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mardi 10 février 2026

 Je suis Romane Monnier











Delphine de Vigan

Ed Gallimard, 15/01/2026, 336 pages



Comment captiver les lecteurs, tous les lecteurs… ? En pointant le doigt sur un objet que beaucoup possèdent : le smartphone. Il suffit simplement que Romane, au cours d’une soirée arrosée, échange son téléphone portable avec Thomas pour se rendre compte de l’importance de cet outil qui renferme nos secrets et notre intimité, peut-on avoir l’idée de confier son téléphone à un parfait inconnu quand d’ordinaire, on ne parvient déjà pas à le mettre entre les mains de son conjoint ou de ses enfants ?

C’est pourtant ce qui se produit dans ce nouveau roman de Delphine de Vigan : Romane, confie son smartphone à Thomas et ne manque pas de lui transmettre les codes qui permettront peu à peu de découvrir la vie de cette jeune fille. On découvrira qu’elle ne le fait pas par hasard, et c’est en pénétrant timidement dans l’univers de Romane, que Thomas ira de découverte en découverte.

Deux vies dans le roman : celle de Romane, qui s’étale peu à peu et celle de Thomas pour lequel Romane devient un miroir : le miroir de sa vie, la vie d’un homme seul, une vie faite d’épreuves, de souffrances, de surprises et de joie, une vie banale et mouvementée à la fois, une vie sans trace croirait-on, et cependant…

L’une des objectifs de l’autrice sera d’amener à prendre conscience des empreintes que nous laissons : tout dans nos portables révèle notre vie, depuis le choix des applications que nous y téléchargeons, les listes que nous y laissons, en passant par nos conversations, notre navigation, nos vidéo favorites, et nos « stories » dont les réseaux sociaux sont si friands. Qu’on nous le vole et on vole notre vie, c’est limite enlèvement.

Je suis sortie de ce récit avec un certain nombre de questions, voire de résolutions, en me disant que je ne suis pas née avec mon téléphone, que je devrais peut-être relativiser son importance dans ma vie, que je ne suis pas obligée de me connecter de la sorte, que mon côté humain pourrait en souffrir. Je ne suis pourtant pas la plus accro à cet assistant numérique. Combien de piétons ou automobilistes risquent l’accident pour cause de consultation du web, de suivi de série, de conversations et j’en passe… Mais là, je pense qu’il y a vraiment de quoi écrire un autre roman.

Ce roman devrait être lu par le plus grand nombre.