire de l’humanité. Ensemble ils se jurent de se marier quand ils sortiront de ce camp. Optimisme bien fragile, les scènes violentes se multiplient, on se demande bien souvent comment ces deux êtres vont s’en sortir. Lale, individu profondément humain, organise une contrebande au sein du camp, pour apporter un peu de nourriture aux hommes et femmes qui en ont besoin, pour soudoyer la capo afin de pouvoir passer des moments intimes avec Gita, pour fournir des médicaments aux malades.

Un récit très difficile à supporter, on y est confronté au sadisme des SS, à la prostitution de femmes, à la sélection et aux mutilations commises par le tristement célèbre docteur Mengele, à la torture et à tout ce que d’autres romans sur la question occultent adroitement. C’est difficile mais nécessaire, Lale qui durant toute sa vie après sa libération, s’est refusé à parler de cette période de sa vie, s’est ouvert à l’autrice.

Une peur qui explique son refus de témoigner avant cette date : celle qu’on l’accuse de collaboration avec les SS, étant celui qui tatouait les déportés. On comprendra en lisant qu’il le faisait sous surveillance, risquant bien souvent de passer par les armes.

Une curieuse impression est née dans mon esprit à cette lecture : celle d’effacer les milliers de déportés pour ne m’attacher qu’à la vie de Lale et Gita et aux quelques personnes qui gravitent autour du couple. Avec eux on tremble, on entrevoit des issues fatales à tout moment, on parvient même à sentir un peu d’humanité chez Baretzki, le SS chargé de la surveillance de Lale, et pourtant…

Les faits rapportés par Lale ont été vérifiés et comparés aux événements connus. Lale est mort en 2006 à 90 ans, trois ans après Gita.

J’ai beaucoup apprécié ce témoignage gravé dans ma mémoire à jamais

mardi 6 janvier 2026

 

La nuit au cœur

 











Natacha Appanah,

Ed Gallimard, 21/08/2025, 288 pages


Dans ce roman, Natacha Appanah crie sa souffrance, ses regrets, sa révolte. Et son cri ne sera pas vain, elle justifie son écrit en pénétrant dans l’intimité de deux autres femmes, peut-être pour évoquer les lourdes souffrances dont sont victimes beaucoup de femmes dans le monde, peut-être pour réaliser la chance qu’elle a eu de s’en sortir, peut-être pour exorciser sa culpabilité de s’en être sortie alors que d’autres y ont laissé leur vie, peut-être enfin pour mettre en garde les femmes en danger.

Car ces trois destins ont des éléments communs : un homme, bien considéré, travailleur, au-dessus de tout soupçon, des femmes qui ont une belle envie de vivre, des femmes rabaissées par un conjoint que la jalousie pousse à des actes irréfléchis, des femmes capables de pardonner et de poursuivre, des femmes qui finissent par tenter d’échapper à un amant devenu bourreau, des histoires d’amour qui ont alors toutes les chances de finir très mal.

Il est d’autant plus difficile et insupportable de prendre connaissance de la vie des deux femmes (dont l’une est la cousine de l’autrice) que les témoignages évoquent leur amour de la vie, leur goût, leur énergie, leur souci du bien-être de leur enfants, leur amour de mères, la souffrance extrême des familles qui n’ont pas vu venir les événements relatés, les erreurs administratives, les éléments qui auraient du être mis en évidence pour des enquêtes plus abouties, particulièrement pour Emma pour laquelle, un élément permettant de prolonger la peine pour son son mari est négligé, peut-être volontairement, la mauvaise volonté et la négligence de policiers lors des dépôts de plainte…

Si j’ai trouvé ce livre poignant et révoltant par la teneur des témoignages, la violence exprimée, la folie des hommes, j’ai moins apprécié les parties dans lesquelles l’écrivaine transmet son ressenti, la culpabilité qu’elle éprouve à l’égard des victimes et de leur famille, les explications au sujet de sa décision d’écrire ce livre et sa façon de procéder pour aboutir à cet écrit, passages certainement nécessaires pour comprendre la démarche qui a généré à un tel roman. Curieusement, si elle entre dans les détails pour Emma, et Chahinez, elle se montre beaucoup plus rapide pour son propre cas. Elle est toutefois, on le comprendra, la personne idéale pour écrire sur le problème du féminicide. Ce livre fait figure d’enquête ou de reportage de journaliste plus que de roman, c’est là ce qui m’a gêné.

Ce texte est néanmoins nécessaire pour alerter l’opinion et porter à la connaissance des lecteurs, un problème récurrent.

