La nuit au cœur
Natacha Appanah,
Ed Gallimard, 21/08/2025, 288 pages
Dans ce roman, Natacha Appanah
crie sa souffrance, ses regrets, sa révolte. Et son cri ne sera pas vain, elle
justifie son écrit en pénétrant dans l’intimité de deux autres femmes,
peut-être pour évoquer les lourdes souffrances dont sont victimes beaucoup de
femmes dans le monde, peut-être pour réaliser la chance qu’elle a eu de s’en
sortir, peut-être pour exorciser sa culpabilité de s’en être sortie alors que d’autres
y ont laissé leur vie, peut-être enfin pour mettre en garde les femmes en
danger.
Car ces trois destins ont des
éléments communs : un homme, bien considéré, travailleur, au-dessus de tout
soupçon, des femmes qui ont une belle envie de vivre, des femmes rabaissées par
un conjoint que la jalousie pousse à des actes irréfléchis, des femmes capables
de pardonner et de poursuivre, des femmes qui finissent par tenter d’échapper à
un amant devenu bourreau, des histoires d’amour qui ont alors toutes les
chances de finir très mal.
Il est d’autant plus difficile
et insupportable de prendre connaissance de la vie des deux femmes (dont l’une
est la cousine de l’autrice) que les témoignages évoquent leur amour de la vie,
leur goût, leur énergie, leur souci du bien-être de leur enfants, leur amour de
mères, la souffrance extrême des familles qui n’ont pas vu venir les événements
relatés, les erreurs administratives, les éléments qui auraient du être mis en
évidence pour des enquêtes plus abouties, particulièrement pour Emma pour
laquelle, un élément permettant de prolonger la peine pour son son mari est négligé,
peut-être volontairement, la mauvaise volonté et la négligence de policiers
lors des dépôts de plainte…
Si j’ai trouvé ce livre
poignant et révoltant par la teneur des témoignages, la violence exprimée, la
folie des hommes, j’ai moins apprécié les parties dans lesquelles l’écrivaine transmet
son ressenti, la culpabilité qu’elle éprouve à l’égard des victimes et de leur
famille, les explications au sujet de sa décision d’écrire ce livre et sa façon
de procéder pour aboutir à cet écrit, passages certainement nécessaires pour
comprendre la démarche qui a généré à un tel roman. Curieusement, si elle entre
dans les détails pour Emma, et Chahinez, elle se montre beaucoup plus rapide
pour son propre cas. Elle est toutefois, on le comprendra, la personne idéale
pour écrire sur le problème du féminicide. Ce livre fait figure d’enquête ou de
reportage de journaliste plus que de roman, c’est là ce qui m’a gêné.
Ce texte est néanmoins
nécessaire pour alerter l’opinion et porter à la connaissance des lecteurs, un
problème récurrent.
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