 

 

dimanche 4 janvier 2026

 Mon cahier d’activités sur le thème du cheval











Anne Rabaud

Ed LAVAUZELLE, 16/05/2024, 44 pages


Ce cahier d’activités est vraiment très agréable à feuilleter : de nombreuses illustrations très colorées viennent l’agrémenter, un alphabet illustré indique l’écriture en capitale, en scripte, en majuscule cursive, en cursive, repère intéressant pour nos petits bouts qui commencent à apprendre à écrire, on peut s’y exercer aux mots mêlés, au jeu des différences, au calcul en se familiarisant avec le signe +,  et en réalisant le beau coloriage magique avec calcul additifs ou soustractifs, le tout sur le thème du cheval, sujet que les enfants aiment en général, mais je crains que ce ne soit à peu près tout.

Ce livret s’il avait été destiné au niveau CE1, respecterait sans problème les instructions officielles, oui mais…les CP ne commencent l’étude de la langue qu’en fin de deuxième trimestre, donc on devra attendre pour les exercices sur les notions de féminin ou de masculin, ou la notion de passé-présent-futur (notion CE1), de singulier ou de pluriel. Beaucoup d’exercices ne sont pas réalisables avant d’avoir vu les sons simples et les sons complexes, les enfants ne peuvent donc être autonomes dans ce livret dans lequel on rencontre beaucoup de textes relativement longs à lire et comportant des mots irréguliers que les enfants ne sont pas encore en mesure de lire.

En ce qui concerne le domaine mathématique, les CP ont besoin de beaucoup travailler la lecture des nombres en écriture chiffrée. Je ne vous parle pas du problème proposé avec des nombres trop grands.

Ce livret est donc à réserver pour un enfant en fin de CP ou en CE1, à moins de le compléter avec l’aide d’un adulte qui saura ne pas insister quand une notion réclame des prérequis sans lesquels un enfant ne peut avancer.

Si vous êtes en possession de ce cahier, vous pouvez proposer un exercice par-ci, par-là à votre enfant de CP, sans forcer, car je crains que les activités proposées fassent monter la tension entres les parents et les enfants, ce serait dommage.


samedi 3 janvier 2026

 Dans les brumes de Capelans














Olivier Norek,

Ed Michel Lafon 7/02/2022, 429 pages, Pocket 23/03/2023, 480 

pages


En ouvrant ce livre, et en parcourant les premières pages, j’ai failli paniquer parce que mon héros, j’ai nommé le commandant Coste n’était pas au rendez-vous, j’ai alors consulté la quatrième de couverture pour vérifier, oui on mentionnait bien son nom ! Rassurée, je suis retournée à ma lecture, pour me rendre compte par la suite, que le début était nécessaire, nécessaire et intéressant car la présence d’un autre policier, Russo, permet de lancer l’intrigue et d’affiner le dénouement.

Ce n’est qu’ensuite que l’on se retrouve à Saint Pierre et Miquelon, une île que je ne situais pas du tout géographiquement, ça m’a fait sourire car depuis, je teste mon entourage pour voir. L’endroit est très bien choisi, une île peu connue et qui renferme une part de mystère, une île qui se cache dans la brume, un milieu hostile à souhait où les gens semblent avoir dans le cœur, la chaleur qui leur manque.

C’est là que mon héros a atterri, un héros affaibli, plus solitaire que jamais voire déprimé. Il se livre à une activité classée « secret défense » qui lui convient après les épreuves qu’il a subies. Cette île, toutefois, a beau se situer à plusieurs milliers de kilomètres de Paris, sa patronne, Fleur Sainte-Croix, ne l’oublie pas. Elle lui livre une affaire que seul notre flic plus que compétent peut résoudre. Cette compétence, je l’apprécie beaucoup, surtout lorsqu’elle émane d’un homme sans prétention, qui avance au gré du vent, conscient des erreurs possibles pour parvenir à ses fins.

Le suspens est une fois de plus formidablement entretenu entre un psychopathe qui se comporte comme une savonnette qui vous glisse entre les mains, une jeune femme bien ambigüe, une enquête de départ, celle de Russo, qui patauge grave, des chapitres permettant de voir évoluer l’assassin et de rendre le lecteur à la fois complice du criminel et observateur des avancées de l’équipe qui enquête, des liens qui se font peu à peu entre certains personnages.

Ce roman m’a doublement captivée, d’abord parce qu’il s’agit d’un policier et d’un thriller, ensuite parce que j’ai beaucoup appris sur St Pierre et Miquelon, un peu de culture général ne nuit pas ! C’est aussi ce que j’aime dans la littérature de Norek.

Mon seul regret : j’ai lu tous les policiers de Norek, donc plus de livre de cet auteur passionnant à lire. Je crois que je vais essayer les guerriers de l’hiver, le seul que je n’ai pas lu.

mercredi 17 décembre 2025

 La nuit ravagée













Jean-Baptiste del Amo

Ed Gallimard, 13/3/2025, 464 pages

Si je peux reconnaître que divers thèmes tels que la famille, l’amitié, l’homosexualité, la maltraitance, le harcèlement sont traités dans ce roman, je dois reconnaître que je l’ai lu sans émotion, ce qui pour un tel roman ne me paraît pas ordinaire. La maison hantée au début, en faisait un roman prometteur, on admettra bien que les vies des différents personnages devaient être détaillées afin de comprendre ce qu’il se passe par la suite, mais l’action qui ne commence qu’ au tiers du livre a provoqué un début d’ennui et la suite ne m’a pas paru captivante, en dépit des événements décrits. Le déroulement est sans surprise, on comprend très vite de quelle façon chacun est en quelque sorte envouté pas des créatures dont on ne comprend pas vraiment la nature. Je ne peux pas dire que je me sois attachée à ces adolescents addicts aux films d’horreur.

C’est de l’horreur, m’avait-on dit, oui peut-être, mais certains événements apparaissent comme de la caricature. En repensant à ce roman, une question me vient à l’esprit : fallait-il pour mettre en évidence des problèmes de société, partir d’une maison générant des projections de l’inconscient de ces ados tourmentés ?

Par ailleurs, j’ai trouvé que l’écriture manque vraiment de finesse : je comprends que dans les dialogues, le vocabulaire soit adapté à des ados ou des personnes en proie à la panique, mais une phrase dans la narration, m’a étonnée, l’emploi d’un mot grossier qui ne cadre pas avec l’ensemble de la narration, j’ai d’ailleurs relu plusieurs fois ce passage pour vérifier que je ne me trompais pas dans ma lecture. Certaines scènes qui auraient pu être proposées comme scènes érotiques tournent au pornographique sans finesse avec des description bien crue.

Je n’aurais normalement pas dû m’ennuyer pendant cette lecture, je crois simplement que je ne suis pas entrée dans cette histoire, j’ai poursuivi jusqu’à la fin pour savoir comment tout cela allait se terminer. Je ne connaissais pas cet auteur, je me suis laissé dire que ses autres romans sont différents, il faudra que j’en lise un autre.

Si ce livre est dans votre PAL, ne tenez pas compte de mon avis, il ne s’agit que d’un avis personnel.

lundi 1 décembre 2025

 Surtensions















Olivier Norek,

Ed Pocket, Michel Lafon, 11/03/2016, 505 pages



Où l’on rencontre un capitaine Coste pas vraiment en pleine forme, il apparaît dès le début, fatigué et désespéré, il affirme avoir tué un homme, il se tient face à une psychologue qui tente de le raisonner, et on n’en saura pas plus, c’est un prologue.

Si le quatrième tome, Les brumes de Capelan, n’avait pas suivi ce volet, j’aurais volontiers cru que j’étais en présence du bouquet final : description de l’univers carcéral, recherche par notre désormais célèbre équipe, d’individus dangereux demandant rançon après la séquestration d’un jeune garçon, action d’un groupe de cambrioleur on ne peut plus compétent pour faire sortir un détenu de prison, prise en otage d’une famille tranquille, filature, exploitation de portables, tout y est. Je me suis offert de belles heures de lecture avec la conviction que cette série se bonifie de volume en volume (vivement le quatrième !)

J’ai adoré la compétence et le professionnalisme des cambrioleurs qui ne laissent rien de côté, ce qui attribue encore plus de compétence à l’équipe de police, un Sam, geek de service, très actif, un Renan se montrant capable de prendre les rênes et de diriger l’équipe, une Johanna, tireuse d’élite,  qui aime son métier et se rend disponible, un Coste… fatigué qui garde tout de même le pieds sur terre et fait toujours preuve d’une grande logique, une équipe qui tourne contre vents et marées.

Les enquêtes peuvent patauger dans nombre de policiers, Surtensions ne fait pas exception, toutefois les solutions et les techniques pour débusquer les responsables d’actions répréhensibles y sont rapidement proposées : recherche de Sam, enregistrement, filatures en équipe avec possibilité de relais, histoire d’être discret, ça captive !

Futurs lecteurs, si vous vous heurtez à des passages que vous ne comprenez pas, aucune importance, c’est voulu de la part de l’auteur pour une question de suspense, un suspense énorme lié aux différentes affaires traitées et de beaux rebondissements.

J’ai été heureuse d’accompagner cette équipe dynamique et sympathique, avec eux j’ai ri, avec eux j’ai eu envie de verser des larmes, de me révolter, de pester contre ce monde malade et corrompu.

J’envie à présent les personnes qui aiment les policiers et qui n’ont pas encore abordé cette série !